Une grande étude danoise ayant suivi plus de 8 500 personnes pendant 25 ans a montré que les joueurs de sports de raquette gagnent en moyenne près de 10 années d’espérance de vie par rapport aux personnes sédentaires — et le padel, avec son faible impact articulaire, coche presque toutes les cases pour en profiter à tout âge.
On associe souvent la reprise du sport après 40 ou 50 ans à une simple question de silhouette ou de forme physique. Mais la science raconte une histoire bien plus large : le choix du sport que l’on pratique en vieillissant pourrait littéralement changer le nombre d’années qu’il nous reste à vivre — et pas de façon anecdotique.
Une étude danoise de grande ampleur, la Copenhagen City Heart Study, a suivi plus de 8 500 personnes pendant 25 ans pour comparer l’effet de différents sports de loisir sur la longévité. Le résultat, publié dans la revue Mayo Clinic Proceedings en 2018, a surpris jusqu’aux chercheurs eux-mêmes : ce ne sont pas les sports les plus intenses qui arrivent en tête, mais les sports de raquette pratiqués à plusieurs.
Alors, à quoi ressemble vraiment le corps qui vieillit, et pourquoi le padel — souvent présenté comme LE sport « facile à reprendre après 40 ans » — semble-t-il si bien coller aux besoins physiologiques de cette étape de la vie ? Voici ce que révèlent les études.
1. Ce qui se passe vraiment dans le corps après 40 ans
Avant de comprendre pourquoi le padel (ou le tennis) est recommandé en vieillissant, il faut comprendre ce que le corps traverse concrètement. Trois phénomènes principaux entrent en jeu, et ils commencent bien plus tôt qu’on ne le pense.
Le cœur qui perd en capacité, doucement mais sûrement
À partir de 30-40 ans, la capacité du cœur et des poumons à fournir de l’oxygène aux muscles pendant l’effort — ce que les scientifiques appellent la VO2max, un des meilleurs indicateurs de santé cardiovasculaire existants — commence à décliner. Selon les données disponibles, cette capacité baisse d’environ 1 % par an, et le déclin peut même s’accélérer après un certain âge. Autrement dit, à 60 ans, on peut avoir perdu, en théorie, jusqu’à un tiers de sa capacité cardio-respiratoire par rapport à ses 30 ans — si aucune activité physique ne vient contrer cette tendance naturelle.
La bonne nouvelle ? Les études montrent que l’entraînement peut compenser une bonne partie de cette perte, quel que soit l’âge, y compris chez des personnes de plus de 70 ou 80 ans qui reprennent une activité physique régulière. Le corps garde une capacité d’adaptation remarquable, à condition d’être sollicité.
Les muscles qui fondent : la sarcopénie
À partir de la cinquantaine, un autre phénomène s’installe progressivement : la sarcopénie, c’est-à-dire la perte naturelle de masse et de force musculaire liée à l’âge. Elle touche en priorité les muscles des jambes et du bassin — ceux-là mêmes qui permettent de courir après une balle, de freiner un déplacement ou de rattraper un déséquilibre. Non traitée, la sarcopénie peut faire perdre jusqu’à 30 % de masse musculaire au fil des décennies, avec des conséquences concrètes : plus de fatigue, un risque de chute doublé, et une perte progressive d’autonomie.
Or, les études sont unanimes sur un point : l’activité physique régulière, en particulier les sports qui combinent effort cardio et sollicitation musculaire, est le meilleur outil pour ralentir ce processus — bien plus efficace que le repos, qui a au contraire tendance à l’accélérer.
Les os qui se fragilisent
Enfin, la densité osseuse diminue elle aussi avec l’âge, augmentant le risque d’ostéoporose, en particulier chez les femmes après la ménopause. Ici encore, la science est claire : ce sont les contraintes mécaniques du mouvement (les petits chocs et sollicitations répétées pendant l’effort) qui stimulent les cellules osseuses et freinent cette perte de densité. À l’inverse, la sédentarité accélère la fragilisation du squelette. Et comme environ une fracture sur deux liée à l’ostéoporose survient à cause d’une chute plutôt que de la seule fragilité osseuse, travailler l’équilibre devient tout aussi important que renforcer les os eux-mêmes.
