Juan Lebrón et Leo Augsburger seront au rendez-vous des demi-finales du Paris Major 2026. La tête de série 3 a écarté Jerónimo González et Lucas Campagnolo (TS8) en deux sets, 6/3 7/6, pour poursuivre son parcours à Roland-Garros. En conférence de presse, Lebrón s’est notamment confié sur les semaines plus compliquées qu’il vient de traverser, son exigence envers lui-même et sa relation particulière avec Agustín Silingo. Augsburger, lui, a livré un regard très fort sur son partenaire.

La suite sera d’un tout autre calibre : Arturo Coello et Agustín Tapia attendent désormais Lebrón / Augsburger en demi-finale.

Lebrón sur ses dernières semaines : « Il y a des mauvais et des bons moments »

La veille, une discussion captée sur le banc avec Agustín Silingo avait laissé entendre que Juan Lebrón traversait une période plus délicate. Interrogé sur le sujet, l’Espagnol n’a pas esquivé.

Juan, vous avez laissé entendre que ces dernières semaines n’avaient pas été simples. Que vouliez-vous dire ?

Juan Lebrón : « Comme dans tout dans la vie, je pense qu’il y a des mauvais moments et des bons moments. Je suis évidemment très exigeant envers moi-même. Vous savez que je veux toujours le meilleur de moi, le meilleur de mon partenaire et le meilleur des personnes qui m’entourent.

C’est une exigence personnelle. J’ai toujours envie de jouer incroyablement bien, mais parfois ce n’est pas le cas. Il faut aussi savoir mal jouer et gagner. C’est ce que nous avons réussi à faire hier.

Mon partenaire m’a soutenu à chaque instant et c’est aussi comme cela que nous avons réussi à être une équipe. Je suis très heureux du tournoi que nous sommes en train de réaliser et surtout de Leo. Je vois qu’il suit le chemin que nous essayons de construire avec lui et je pense qu’il y parvient largement. »

Roland-Garros ou Wimbledon ? Lebrón choisit… Wimbledon

La conférence de presse a aussi offert un moment plus léger. Présent cette année à Wimbledon comme spectateur, Lebrón a dû choisir entre les deux temples du tennis pour accueillir du padel.

Sa première réponse a été immédiate : « Wimbledon. »

Mais l’ancien numéro 1 mondial a rapidement tenu à souligner son attachement au tournoi parisien.

Juan Lebrón : « Ici, nous sommes enchantés. C’est un peu le tournoi des tournois, celui que tout le monde veut jouer. Tout doit être parfait.

Nous sommes très heureux d’être à Roland-Garros. Depuis la première fois où je suis venu ici, en 2022, on voit une croissance énorme à Roland-Garros et en France. »

Lebrón / Augsburger : réguliers, mais pas satisfaits

Depuis le début de leur association, Lebrón et Augsburger se sont installés régulièrement dans les derniers tours. Une constance que Lebrón apprécie, sans pour autant vouloir s’en contenter.

Après plusieurs mois ensemble, où situez-vous aujourd’hui votre paire ?

Juan Lebrón : « Il faut être réalistes. Nous sommes une paire qui atteint très souvent les demi-finales. Nous avons connu quelques faux pas, mais nous sommes assez réguliers cette saison.

Évidemment, nous ne voulons pas nous arrêter là. Nous voulons plus.

Je sais qu’on attend beaucoup plus de nous. Nous essayons d’être toujours présents. Il y a aussi énormément de travail derrière avec Agustín et Juanma.

L’un des aspects sur lesquels nous devions le plus progresser était notre défense, ainsi que notre capacité à enchaîner les transitions. Aujourd’hui, nous avons disputé un match très exigeant dans ces domaines et nous avons réussi à bien le gérer face à une très grande paire. »

Et lorsqu’il évoque le potentiel de son partenaire argentin, Lebrón se montre particulièrement élogieux.

Juan Lebrón : « Leo a encore un potentiel énorme. Je pense qu’il atteindra son plafond dans un, deux ou même trois ans. Il a encore énormément de marge.

Il progresse énormément, notamment sur le plan psychologique. Je pense que c’est aussi un animal dans ce domaine. Et ça, seuls quelques joueurs l’ont. »

Augsburger : « Nous tirons tous les deux l’équipe »

Lorsqu’on lui demande s’il a parfois le sentiment de devoir porter la paire lorsque Lebrón traverse une période plus difficile, Leo Augsburger refuse catégoriquement cette lecture.

Leo, avez-vous parfois l’impression de devoir tirer l’équipe dans les moments compliqués ?

