Global Sports Marketing Director de Babolat, Jean-Christophe Verborg s’est longuement confié dans le podcast EXTRA TIME. Si une grande partie de l’entretien revient sur ses 30 années au sein de la marque française et sur son histoire avec Rafael Nadal ou Carlos Alcaraz, le dirigeant s’est également arrêté sur un autre terrain devenu stratégique pour Babolat : le padel. De Juan Lebrón à la structuration progressive du marché, en passant par l’investissement de la marque en Espagne et la collaboration avec Lamborghini, Verborg livre sa vision d’un sport encore jeune mais en pleine transformation.
Le padel, désormais incontournable chez Babolat
Jean-Christophe Verborg est historiquement associé au tennis et à la gestion des plus grands ambassadeurs de Babolat. Mais son périmètre s’est élargi au padel, au point de le pousser à se remettre sérieusement à l’espagnol.
« Ce qui me force à m’y remettre, c’est le padel, parce que je m’occupe aussi des joueurs de padel », explique-t-il, rappelant le poids considérable des joueurs espagnols dans le circuit professionnel.
Pour Babolat, le sujet n’est évidemment plus secondaire.
« C’est un sport qui est important », insiste Verborg, qui évoque une croissance « phénoménale dans le monde » et un engouement désormais largement installé.
Le dirigeant utilise d’ailleurs une formule assez parlante pour décrire le développement actuel de la discipline :
« Le padel, c’est un peu le feu d’artifice. »
Clubs, compétitions, exhibitions : tout se développe simultanément et à grande vitesse. Une situation très différente de celle du tennis, sport beaucoup plus ancien et dont l’écosystème économique et médiatique est déjà fortement structuré.
Les droits TV, un enjeu pour franchir un nouveau cap ?
Verborg pointe justement l’une des différences qui subsistent entre les deux disciplines.
Le tennis dispose depuis longtemps de grands événements capables de générer des audiences, des revenus et surtout d’importants droits de diffusion.
Pour lui, le padel n’a pas encore totalement franchi cette étape.
« La petite problématique du padel, je pense, c’est effectivement l’histoire des droits télé », estime-t-il.
Un point intéressant au moment où Premier Padel poursuit son internationalisation et tente justement de transformer une pratique sportive en forte croissance en véritable produit de spectacle à l’échelle mondiale.
Verborg constate en parallèle une réalité beaucoup plus immédiate : les clubs fonctionnent.
Lui-même joue occasionnellement et observe des pistes très occupées. C’est notamment cette dynamique de pratique qui justifie l’engagement de Babolat dans la discipline : « On est très investi chez Babolat pour le padel parce qu’il y a une tendance. »
Juan Lebrón, l’ambassadeur qui « a un impact considérable »
Sur le circuit professionnel, le visage le plus emblématique de Babolat reste évidemment Juan Lebrón.
L’ancien numéro 1 mondial est associé depuis plusieurs années à la marque française et Jean-Christophe Verborg a directement participé à la gestion de son contrat.
Une relation qui n’a pas toujours été simple.
Lorsque la direction de Babolat lui confie la gestion des joueurs de padel il y a environ quatre ans, Verborg tombe justement en pleine renégociation avec l’Espagnol.
« C’était pile en pleine renégociation avec Lebrón, qui était compliquée », raconte-t-il avec le sourire, tout en expliquant avoir apprécié cet exercice de négociation.
Mais au-delà de la personnalité parfois clivante du « Lobo », Babolat mesure surtout sa puissance marketing.
« Lebrón, clivant ou pas clivant, il a un impact considérable. »
Une phrase qui résume finalement assez bien la stratégie.
Juan Lebrón ne laisse pas indifférent. Ses attitudes, ses résultats et sa personnalité alimentent régulièrement les discussions, mais son image constitue également une force considérable dans un sport où les grandes figures capables de dépasser le cercle des passionnés restent encore peu nombreuses.
« Il est peut-être un peu le McEnroe du padel »
Verborg va même jusqu’à établir un parallèle avec une légende du tennis connue, elle aussi, autant pour son talent que pour son tempérament.
« Il est peut-être un peu le McEnroe du padel. On aime, on n’aime pas. »
Une comparaison particulièrement parlante.
Comme John McEnroe à son époque, Lebrón provoque des réactions. Et dans une discipline qui cherche encore à construire ses stars et à développer son exposition au-delà de son cœur de pratiquants, cette capacité à susciter de l’émotion possède évidemment une valeur.
Verborg explique d’ailleurs avoir appris à connaître l’homme derrière le joueur, après des débuts plus compliqués principalement liés aux discussions contractuelles.
Des négociations « épiques » avec Lebrón
Le dirigeant raconte quelques coulisses de ces négociations.
À l’époque, selon lui, l’environnement professionnel du padel était encore loin du degré de structuration observé dans le tennis.
« On a eu des moments épiques dans la négociation », se souvient-il.
Le fonctionnement même des contrats pouvait nécessiter davantage d’explications. Verborg évoque notamment les mécanismes de bonus et de malus liés au classement ou aux performances.
Un joueur peut ainsi bénéficier d’une rémunération correspondant à un certain classement, mais voir les conditions évoluer s’il sort, par exemple, du Top 10.
« Ça avait été compliqué à expliquer », reconnaît-il au sujet des discussions avec l’entourage de Lebrón.
Une anecdote qui illustre surtout la professionnalisation extrêmement rapide du padel.
