À l’occasion de la finale de la 4PADEL Remontada, organisée dans un cadre exceptionnel au pied de la Tour Eiffel, Yoann Chartron, responsable marketing chez Babolat France, s’est confié à Padel Magazine sur le développement de la marque dans le padel.

Poids grandissant du padel dans le business de Babolat, développement des infrastructures, création d’une académie destinée aux jeunes, stratégie auprès des clubs, nouvelle gamme de raquettes ou encore phénomène Juan Lebrón : il revient sur un marché qui continue de dépasser les prévisions.

« Une piste de padel devant la Tour Eiffel, c’est assez dingue »

Padel Magazine : Il y a encore trois ans, pouvait-on imaginer installer une piste de padel ici, à Paris, avec la Tour Eiffel derrière nous ?

Yoann Chartron : Dans nos rêves, peut-être ! Là, 4PADEL l’a fait et nous les accompagnons sur ce projet. C’est assez dingue et on en profite bien.

Comment cette collaboration autour de la Remontada s’est-elle mise en place ?

Tout est parti du projet de la Betclic Remontada Padel. Avec 4PADEL, nous voulions toucher les joueurs loisirs, faire une véritable fête du padel et proposer quelque chose de différent.

Après toutes les étapes de qualification organisées dans les régions, l’idée était de réunir ici tous les gagnants pour la phase finale. Et cela va continuer.

L’objectif est de refaire quelque chose de fort. La Remontada, pour ceux qui ne connaissent pas, est vraiment un tournoi loisir. Nous ne sommes pas sur une compétition homologuée. Il y a des montées-descentes, des formats très fun, des jokers, des gages… C’est vraiment pensé pour les pratiquants loisirs.

Une 4PADEL Academy by Babolat pour faire jouer les jeunes

Padel Magazine : Votre collaboration avec 4PADEL va également prendre une autre dimension avec la formation des jeunes. Quel est le projet ?

C’est la 4PADEL Academy by Babolat. En France, il y a encore très peu de jeunes et de juniors qui jouent au padel. Cela commence à se développer, mais doucement.

Pour que les jeunes se mettent au padel, il faut que les centres puissent proposer de la formation et des cours adaptés. C’est ce que fait 4PADEL dans ses centres.

De notre côté, avec notre expertise du produit et de l’enseignement, mais aussi notre réseau de coachs et de joueurs, nous allons accompagner 4PADEL dans la création de ce programme et de cette académie.

L’objectif est de proposer aux jeunes du matériel adapté et une formation adaptée. Le projet est encore en construction, donc nous ne pouvons pas encore entrer dans tous les détails.

Deux à trois ans pour développer une nouvelle collection

Padel Magazine : Vous travaillez déjà sur les prochaines générations de raquettes. Combien de temps faut-il à Babolat pour préparer une nouvelle collection ?

Il faut environ deux à trois ans de travail pour sortir une collection.

La collection 2025 est déjà terminée et présentée à nos magasins. L’un des principaux changements concernera un de nos piliers de gamme, qui sera profondément renouvelé avec de nouvelles technologies.

Il y aura également la nouvelle Viper Lebrón.

On reste sur une raquette très puissante ?

Oui, et ce n’est pas une raquette pour tout le monde. Il faut être un joueur confirmé pour réussir à manier une raquette aussi exigeante.

Ce n’est clairement pas une raquette que l’on va conseiller à un joueur loisir.

Juan Lebrón : « Il fait vivre le padel comme aucun autre joueur »

Padel Magazine : Justement, parlons de Juan Lebrón. Il fait énormément parler de lui, aussi bien pour ce qu’il réalise sur la piste que pour son comportement. Quel regard portes-tu sur lui ?

Je pense qu’il y a un joueur qui fait vivre des émotions à tout le monde. Certains vont les percevoir négativement, d’autres positivement : c’est lui.

Il fait vivre le padel comme aucun autre joueur.

Parfois, c’est à travers de petites crises au bord du terrain. Parfois, ce sont des coups extraordinaires. Mais Juan est exceptionnel. Il l’est aussi dans ses émotions et dans ses réactions. Il est entier.

Padel Magazine : Il n’y a pas vraiment de filtre…

Il se passe toujours quelque chose. Et ça, c’est génial pour le padel.

C’est surtout ce qui intéresse les fans : qu’il se passe quelque chose.

Babolat veut être présent directement dans les clubs

Padel Magazine : Quelle est aujourd’hui la stratégie de Babolat pour continuer à se développer dans le padel ?

