Lorenzo Lecci Lopez poursuit son analyse du développement du padel. Après s’être penché sur plusieurs hypothèses de croissance, Lorenzo terminera sur son hypothèse n°3 : développer le padel hors-fédération via les structures privées.

Est-ce une possibilité ? Le padel s’en sortira t-il grandi ou l’inverse ?

« Sans les structures privées le padel ne serait sûrement rien »

Fiona Ligi, 4e joueuse française au classement du World Padel Tour nous a apporté en partie son analyse sur cet élément :

Les structures privées sont le réel moteur du padel.

Il ne faut surtout pas tomber dans l’excès. Clubs affiliés et habilités font beaucoup de choses pour le padel français. Mais force est de constater que si nous en sommes là aujourd’hui, “c’est exclusivement grâce aux investissements des privés depuis plusieurs années“.

Depuis 1 ou 2 ans, on voit le secteur public s’y intéresser. Et ce secteur est important pour permettre à notre sport de se développer et de se démocratiser. Mais n’oublions pas comment nous en sommes arrivés là.

Des propos très matures tenus par la joueuse française qui montre que malgré son jeune âge, elle n’hésite pas à avoir un argumentaire très cohérent.

Cependant, toutes les structures, ensemble, ont un rôle pour permettre à notre sport d’exploser et d’être surtout connu de tous.

Mécontentement général des clubs privés de padel

« Le club privé n’est jamais aidé financièrement. Le club privé doit tout payer et même parfois sur-payer” ».

Voici les propos d’un acteur privé qui a souhaité rester anonyme. Mais ces propos sont relayés par de très nombreux clubs et acteurs du padel français. Et l’Association des Clubs de padel Privés  découle de cet agacement que l’on ressent lorsque nous posons la question aux clubs.

En effet, une forme d’injustice est ressentie par les clubs, qui se sentent utilisés lorsque la FFT a besoin de réaliser une manifestation sportive dans leurs installations, mais délaissés lorsqu’un soutien financier est demandé.

Lorsque la FFT doit organiser les championnats de France, la fédération loue simplement les infrastructures pour la durée de l’évènement, et “les sommes accordées aux clubs sont étonnement très faibles“.

Les clubs qui n’accueillent pas de compétitions organisées par la FFT n’obtiennent, quant à eux, aucune aide. Les clubs qui accueillent des étapes du FFT Padel Tour critiquent eux aussi les conditions imposées pour être partenaire, les jugeant trop dures. Le ressenti général est que “la politique de développement du padel exercée par la FFT est faite à l’encontre des clubs privés“.

Les mots sont posés. Et le thème est clairement sur la table chez de nombreux clubs.

La FFT subventionne des structures qui ont un ou deux courts de padel dans un club de tennis, et ne subventionne pas les clubs privés : parfois, ces clubs sont géographiquement proches, portant ainsi préjudice aux structures privées. Ces dernières doivent alors faire face à une concurrence déloyale.

Les structures privées fonctionnent déjà sans fédération

Toutes les difficultés dénoncées par les clubs privés font de ces derniers des structures qui fonctionnent déjà de manière indépendante, en dehors d’un cadre fédéral.

Les clubs privés attendent plus de la FFT. Dans la réalité, il est difficile d’imaginer la FFT subventionner les clubs privés si les objectifs restent inchangés.

Actuellement, la FFT n’a aucun intérêt économique à réaliser cet investissement : cela pourrait même porter préjudice à son sport. Si les clubs privés sont aidés, alors de plus en plus de structures de ce type apparaitront, annulant ainsi le gain d’attractivité pour les clubs de tennis affiliés FFT.

Ainsi une concurrence de l’offre padel pourrait apparaitre. Cette concurrence serait excellente pour le développement du padel en France, mais mettrait un peu plus en difficulté (à court terme du moins) les clubs de tennis. L’objectif étant de redonner l’attractivité perdue à ses clubs affiliés FFT, la politique de la FFT n’inclue pas les clubs privés.

