Présent dans l’univers du padel depuis plus de vingt ans, Babolat a longtemps observé son développement avec prudence. Quelques années plus tard, le constat a radicalement changé. Le padel représente désormais entre 15 et 20 % de l’activité de la marque, avec une croissance supérieure à 50 % par an depuis deux ans. Pour Éric Babolat, président de Babolat, le phénomène ne fait même que commencer. Il estime que le marché mondial du padel pourrait dépasser celui du tennis à l’horizon 2030.
« Chez Babolat, on travaille pour le long terme »
Padel Magazine : Il y a trois ou quatre ans, lorsque nous avions échangé, vous nous aviez dit : « piano, piano ». Vous vouliez observer l’évolution du padel avant d’accélérer. Quelques années plus tard, le sport explose partout dans le monde. Est-ce toujours “piano, piano” ?
Éric Babolat : Chez Babolat, on travaille pour le long terme. On aime étudier les choses et les faire correctement dans le temps. À l’époque, le padel, que nous connaissions déjà très bien en Espagne, commençait à émerger dans d’autres pays. On regardait cela avec attention en se demandant : est-ce que cela va venir ? Comment cela va-t-il se développer ?
Depuis, cela accélère très fortement. Et Babolat accélère aussi dans le padel, notamment sur notre métier de base, qui est le développement des produits.
Nous connaissons ce sport depuis plus de vingt ans. Cela nous permet également d’accompagner son développement dans des pays qui commencent seulement à le découvrir. Nous connaissons les produits, la vie des clubs, les joueurs qui débutent, les hommes, les femmes et, de plus en plus, les jeunes. Aujourd’hui, le padel reste essentiellement un sport d’adultes. Il y a encore relativement peu d’enfants, mais ils arrivent.
« Le padel touche beaucoup plus largement que le tennis »
Padel Magazine : Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette accélération ?
Éric Babolat : Le padel touche tout le monde. C’est beaucoup plus large que la cible que nous connaissons depuis longtemps avec le tennis.
Le Covid a aussi accéléré deux choses. Beaucoup de personnes ont réalisé que le sport était bon pour la santé. Mais elles ont également compris que pratiquer seules, avec toutes les exigences et la discipline que cela implique, n’était pas forcément facile.
Les sports de raquette, et le padel en particulier, apportent autre chose. On se fait du bien, mais il y a aussi de la convivialité, du fun. C’est même un peu addictif ! Les fans de padel le savent depuis longtemps.
Je connais beaucoup de personnes, dans différents pays, qui ne pratiquaient aucun sport, qui ont découvert le padel et qui jouent aujourd’hui trois fois par semaine. Pour rien au monde elles n’arrêteraient. Cela montre à quel point ce sport est puissant, sympathique, addictif et fait du bien à la tête comme au corps.
Babolat et Club Med : une collaboration qui s’étend au padel
Padel Magazine : Vous avez parlé de Club Med, partenaire historique de Babolat. On voit aujourd’hui de plus en plus de pistes de padel apparaître dans leurs villages. Travaillez-vous ensemble sur le développement de cette activité ?
Éric Babolat : Oui. Notre collaboration a commencé il y a de nombreuses années autour du tennis, lorsque Club Med a souhaité réinvestir dans cette activité.
Leur clientèle est composée notamment de familles qui viennent passer une semaine pour s’amuser. Il fallait donc réfléchir à la manière de rendre la pratique sportive agréable et à la façon dont le matériel pouvait contribuer à cette expérience.
Nous leur avons parlé assez tôt du padel. Cela les intéresse énormément en raison de son côté familial, accessible et immédiatement ludique. Nous travaillons donc de plus en plus avec eux sur ce sujet.
Club Med investit et va installer du padel dans de plus en plus de destinations. Cela correspond parfaitement à leur clientèle.
« Au padel, tu viens et tu joues tout de suite »
Padel Magazine : Pourquoi le padel fonctionne-t-il particulièrement bien dans ce type de destination ?
Éric Babolat : Le tennis est formidable, mais il faut savoir jouer. Il faut avoir appris.
Au padel, tu viens et tu joues. Cela fonctionne immédiatement. C’est ce qui les intéresse particulièrement pour les familles et notamment pour les enfants, qui sont encore peu touchés par le padel aujourd’hui mais qui vont l’être de plus en plus.
« Nous avons partagé notre expérience de l’Espagne, de l’Italie et de la France »
Padel Magazine : Babolat a-t-il directement accompagné Club Med dans sa réflexion autour du padel ?
Éric Babolat : Oui. Ils nous ont posé beaucoup de questions et nous avons énormément échangé. Nous leur avons partagé notre expérience des marchés matures, comme l’Espagne, mais également celle d’un pays où le padel s’est développé d’une manière incroyable en très peu de temps : l’Italie.
En Italie, on est passé en trois ans de quasiment rien à quelque chose d’énorme.
Nous avons également parlé de la France, où le padel se développe, mais pas nécessairement aussi rapidement qu’en Italie. Pourquoi ? Comment ? Quelle place pour les joueurs de tennis ? Quelle place pour les autres pratiquants ?