Notre priorité est d’être présent sur les lieux de pratique.

Nous avons notamment des partenariats forts avec 4PADEL, All In Padel et PadelShot. À cela viennent s’ajouter tous les clubs de tennis partenaires de Babolat qui s’équipent progressivement en pistes de padel.

Cela nous permet d’être très présents auprès des joueurs. C’est vraiment notre stratégie première.

Le padel représente déjà 17 % de l’activité de Babolat France

Padel Magazine : Le nombre de pratiquants explose en France. Est-ce que cette progression se retrouve désormais directement dans votre chiffre d’affaires ?

Oui. Le padel grossit énormément.

À la fin de l’année 2023, il représentait 17 % de notre chiffre d’affaires en France.

Nous avons historiquement une activité badminton importante en France, qui représente 13 %. Et pour la première fois, le padel a dépassé le badminton.

Aujourd’hui, la répartition est donc d’environ 70 % pour le tennis, 17 % pour le padel et 13 % pour le badminton.

Cette différence avec le tennis est essentiellement liée aux lieux de pratique. Il y a encore beaucoup plus de courts de tennis et beaucoup plus d’endroits où pratiquer le tennis. C’est un sport installé depuis longtemps.

Mais nous pensons que le padel va progressivement arriver autour de 30 % de notre activité.

« Dans dix ans, serons-nous à 50-50 entre tennis et padel ? »

Padel Magazine : Jusqu’où cette progression peut-elle aller ? Peut-on imaginer un jour le padel au niveau du tennis chez Babolat France ?

Le padel est surprenant. À chaque fois qu’on annonce un chiffre, finalement, c’est mieux.

Est-ce que, dans dix ans, nous serons à 50-50 ? Nous sommes incapables de le dire.

En revanche, les 20 ou 25 %, compte tenu de l’évolution de nos marchés, vont arriver rapidement.

Ensuite, tout dépendra du développement des lieux de pratique.

Padel Magazine : Ces chiffres concernent uniquement Babolat France ?

Oui. Babolat France réalise environ 35 millions d’euros de chiffre d’affaires, et le padel en représente 17 %.

À l’échelle mondiale, c’est différent, notamment en raison du poids du marché espagnol. Mais la tendance reste la même : le padel prend des parts de marché et continue de se développer.

L’Espagne, l’Italie et la Belgique tirent également le marché

Padel Magazine : Même l’Espagne, que certains pouvaient considérer comme arrivée à maturité, continue d’évoluer. Comment Babolat s’est-il installé sur ce marché ?

Le marché espagnol est effectivement assez mature. Nous y sommes arrivés en étant très forts sur la chaussure et un peu moins sur la raquette.

Nous avions notamment la Jet Padel. Notre expertise dans la chaussure nous a permis d’adopter une stratégie que nous n’utilisions pas forcément dans le tennis : contractualiser avec des joueurs uniquement sur la chaussure, même lorsqu’ils utilisaient une raquette d’une autre marque.

C’était aussi une manière de pénétrer un marché beaucoup moins saturé sur la chaussure que sur la raquette.

Aujourd’hui, d’autres pays portent également cette croissance. L’Italie tire le marché et la Belgique aussi.

« La France va petit à petit passer devant la Belgique »

Padel Magazine : La Belgique dispose déjà d’un nombre impressionnant de pistes. Existe-t-il une différence fondamentale avec le développement français ?

Pas vraiment. Les Belges ont simplement été plus rapides dans le développement des infrastructures.

Il y a beaucoup de centres privés en Belgique, mais également des pistes de padel dans les clubs de tennis. Le développement est donc assez similaire à celui de la France.

C’est simplement qu’en France, cela va un peu plus doucement. Mais doucement et sûrement.

La France va petit à petit passer devant la Belgique.

La Belgique reste un véritable pays de sports de raquette. C’est un pays de tennis et de padel. Il suffit de voir l’ambiance lors du Premier Padel de Bruxelles.

Le padel a un super avenir pour tout le monde, et tant mieux.

Un marché qui continue de surprendre

Entre une part du chiffre d’affaires qui a déjà dépassé celle du badminton en France, une projection autour de 20 à 30 % de l’activité, le développement des académies pour les jeunes et la multiplication des pistes, Babolat ne considère plus le padel comme une activité secondaire.

Et Yoann Chartron laisse surtout une question ouverte : si le padel continue à dépasser les prévisions, jusqu’où peut-il se rapprocher du tennis dans les dix prochaines années ?

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.