Tant que cet objectif reste inchangé, la FFT n’aidera jamais les clubs privés.

Les clubs privés peuvent donc se rendre à cette évidence et se développer en dehors d’un cadre fédéral. Cela implique un manque financier important, mais aussi une carence dans l’accompagnement par rapport aux autres sports. Sans fédération, les clubs privés avancent comme n’importe quelle autre activité de divertissement privée (paintball, escape game…). Le travail en termes de marketing, communication et service doit être d’autant plus soigné afin d’attirer des clients et pouvoir dégager des bénéfices.

Les clubs privés de padel avancent seuls, c’est une réalité.

De vrais passionnés qui prennent des risques

Il faudrait à plus long terme que la FFT soutienne les clubs privés qui eux sont de vrais passionnés de padel et sont des clubs beaucoup plus actifs en terme d’organisation de tournois ou d’animations en général que les clubs de tennis.

Melissa Martin, 3e joueuse française au classement WPT, défend elle aussi l’implication des clubs privés. L’investissement dans un club privé d’un sport à peine connu sur le territoire n’est pas un investissement sûr. Pour un investisseur pur, cela correspond même à une très grosse prise de risque. Cet investissement est motivé par l’aspect passionnel d’un homme, plutôt qu’une volonté d’être rentable.

La FFT a conscience des efforts des acteurs privés, mais les intérêts restent les mêmes pour le moment, et les privés ne rentrent pas dans les plans.

En finançant les structures à un ou deux courts de padel, la FFT crée des clubs sans véritable structure d’accueil. Philippe Brossard, l’auteur de « Halte au tennis triste », parlait de la « désertification des clubs (…) en créant des micro-clubs composés d’un ou deux terrains » qui a marqué le début de la décroissance du tennis : par cette politique, la FFT pourrait être en train de commettre la même erreur avec le padel.

Le Five et 4Padel, un pari sur le padel

La célèbre marque de foot à 5 cherche à diversifier son activité en proposant un nouveau sport.

En trois ans, Le Five a réussi à devenir le leader en France du padel, via la marque 4Padel, une entité à part entière.

4padel a sa propre identité, sa propre stratégie marketing, et son propre site internet. La communication est novatrice et très bien soignée, impactant ainsi de manière efficace. Avec cinquante courts dans seize centres partout en France (dont un à la Réunion) et même un centre à Barcelone, le groupe Le Five mise avec ambition sur le padel.

Un centre 100 % dédié à la pratique du padel apparaitra dans les prochains mois à Nantes avec neuf courts. Au cours des interviews avec trois responsables de centres 4Padel (celui de Bordeaux, celui de Rouen et celui de Créteil), la prudence dans les propos règne : les clubs privés tentent de soigner leur relation avec la FFT.

Or, l’article de Padel Magazine intitulé « La FFT aura-t-elle sa part de responsabilité si certains clubs de padel ferment » ? », les responsables des clubs privés critiquent durement la politique de la FFT, car ils s’expriment anonymement. Tous les clubs privés ont conscience de la puissance de la FFT, et même si ces clubs sont mécontents de l’attitude de la FFT à leur égard, ils doivent garder conscience que leur relation avec la FFT ne doit pas se détériorer.

4padel semble réussir son pari, et devient une référence pour toutes les structures privées. Il est désormais clair qu’avec une bonne communication et une bonne gestion des investissements, les clubs privés peuvent être profitables, et ont la capacité de faire vivre le padel sans avoir besoin de l’aide d’une fédération.

Lorenzo Lecci López

À ses noms, nous devinons ses origines espagnoles et italiennes. Lorenzo est un polyglotte passionné de sport : le journalisme par vocation et l’événementiel par adoration sont ses deux jambes. Son ambition est de couvrir les plus grands événements sportifs (J.O. et Mondiaux). Il s’intéresse à la situation du padel en France, et offre des perspectives pour un développement optimal.