Le FIP Gold de Belgrade offre un cas d’école. Coki Nieto / Mike Yanguas et Franco Stupaczuk / Jon Sanz, respectivement 4e et 5e paires mondiales au moment des inscriptions, ne sont séparés que par 21 points. En 2026, les deux équipes peuvent venir chercher librement les 150 points promis aux vainqueurs. En 2027, ce ne sera plus aussi simple : pour les joueurs classés individuellement entre la 5e et la 16e place mondiale, participer à un FIP Gold nécessitera obligatoirement une wild-card. Une mesure destinée à protéger le CUPRA FIP Tour qui soulève néanmoins une vraie question : que se passera-t-il si, entre deux paires en concurrence directe au ranking, l’une reçoit une invitation et l’autre non ?

Belgrade : 21 points entre la 4e et la 5e paire mondiale

Le FIP Gold de Belgrade, prévu du 24 au 30 août, est beaucoup plus intéressant qu’un simple Gold.

Deux paires installées juste derrière les toutes meilleures associations mondiales ont décidé de faire le déplacement en Serbie :

Coki Nieto / Mike Yanguas, 4e paire mondiale au moment des inscriptions, avec 11 697 points cumulés ;

Franco Stupaczuk / Jon Sanz, 5e paire mondiale, avec 11 676 points.

21 points seulement les séparent.

À ce niveau, chaque tournoi compte. D’autant qu’une place gagnée ou perdue dans la hiérarchie peut ensuite avoir des conséquences sur le statut de tête de série et donc sur les tableaux Premier Padel.

Le calcul est donc assez facile à comprendre : un titre en FIP Gold rapporte 150 points par joueur.

Quand seulement 21 points séparent deux paires, Belgrade devient une véritable extension de leur bataille sur Premier Padel.

Mais cette situation va devenir beaucoup plus complexe en 2027.

Le top 4 individuel interdit : une règle qui ne devrait pas bouleverser la situation actuelle

La FIP et Premier Padel ont annoncé en juin les nouvelles restrictions qui entreront en vigueur en 2027 sur le FIP Tour.

Concernant les FIP Gold, deux catégories sont créées :

  • les joueurs classés de la 1re à la 4e place mondiale seront interdits de participation ;
  • les joueurs classés de la 5e à la 16e place mondiale pourront participer uniquement grâce à une wild-card.

Attention à une distinction importante : la FIP parle ici du classement individuel des joueurs, et non du classement des paires.

Dans la configuration actuelle du padel mondial, la première mesure – l’interdiction faite aux quatre meilleurs joueurs – ne devrait pas provoquer une révolution.

Les membres du « Big 4 » disputent déjà essentiellement Premier Padel et n’ont pas besoin d’aller chercher 150 points sur un Gold pour protéger leur position.

Surtout, le fossé en points qui existe actuellement entre les quatre premiers joueurs mondiaux et leurs poursuivants rend le danger relativement limité.

Autrement dit, la FIP officialise en partie une situation qui existe déjà naturellement.

Mais cette règle repose aussi sur la hiérarchie actuelle

C’est néanmoins une photographie du padel de 2026.

Imaginons demain qu’une troisième paire mondiale parvienne réellement à se mêler à la bataille avec les deux meilleures paires du monde.

Les écarts individuels pourraient alors se resserrer considérablement.

Dans cette configuration, la frontière entre le n°4 et le n°5 mondial deviendrait beaucoup plus problématique.

Le quatrième serait totalement interdit de FIP Gold.

Le cinquième pourrait, lui, encore y participer avec une wild-card.

Si quelques dizaines ou centaines de points seulement les séparent, l’un pourrait donc disposer d’une possibilité supplémentaire de marquer des points que son concurrent direct n’aurait pas.

Ce scénario reste aujourd’hui largement théorique compte tenu des écarts au sommet.

Mais si la hiérarchie mondiale se resserre à l’avenir, la FIP devra probablement surveiller les effets de cette frontière très nette entre la quatrième et la cinquième place.

Le véritable problème pourrait surtout concerner les joueurs classés de 5 à 16

À court terme, c’est ailleurs que la nouvelle réglementation pose le plus de questions.

Car entre la 5e et la 16e place mondiale, les joueurs ne seront pas interdits de Gold.

Ils pourront y participer.

Mais seulement s’ils obtiennent une wild-card de l’organisateur.

Et cette différence change beaucoup de choses.

Une wild-card n’est pas obtenue automatiquement en fonction du classement. Elle est attribuée par l’organisation du tournoi, puis soumise à l’approbation de la FIP.

Le règlement FIP précise d’ailleurs que les organisateurs proposent les wild-cards qu’ils souhaitent attribuer et qu’aucune compensation ne peut être demandée ou proposée en échange d’une invitation.

Mais sportivement, une question subsiste :

que se passe-t-il lorsque plusieurs joueurs du top 16 se battent directement pour les mêmes positions au classement et que certains reçoivent une wild-card, tandis que d’autres ne l’obtiennent pas ?

Le cas Belgrade permet de comprendre immédiatement le problème

Reprenons précisément la situation de Belgrade.

Nieto / Yanguas et Stupaczuk / Sanz sont séparés de seulement 21 points dans la bataille entre la 4e et la 5e paire mondiale.

En 2026, aucun problème : les deux paires ont la possibilité de participer au Gold et donc d’aller chercher les mêmes 150 points.

Appliquons maintenant le principe annoncé pour 2027.

Si leurs quatre joueurs sont toujours individuellement classés entre les places 5 et 16, ils devront passer par une wild-card.