Toute cette expérience, nous avons pu la partager.
« Nous ne voyons pas le padel comme un concurrent du tennis »
Padel Magazine : Est-ce que cette croissance du padel peut représenter une menace pour le tennis ?
Éric Babolat : Nous croyons au padel depuis toujours et nous ne le voyons pas comme un concurrent du tennis. Nous le considérons comme un autre sport de raquette qui fait du bien.
Club Med nous a beaucoup interrogés sur la façon dont les gens commencent le padel et sur ce qui leur plaît. Il y a beaucoup d’hommes, mais également beaucoup de femmes. Comment les femmes pratiquent-elles ? Qu’attendent-elles ?
Nous avons partagé toute cette expérience. Cela renouvelle aussi le cœur de notre collaboration avec Club Med, qui s’étend désormais du tennis au padel.
Je pense que le padel va devenir très rapidement l’un des sports majeurs proposés par Club Med.
« Certains viennent au Club Med pour passer une semaine à jouer au padel »
Padel Magazine : Est-ce que le padel est encore simplement une activité complémentaire pendant les vacances ?
Éric Babolat : Justement, Club Med nous a appris quelque chose que nous n’avions pas forcément réalisé : ils ont désormais une clientèle qui vient passer une semaine spécifiquement pour jouer au padel.
Ce n’est plus : « Je viens au Club Med, je vais à la plage et, éventuellement, je vais faire un peu de padel. »
C’est plutôt : « Est-ce qu’il y aura suffisamment de pistes ? Je viens avec mes copains, avec mon groupe de padel, et nous allons passer la semaine à jouer. »
Ils ont une partie de leur clientèle qui vient véritablement pour cela et ils nous disent que c’est devenu important pour eux.
Le padel représente désormais 15 à 20 % du business de Babolat
Padel Magazine : Il y a quatre ans, le padel restait encore relativement marginal dans l’activité de Babolat. Que représente-t-il aujourd’hui ?
Éric Babolat : Aujourd’hui, le padel représente entre 15 et 20 % de la totalité de notre business, avec une croissance supérieure à 50 % par an depuis deux ans.
Le padel se développe dans de plus en plus de pays, mais nous sommes encore loin de la couverture du tennis. Le tennis est présent pour nous dans environ 150 pays. Aujourd’hui, avec le padel, nous sommes dans 90 pays.
Cela signifie que la marge de progression reste très importante.
« Le marché du padel va dépasser celui du tennis d’ici 2030 »
Padel Magazine : Jusqu’où peut aller cette croissance ?
Éric Babolat : Je crois que la taille du marché mondial du padel va dépasser celle du tennis d’ici 2030, sans problème.
Et je ne parle pas de Babolat, mais du marché en général.
Pourquoi ? Tout simplement parce que le padel touche tout le monde, là où le tennis touche davantage les personnes qui savent déjà jouer ou qui doivent apprendre.
Aujourd’hui, si l’on regarde les ventes de matériel à la distribution, nous estimons le marché mondial du tennis autour de 1,5 milliard, contre environ 250 millions pour le padel.
Mais les 1,5 milliard, le padel peut les atteindre d’ici cinq ans.
L’arrivée des enfants, prochain moteur de croissance
Padel Magazine : Et il existe encore un immense réservoir de pratiquants…
Éric Babolat : Oui. Il y a de plus en plus de joueurs. Et encore une fois, aujourd’hui, le padel ne concerne quasiment pas les enfants.
C’est encore essentiellement un sport d’adultes.
Lorsque les enfants vont véritablement arriver, tout sera réuni pour poursuivre cette croissance. Il faut évidemment que les infrastructures suivent. Nous ne faisons pas d’infrastructures chez Babolat, mais il est essentiel qu’elles soient présentes pour permettre aux gens de jouer.
Et lorsqu’elles sont là, cela fonctionne. On le voit de plus en plus.
« Une première dans l’histoire du sport »
Padel Magazine : Pour conclure, avez-vous déjà vu, dans l’histoire de Babolat ou plus largement dans le sport, une discipline évoluer aussi rapidement avec de telles perspectives de croissance ?
Éric Babolat : Non. Ni chez Babolat, ni dans le sport.
Je crois que c’est la première fois qu’un sport connaît un tel développement, une telle croissance et un tel impact.
Il y a déjà eu des phénomènes à certaines périodes, comme le roller par exemple. Mais quelque chose d’aussi fort, d’aussi important et surtout d’aussi ancré, non.
Parce qu’on le voit : le padel n’est pas un phénomène de mode. Lorsque les gens commencent à jouer, ils restent. Cela entre dans leur vie, dans leur environnement.
Padel Magazine : Ce n’est donc plus un phénomène régional ?
Éric Babolat : Non, c’est un phénomène mondial. Et cela n’a jamais existé.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.
































































































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