Babolat ne veut pas copier sa stratégie tennis
Autre enseignement intéressant : Babolat ne souhaite pas nécessairement reproduire à l’identique le modèle qui a fait son succès dans le tennis.
La marque française possède une expérience considérable dans la détection et l’accompagnement des joueurs, mais le padel répond à d’autres codes.
« Au niveau compétition, c’est un petit peu différent du tennis. C’est-à-dire qu’on ne s’est pas dit qu’on allait faire avec le padel exactement ce qu’on a fait au tennis », explique Verborg.
La présence d’un ambassadeur aussi puissant que Lebrón constitue donc un élément majeur, mais pas nécessairement le point de départ d’une copie du modèle Nadal ou Alcaraz.
Le marché, les pratiquants et l’écosystème sont différents.
Le padel continue de progresser dans l’activité de Babolat
Interrogé sur le poids économique précis du padel chez Babolat, Jean-Christophe Verborg ne donne pas de chiffre actualisé.
Le journaliste rappelle qu’Éric Babolat avait évoqué quelques années auparavant une part représentant environ 25 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Verborg ne confirme toutefois pas ce pourcentage pour la période actuelle.
Il donne en revanche une indication claire :
« Ça progresse. »
Une nuance importante : le développement du padel ne signifie pas pour autant un recul du tennis chez Babolat. Verborg souligne au contraire que la marque réalise également une très bonne année dans son activité historique.
Il faut donc davantage parler d’un nouvel axe de croissance que d’un basculement d’un sport vers l’autre.
L’Espagne comme laboratoire pour les futures raquettes
La stratégie industrielle et technologique constitue probablement l’un des passages les plus intéressants de l’entretien.
En 2024, Babolat avait annoncé l’ouverture en Espagne d’un centre consacré aux raquettes de padel.
Le projet est toujours actif.
Verborg précise cependant qu’il faut surtout le considérer sous l’angle de la recherche et du développement.
L’idée est simple : être présent « là où ça se passe ».
L’Espagne demeure le marché de référence du padel mondial, aussi bien par le nombre de pratiquants que par son écosystème de clubs, d’entraîneurs et de joueurs professionnels. Installer une base sur place permet donc à Babolat de travailler au plus près des besoins du marché.
« Cette base en Espagne est aussi un laboratoire, comme d’autres, pour explorer tout ce qui est possible », explique Verborg.
L’innovation apparaît ainsi comme l’un des axes majeurs de la stratégie padel du groupe français.
Un marché du padel qui commence à se structurer
Jean-Christophe Verborg livre également une image intéressante de l’évolution des marques présentes dans le padel.
Il y a encore quelques années, le secteur lui rappelait celui du surf avec une multitude de fabricants.
La situation semble désormais évoluer.
« J’ai l’impression que, en tout cas dans mon monde du marketing sportif, les choses se structurent considérablement. »
Le marché entre donc progressivement dans une nouvelle phase.
Aux marques spécialisées dans le padel viennent désormais s’ajouter des acteurs issus d’autres univers. Verborg observe notamment l’arrivée de marques horlogères et de grands noms du textile, même si leurs investissements restent encore très ciblés.
Un signal supplémentaire de la maturité progressive du secteur.
Babolat x Lamborghini : « C’est typiquement le padel »
Cette évolution du marché se traduit également par des collaborations beaucoup plus éloignées des partenariats traditionnels entre équipementiers et joueurs.
L’exemple le plus spectaculaire chez Babolat est probablement la collaboration avec Lamborghini.
Verborg n’a pas directement travaillé sur le projet, mais il se montre particulièrement enthousiaste.
Et surtout, il estime qu’une telle opération correspond parfaitement à l’identité actuelle du padel.
« Là, c’est typiquement le padel. Je ne sais pas si ça aurait été pareil si ça avait été dans le tennis. »
Selon lui, le public du padel est probablement plus hétérogène, ce qui ouvre la porte à des associations de marques différentes et à des produits capables de dépasser le simple univers de la compétition.
« Ça amène un peu de sang neuf », estime-t-il.
Au-delà du marketing, Verborg insiste également sur l’intérêt technologique de ce type de rapprochement et sur les notions d’innovation, d’expertise et de qualité qui peuvent être associées aux deux marques.
Du « feu d’artifice » à la structuration
À travers les propos de Jean-Christophe Verborg, c’est finalement l’évolution globale du padel qui se dessine.
D’un côté, une croissance spectaculaire : des clubs pleins, des compétitions nombreuses, des exhibitions, de nouveaux pratiquants et des marques extérieures qui commencent à investir.
De l’autre, un sport professionnel qui doit encore consolider son modèle économique, développer son exposition médiatique et poursuivre sa structuration.
Babolat entend visiblement accompagner cette transformation sans simplement appliquer les recettes utilisées dans le tennis.
Avec Juan Lebrón comme figure de proue, une présence renforcée en Espagne et une stratégie assumée autour de l’innovation et de collaborations comme Lamborghini, la marque française semble considérer le padel non plus comme une extension de son activité historique, mais comme un univers possédant désormais ses propres codes.
Et c’est peut-être la phrase de Verborg qui résume le mieux cette période particulière :
« Le padel, c’est un peu le feu d’artifice. »
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.































































































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