Imaginons alors que l’organisation invite Nieto / Yanguas mais pas Stupaczuk / Sanz.

Ou l’inverse.

La paire retenue aurait accès à 150 points potentiels dans une compétition à laquelle sa concurrente directe ne pourrait tout simplement pas participer.

Et lorsqu’il existe 21 points entre deux associations, 150 points représentent évidemment une différence considérable.

Voilà où peut apparaître une véritable distorsion dans la course au ranking.

Une wild-card pourrait indirectement peser sur la hiérarchie mondiale

Le problème ne vient pas du principe même de la wild-card.

Les invitations existent dans pratiquement tous les sports de raquette et permettent notamment aux organisateurs d’intégrer des joueurs locaux, des jeunes, des anciennes stars ou des joueurs présentant un intérêt particulier pour le tournoi.

Mais ici, la wild-card aurait une fonction supplémentaire.

Pour un joueur classé entre la 5e et la 16e place mondiale, elle ne permettrait plus simplement d’obtenir une place privilégiée dans un tableau.

Elle deviendrait la seule porte d’entrée possible vers le tournoi.

La nuance est importante.

L’organisateur pourrait donc indirectement permettre à un joueur de disputer une compétition comptant pour le classement mondial alors qu’un concurrent direct, pourtant mieux ou quasiment aussi bien classé, n’aurait pas accès aux mêmes points.

Cela ne signifie évidemment pas que le bénéficiaire remportera le tournoi.

Mais les deux concurrents ne disposeraient plus des mêmes opportunités de départ.

Et la situation peut devenir encore plus sensible avec le classement des paires

Le padel possède en plus une particularité : le ranking est individuel, mais la compétition se joue à deux.

C’est pourquoi il faut distinguer en permanence le classement mondial d’un joueur et la position mondiale d’une paire.

La réglementation 2027 est fondée sur le premier.

Mais les conséquences sportives se ressentent souvent sur le second.

Un Nieto / Yanguas contre Stupaczuk / Sanz n’est pas simplement une bataille entre quatre classements individuels.

C’est aussi et surtout une bataille entre la 4e et la 5e paire mondiale, avec derrière elle des enjeux de têtes de série sur Premier Padel.

Et c’est précisément ce qui rend le système des wild-cards particulièrement sensible.

Une décision prise sur l’accès à un FIP Gold pourrait avoir ensuite des conséquences sur la hiérarchie des paires et, indirectement, sur la composition des tableaux du circuit principal.

La FIP tente pourtant de résoudre un vrai problème

Il ne faut pas perdre de vue la raison de cette réforme.

Le FIP Tour doit notamment permettre aux joueurs moins bien classés et aux talents émergents de progresser pour atteindre progressivement Premier Padel.

Or, les points proposés sur certaines catégories ont progressivement attiré des joueurs extrêmement bien classés.

Paula Josemaría l’avait parfaitement résumé dans une interview accordée à SPORT en juin : gagner un FIP Platinum rapporte actuellement 300 points, contre 180 points pour un quart de finale en P1.

Elle estimait que le problème ne venait pas des joueurs.

Le système lui-même les incite à aller chercher ces points.

La FIP a manifestement entendu cette critique puisque sa réforme 2027 agit sur les deux tableaux : revaloriser les premiers tours de Premier Padel et limiter l’accès des meilleurs joueurs au FIP Tour.

L’objectif est cohérent.

C’est son application qui pourrait produire quelques effets secondaires.

Pourquoi ne pas définir un critère purement sportif ?

C’est probablement le débat que la saison 2027 permettra d’ouvrir.

Entre les places 5 et 16, faut-il vraiment faire dépendre l’accès aux FIP Gold d’une wild-card ?

Ou faudrait-il imaginer un système garantissant que deux joueurs – et surtout deux paires – engagés dans une bataille directe au classement disposent des mêmes possibilités ?

Car le problème n’est pas qu’une paire du top mondial dispute un Gold.

Le problème apparaîtrait si une paire peut le disputer et qu’une concurrente directe ne le peut pas uniquement parce qu’un organisateur a choisi d’attribuer son invitation à l’une plutôt qu’à l’autre.

À partir de là, la wild-card ne représente plus seulement un outil d’organisation d’un tournoi.

Elle peut devenir un élément de la course au classement mondial.

Belgrade 2026, un cas d’école avant la réforme

C’est ce qui rend le prochain FIP Gold de Belgrade aussi intéressant à observer.

Deux paires mondiales séparées de 21 points.

Un tournoi offrant 150 points au vainqueur.

Et les deux disposent, en 2026, de la même possibilité d’aller les chercher.

C’est justement cette égalité d’accès qui pourrait ne plus être garantie en 2027.

La réforme de la FIP répond à un problème réel : éviter que le CUPRA FIP Tour devienne une réserve de points pour les meilleurs joueurs de Premier Padel.

Pour le top 4 individuel actuel, la restriction devrait être presque indolore tant le fossé avec les poursuivants reste important et tant ces joueurs fréquentent déjà peu les Gold.

Pour les joueurs classés entre les places 5 et 16, en revanche, la question est beaucoup plus délicate.

Le FIP Gold de Belgrade nous en fournit presque la démonstration avant l’heure.

Si demain deux paires séparées de 21 points se retrouvent dans cette situation et qu’une seule reçoit une wild-card, pourra-t-on vraiment considérer que leur bataille pour le ranking se déroule à armes égales ?

C’est probablement sur ce point, plus que sur l’interdiction du top 4, que le nouveau règlement 2027 devra être observé de très près.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.