En résumé : en vieillissant, le corps a besoin d’un sport qui fait à la fois travailler le cœur, les muscles et l’équilibre — sans imposer de chocs violents aux articulations. C’est exactement le cahier des charges que semblent remplir les sports de raquette.
2. Le tennis ajoute (vraiment) presque 10 ans d’espérance de vie : que dit l’étude ?
C’est sans doute la donnée la plus spectaculaire de ces dernières années en matière de sport et de santé. La Copenhagen City Heart Study a comparé, sur 25 ans de suivi, la mortalité de personnes pratiquant différents sports de loisir par rapport à des personnes sédentaires. Le classement des gains d’espérance de vie associés à chaque sport est le suivant :
| Sport | Gain d’espérance de vie estimé |
|---|---|
| Tennis | +9,7 ans |
| Badminton | +6,2 ans |
| Football | +4,7 ans |
| Vélo | +3,7 ans |
| Natation | +3,4 ans |
| Course à pied | +3,2 ans |
| Musculation au poids du corps | +3,1 ans |
| Fitness en salle | +1,5 an |
Le tennis arrive donc largement en tête — devant des sports pourtant réputés très bons pour le cœur comme la course à pied ou la natation. Comment l’expliquer ? Les chercheurs avancent plusieurs pistes complémentaires :
- Le lien social. Le tennis (et plus encore le padel, qui se joue obligatoirement à quatre) implique de jouer régulièrement avec d’autres personnes. Or, une vaste analyse regroupant de nombreuses études a montré que la qualité des liens sociaux protège davantage contre la mortalité précoce que l’arrêt du tabac, le contrôle du poids ou celui de la tension artérielle. Un chiffre qui remet les choses en perspective sur l’importance du collectif dans le sport.
- La stimulation cognitive. Contrairement à la course à pied ou à la natation, où le geste est répétitif et prévisible, un sport de raquette oblige à prendre des décisions en une fraction de seconde, en permanence : où placer la balle, quand monter au filet, comment couvrir le terrain avec son partenaire. Cette sollicitation constante du cerveau participerait au maintien des capacités cognitives avec l’âge.
- L’effort fractionné. Comme on l’a vu dans nos précédents articles sur le temps de jeu effectif, le tennis et le padel alternent naturellement des efforts courts et intenses avec des phases de récupération — un format d’entraînement reconnu comme particulièrement efficace pour la santé cardiovasculaire, y compris chez les personnes plus âgées.
Il faut noter une nuance importante : il s’agit d’une étude d’observation, pas d’une expérience contrôlée. Les chercheurs ne peuvent donc pas affirmer avec certitude que c’est le tennis en lui-même qui cause ce gain de longévité — il est possible, par exemple, que les personnes qui pratiquent le tennis sur la durée aient par ailleurs un mode de vie globalement plus favorable à la santé. Cela dit, la cohérence de ce résultat avec plusieurs autres grandes études (notamment une étude britannique portant sur plus de 80 000 adultes, qui retrouve un bénéfice marqué des sports de raquette sur la mortalité cardiovasculaire) rend l’hypothèse difficile à ignorer.
3. Et le padel dans tout ça ? Ce que montrent les données spécifiques
Le padel étant un sport plus récent, il ne bénéficie pas encore d’un recul scientifique aussi long que le tennis (25 ans de suivi, comme dans l’étude danoise). Mais les données physiologiques disponibles sur la pratique du padel chez les seniors sont très encourageantes, et cohérentes avec les mécanismes identifiés plus haut :
Une zone d’effort cardiaque idéale, ni trop molle ni dangereuse
Pendant un match de padel, le cœur bat en moyenne entre 120 et 150 battements par minute chez les joueurs seniors — une intensité que les spécialistes du sport qualifient de « zone d’endurance fondamentale à modérée », c’est-à-dire suffisamment stimulante pour renforcer le muscle cardiaque, sans le mettre en danger. C’est une intensité comparable à celle d’un jogging à allure modérée, mais rendue beaucoup plus ludique et sociale par le format du jeu.
