Connu en France pour avoir notamment été l’entraîneur de Léa Godallier, Jorge de Benito avait auparavant laissé de bons souvenirs à Bordeaux, où il a été coach au 4Padel et formateur des professeurs du groupe.

Depuis janvier dernier, il a intégré la M3 Padel Academy à Madrid, aux côtés des coaches-vedettes Mariano Amat et Jorge Martinez. C’est là que s’entraînent de très bons joueurs comme les n°1 mondiaux Galan et Lebron, les jumelles Alayeto (15e et 16e), José Diestro (31e), Javi Leal (41e), Miguel Semmler (50e)…

Même s’il suit également des paires masculines en compétition, Jorge de Benito est surtout un spécialiste du padel féminin, qu’il étudie tournoi après tournoi. Nous l’avons interrogé sur les spécificités de ce jeu, mais également sur les évolutions en cours chez les dames.

Plus de patience chez les filles

Padel Magazine : Jorge, êtes-vous d’accord pour dire que le jeu féminin est plus tactique et plus intelligent que le jeu masculin ?

Jorge de Benito : « Je pense que les filles, au padel, sont beaucoup plus intelligentes que les garçons dans leur jeu. Pourquoi ? Parce que les garçons ont des capacités physiques qui leur donnent envie d’éclater la balle et de la faire sortir tout de suite. Chez les filles, c’est différent, elles sont obligées de réfléchir. »

Le contraste entre la prise de risque des joueuses de tennis et celle des joueuses de padel est assez frappant…

Jorge de Benito : « Au tennis, c’est vrai que les filles tapent très fort, et souvent, ça ne marche pas, elles commettent beaucoup de fautes. Au padel, c’est le contraire : les filles répètent des coups d’attente et enchaînent “bandeja, vibora, feinte, vibora…”. Donc moi, en tant que coach, j’incite aussi mes joueuses à parfois éclater la balle et à prendre davantage de risques. »

Est-ce le manque de puissance des dames qui explique leur patience ?

Jorge de Benito : « A mon avis, c’est surtout une question de confiance. Peu de filles ont une confiance aveugle en leur smash. Quand une balle est en l’air et qu’elles peuvent la smasher, elles réfléchissent beaucoup. Alors qu’un mec, même s’il ne déborde pas de confiance, il sait qu’il est capable de faire un smash gagnant en éclatant la balle. »

Jorge de Benito est désormais coach à la M3 Academy, là où s’entraînent de nombreuses stars à Madrid.

Un padel de plus en plus explosif

En tant que coach, conseillez-vous à vos joueuses de pratiquer un jeu plus explosif ?

Jorge de Benito : « Au tennis, plus tu tapes fort, plus tu prives ton adversaire de temps pour s’organiser et bouger. Au padel, c’est l’inverse : plus tu tapes fort, plus tu te prives de temps pour bouger. C’est pour ça que quand tu débutes au padel en Espagne, ton prof t’apprend qu’il faut travailler le point longuement, alterner balles hautes et balles basses, plutôt que de se précipiter à taper fort dans la balle.

Quand des joueurs de tennis de bon niveau commencent à jouer au padel, ils veulent tous éclater la balle. Cela va fonctionner avec des joueurs de padel de niveau moyen qui ne réussiront pas à défendre. Mais quand le défenseur a un bon niveau, celui qui frappe mal voit généralement sa puissance se retourner contre lui.

Dans le padel féminin, on voit de plus en plus de joueuses – comme par exemple Léa Godallier – qui ont un grand gabarit et adoptent un style de jeu agressif en suivant leurs lobs au filet, en bloquant ou en jouant volée-volée. Je suis favorable à cette évolution, car beaucoup de filles sont capables de pratiquer ce type de jeu avec efficacité.

Mais ce qui domine encore dans le padel féminin, c’est un padel travaillé, tactique, où l’on va chercher à créer des trous, à construire les points longuement. Dans le padel féminin, il est encore rare de voir des joueuses tenter leur chance sans réfléchir.

Je crois qu’on peut dire que le padel féminin d’aujourd’hui ressemble à ce qu’était le padel masculin il y a une vingtaine d’années. Mais les choses changent vite. »

jérome arnoux journliaste

Après 40 ans de tennis, Jérôme tombe dans la marmite du padel en 2018. Depuis, il y pense tous les matins en se rasant… mais ne se rase jamais pala en main ! Journaliste en Alsace, il n’a d’autre ambition que de partager sa passion avec vous, que vous parliez français, italien, espagnol ou anglais.