Leo Augsburger : « Ce n’est ni moi ni lui qui tirons l’équipe. Cela fait partie d’un collectif et nous tirons tous les deux.

Juan a peut-être dit qu’hier j’avais sorti le match, mais je suis totalement en désaccord avec lui. Nous l’avons sorti tous les deux, en équipe. Aucun de nous ne joue plus ou moins que l’autre.

Nous savons ce que nous pouvons produire lorsque nous jouons tous les deux notre meilleur padel et que nous sommes ensemble. »

« Quand Juan Lebrón prend du plaisir, il devient un grand danger »

Augsburger est ensuite allé plus loin dans son analyse de son partenaire. Selon l’Argentin, l’immense facilité de Lebrón peut parfois devenir paradoxalement une difficulté.

Leo Augsburger : « Pour lui, avoir cette facilité à jouer au padel peut parfois jouer contre lui. Il peut faire des choses qui sont difficiles pour un joueur normal, et je m’inclus parmi ces joueurs.

Quand Juan traverse un moment de nervosité, Agustín est celui qui réussit le mieux à le tranquilliser. Je sais donc que je dois lui laisser cet espace pour qu’Agustín puisse lui parler et le calmer.

Mais quand Juan Lebrón prend du plaisir sur la piste, il représente un grand danger pour toutes les paires. »

Une phrase qui prend forcément une dimension particulière avant de retrouver Coello et Tapia en demi-finale.

Lebrón très ému en parlant d’Agustín Silingo

Interrogé sur le travail réalisé par Agustín Silingo, Lebrón a livré l’un des passages les plus personnels de sa conférence de presse.

Qu’est-ce qu’Agustín Silingo vous apporte aujourd’hui ?

Juan Lebrón : « Pour moi, Agus est une personne incroyable. Je suis à 100 % avec lui au quotidien et, humainement, nous sommes très connectés.

Nous avons deux personnalités très fortes, mais je pense que nous savons les gérer. Il y a quelques semaines, j’ai eu une discussion avec lui et je me suis beaucoup ouvert. Nous avons pu exprimer ce que nous ressentions.

Pour moi, il est très important. Pour toute l’équipe évidemment, mais personnellement… je suis très ému quand je parle de lui parce qu’il est plus important pour moi qu’il ne le pense.

C’est un plaisir de travailler avec lui. Même lorsque nous ne sommes pas d’accord à l’entraînement, nous finissons toujours par trouver un terrain d’entente. Je suis reconnaissant de l’avoir avec moi et je voudrais toujours l’avoir dans mon équipe. »

« Il faut savoir être humble et travailler »

Lebrón est enfin revenu sur cette idée centrale : gagner sans nécessairement produire son meilleur padel.

Pour lui, la semaine parisienne illustre justement cette capacité à survivre aux journées moins bonnes avant de retrouver de meilleures sensations.

Juan Lebrón : « Évidemment, lorsque tu gagnes en jouant mal, c’est positif parce que tu as gagné, même si tu veux toujours mieux jouer. Mais parfois tu joues bien et les adversaires te poussent malgré tout à la limite.

Hier, nous avons perdu un set face à deux joueurs qui ont très bien joué. Aujourd’hui, contre une grande paire, nous avons réussi à gagner en deux sets.

Il faut retenir le positif de notre tournoi : notre attitude, et aujourd’hui le fait que nous avons également très bien joué.

Si nous pouvons réunir ces deux choses, une bonne attitude et un bon niveau de jeu, ce sera important. On ne peut pas jouer parfaitement tous les jours. Il faut aussi savoir être humble et travailler. »

Augsburger sur Lebrón : « J’ai entendu beaucoup de gens parler mal de lui »

La dernière réponse de Leo Augsburger est probablement l’une des plus fortes de la conférence.

Interrogé sur une qualité de Lebrón que le public ne connaît peut-être pas, l’Argentin a d’abord plaisanté avant de dresser un portrait très personnel de son partenaire.

Leo Augsburger : « Il est très talentueux. Ce garçon est né avec un don incroyable. C’est une personne incroyable et un joueur incroyable. Il vient d’une très bonne famille.

J’ai entendu beaucoup de choses et beaucoup de gens parler mal de lui. Mais je pense que ce qu’il porte sur ses épaules représente un poids énorme et que tout le monde ne serait pas capable de le supporter.

Ce n’est pas pour rien que beaucoup de personnes l’ont comme idole ou qu’on peut le considérer comme une légende de ce sport.

Moi, j’en profite énormément et je continuerai à en profiter aussi longtemps qu’il voudra jouer avec moi, jusqu’à ce qu’il en ait marre. »

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.