Des bénéfices mesurables en quelques mois seulement
Plusieurs études de terrain menées auprès de pratiquants réguliers (deux séances par semaine) rapportent, après environ trois mois de pratique :
- une baisse de la fréquence cardiaque au repos de 5 à 10 battements par minute (un signe classique d’amélioration de l’efficacité cardiaque),
- une réduction de la tension artérielle systolique de 5 à 7 mmHg chez les personnes hypertendues, un résultat cohérent avec des travaux publiés dans le British Journal of Sports Medicine.
Une dépense énergétique suffisante sans excès
Une heure de padel permet de brûler en moyenne 400 à 700 calories, un niveau d’effort suffisant pour avoir un réel impact sur la condition physique globale, sans exposer à la surcharge que peuvent représenter des sports plus intenses pour un corps qui reprend une activité après plusieurs années de pause.
Un impact articulaire réduit, un vrai atout après 50 ans
Sur un terrain plus petit que celui du tennis (20 x 10 m), avec des murs qui remettent la balle en jeu et un service beaucoup moins puissant, le padel impose des gestes globalement moins violents pour les articulations. C’est un argument régulièrement mis en avant par les praticiens du sport santé pour expliquer pourquoi ce sport est particulièrement bien toléré en reprise d’activité, y compris chez des personnes ayant des antécédents articulaires — même si, comme évoqué dans notre article précédent, des études comparatives directes sur les taux de blessures entre tennis et padel manquent encore pour objectiver pleinement cette différence.
4. Pourquoi le padel coche (presque) toutes les cases du vieillissement en bonne santé
En croisant les besoins physiologiques identifiés par la science du vieillissement et les caractéristiques du padel, la correspondance est frappante :
| Besoin physiologique après 40-50 ans | Ce qu’apporte le padel |
|---|---|
| Entretenir la capacité cardiovasculaire (VO2max) | Fréquence cardiaque en zone modérée-soutenue pendant 45 à 60 minutes |
| Ralentir la perte musculaire (sarcopénie) | Sollicitation constante des jambes, du tronc et des bras via les déplacements et les frappes |
| Préserver la densité osseuse | Contraintes mécaniques modérées et répétées, sans choc violent |
| Travailler l’équilibre et prévenir les chutes | Changements de direction fréquents, appuis latéraux, réactivité |
| Stimuler le cerveau | Prise de décision permanente, anticipation, jeu tactique à deux |
| Maintenir le lien social (facteur de longévité majeur) | Sport obligatoirement joué en double, format convivial |
Le seul point de vigilance concerne, comme pour toute reprise de sport après une période d’inactivité : la nécessité d’un bilan médical préalable, en particulier en cas d’antécédents cardiovasculaires, ainsi qu’une progression prudente (durée de jeu, intensité) sur les premières semaines de pratique.
5. Les recommandations qui reviennent le plus souvent chez les spécialistes du sport santé
- Passer un bilan cardiaque et articulaire avant de reprendre une activité physique intense après plusieurs années de sédentarité, en particulier après 50 ans.
- Démarrer progressivement : des séances de 30 à 45 minutes au début, avant d’augmenter la durée et l’intensité.
- S’équiper correctement : une raquette légère et tolérante (autour de 340-360 g, forme ronde plutôt qu’en larme, pour absorber les frappes décentrées) et des chaussures spécifiquement conçues pour le padel, offrant un bon maintien latéral — un point important compte tenu de la sollicitation importante des chevilles évoquée plus haut.
- Jouer régulièrement plutôt qu’intensément : deux séances par semaine reviennent comme un rythme cohérent dans la plupart des retours d’expérience et études disponibles, pour un bénéfice cardiovasculaire mesurable sans risque de surentraînement.
