Éliminé dès le premier tour du Paris Major aux côtés d’Álvaro Montiel, Gonzalo Rubio n’a pas seulement quitté Roland-Garros avec de la frustration sportive. Le 41e joueur mondial a profité de cette sortie pour relancer un débat qui agite de plus en plus le circuit : les changements permanents de partenaires.

Battus 5/7 3/6 par Javier Martínez / Luis Hernández, Rubio et Montiel ne poursuivront pas leur projet sur le prochain tournoi. Une séparation que l’Espagnol ne critique pas directement. Son message vise surtout un système qui, selon lui, permet aujourd’hui trop facilement de casser et reformer des paires au fil des semaines.

« Nous ne sommes pas encore un sport sérieux »

Rubio n’a pas pris beaucoup de détours dans son message publié sur les réseaux sociaux.

« Le padel veut devenir olympique. Soyons honnêtes : nous ne sommes pas encore un sport sérieux. »

Une phrase forte, mais qui dépasse largement son propre cas.

Pour Rubio, le problème ne vient pas des joueurs qui choisissent de changer de partenaire. Il reconnaît d’ailleurs que la décision de Montiel de poursuivre avec un autre joueur est « totalement légitime ».

Ce qu’il remet en cause, c’est plutôt l’absence de cadre autour de ces changements.

Aujourd’hui, tant que les délais d’inscription sont respectés, les joueurs disposent d’une grande liberté pour reformer une paire. Résultat : les projets deviennent parfois très courts, les associations changent sans cesse et il devient difficile de construire quelque chose sur la durée.

Des paires qui n’ont plus le temps de construire une identité

C’est l’un des points les plus intéressants soulevés par Rubio.

« Le supporter qui paie une place mérite de pouvoir s’identifier à des paires qui se consolident et gagnent une identité avec le temps. »

Le constat est difficile à ignorer. Sur le circuit masculin notamment, le marché des paires est devenu presque permanent. Une mauvaise série peut suffire à provoquer une séparation, parfois après seulement quelques tournois.

Pour les supporters, cela peut rendre le circuit plus difficile à suivre. Une paire qui semblait lancée dans un projet à moyen terme peut disparaître quelques semaines plus tard.

Rubio estime que cette instabilité touche aussi directement les entraîneurs, qui ont besoin de temps pour développer un projet de jeu, ainsi que les sponsors, qui cherchent naturellement à s’associer à des équipes identifiables et durables.

« À force de changements, la nouvelle n’est même plus une nouvelle »

Pendant longtemps, les changements de partenaires ont aussi participé au spectacle autour du circuit. Le mercato permanent créait des rumeurs, de l’attente et beaucoup de discussions.

Mais Rubio estime que cet effet commence à s’épuiser.

« À force de changements, la nouvelle n’est même plus une nouvelle. »

Et c’est probablement là que son message touche un point sensible.

Lorsque les séparations deviennent trop fréquentes, elles perdent aussi une partie de leur intérêt. Ce qui devait apporter du mouvement au circuit peut finir par donner une impression d’instabilité permanente.

Rubio propose de limiter les changements dès 2027

L’Espagnol ne se contente pas de critiquer. Il avance également une idée concrète : limiter le nombre de changements de partenaire par joueur et par saison à partir de 2027.

L’objectif ne serait pas d’interdire totalement les séparations. Une paire doit évidemment pouvoir s’arrêter lorsqu’un projet ne fonctionne plus, qu’un joueur est blessé ou qu’une situation particulière l’exige.

Mais Rubio souhaite qu’il existe un nombre maximal de changements, afin d’obliger les joueurs à davantage s’engager dans leurs projets.

Une mesure qui, selon lui, pourrait donner plus de stabilité au circuit et permettre aux paires de véritablement se construire.

Un débat de plus en plus présent sur le circuit

Le sujet n’est pas nouveau. Ces dernières saisons, les changements de partenaires se sont multipliés, parfois même entre des joueurs pourtant bien installés au classement.

Et cette année encore, le marché n’a quasiment jamais cessé de bouger.

Le problème est aussi sportif. Avec un classement établi sur les points individuels, changer de partenaire peut rapidement devenir une décision stratégique. Un joueur peut chercher à améliorer son entrée dans les tableaux ou profiter d’une opportunité avec un partenaire mieux classé.

Cela favorise naturellement les mouvements et rend plus difficile la construction de projets sur le long terme.

Rubio voudrait justement remettre davantage la notion de paire au centre du padel.

« Ici, ce n’est pas le meilleur joueur qui gagne, mais la meilleure paire »

Son message se termine d’ailleurs sur cette idée :

« J’espère qu’un jour nous arrêterons de répéter que le padel est un sport individuel qui se joue en paire. Que nous puissions dire qu’ici, ce n’est pas le meilleur joueur qui gagne : c’est la meilleure paire. »

Une réflexion qui résume parfaitement son point de vue.

Le padel professionnel cherche à grandir, à attirer toujours plus de public et rêve notamment d’intégrer un jour les Jeux olympiques. Mais pour Rubio, cette évolution passe aussi par une meilleure structuration du circuit.

Reste maintenant à savoir si son message trouvera un écho auprès des autres joueurs et surtout auprès de la FIP.

Une chose est certaine : avec la multiplication des séparations, le débat sur la stabilité des paires est loin d’être terminé.

Benjamin Dupouy

J’ai découvert le padel directement lors d’un tournoi, et franchement, je n’ai pas trop accroché au début. Mais la deuxième fois, ça a été le coup de foudre, et depuis, je ne rate plus un seul match. Je suis même prêt à rester éveillé jusqu’à 3h du matin pour regarder une finale de Premier Padel !