Conclusion
La science du vieillissement converge vers un constat simple : ce n’est pas nécessairement le sport le plus intense qui protège le mieux en vieillissant, mais celui qui combine effort cardiovasculaire, sollicitation musculaire, stimulation cognitive et lien social — sans imposer de chocs excessifs aux articulations. Le tennis, avec près de 10 ans de gain d’espérance de vie mesurés sur 25 ans de suivi dans une étude de référence, illustre à quel point ce type d’activité peut peser sur la santé à long terme. Le padel, plus récent et donc moins documenté sur des durées aussi longues, présente sur le papier des caractéristiques physiologiques très proches — avec l’avantage d’un impact articulaire réduit qui en fait une option particulièrement adaptée pour reprendre une activité physique sérieuse après 40, 50 ou 60 ans.
Questions fréquentes
Le padel est-il vraiment adapté après 60 ans ? Les données disponibles le suggèrent fortement : fréquence cardiaque en zone modérée, impact articulaire réduit par rapport au tennis, et forte dimension sociale — un ensemble de facteurs identifiés comme favorables au vieillissement en bonne santé. Un bilan médical préalable reste recommandé, surtout en cas d’antécédents cardiovasculaires.
Le tennis fait-il vraiment vivre presque 10 ans de plus ? C’est le résultat observé dans la Copenhagen City Heart Study, une étude ayant suivi plus de 8 500 personnes pendant 25 ans. Il s’agit d’une étude d’observation : elle montre une association forte, mais ne peut pas prouver à elle seule un lien de cause à effet direct et exclusif.
Peut-on encore progresser physiquement après 50 ou 60 ans en reprenant le sport ? Oui : les études montrent que les gains de capacité cardiovasculaire liés à l’entraînement restent similaires en ampleur, quel que soit l’âge, y compris chez des personnes de plus de 70-80 ans. Le corps garde une réelle capacité d’adaptation à condition d’être sollicité progressivement et régulièrement.
Pourquoi le lien social compte-t-il autant dans les bénéfices santé d’un sport ? Parce que plusieurs grandes études convergent vers ce constat : la qualité des relations sociales serait un facteur de protection contre la mortalité précoce au moins aussi puissant que des facteurs plus classiques comme l’arrêt du tabac ou le contrôle du poids. Les sports pratiqués à plusieurs, comme le padel ou le tennis, en bénéficient directement.
Sources et méthodologie
- Schnohr, P., O’Keefe, J. H., Holtermann, A. et al. (2018). Various leisure-time physical activities associated with widely divergent life expectancies: The Copenhagen City Heart Study. Mayo Clinic Proceedings, 93(12), 1775-1785.
- Oja, P., Kelly, P., Pedisic, Z. et al. Associations of specific types of sports and exercise with all-cause and cardiovascular-disease mortality: a cohort study of 80,306 British adults. British Journal of Sports Medicine.
- Holt-Lunstad, J., Smith, T. B., Baker, M., Harris, T., Stephenson, D. (2015). Loneliness and social isolation as risk factors for mortality: a meta-analytic review. Perspectives on Psychological Science, 10(2), 227-237.
- Données sur le déclin de la VO2max et de la fréquence cardiaque maximale avec l’âge, et sur les bénéfices de l’entraînement à tout âge (synthèses de littérature en physiologie de l’exercice).
- Travaux de référence sur la sarcopénie et son lien avec le risque de chute et la perte d’autonomie chez les seniors.
- Données sur la densité osseuse, le remodelage osseux et la prévention des chutes (INSERM, GRIO — Groupe de Recherche et d’Information sur les Ostéoporoses).
- Études de terrain sur la fréquence cardiaque, la tension artérielle et la dépense calorique des pratiquants seniors de padel (données relayées notamment via le British Journal of Sports Medicine).
Article rédigé à partir de sources scientifiques disponibles publiquement en août 2026. Comme toujours en matière de reprise d’activité physique, un avis médical individualisé reste recommandé, en particulier après une longue période de sédentarité ou en cas d’antécédents de santé.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.































































































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