Le padel français continue sa progression. Les derniers chiffres publiés au mois de mai 2026 confirment une dynamique toujours très solide avec désormais 163 164 licenciés compétiteurs, c’est-à-dire des joueurs ayant disputé au moins un tournoi officiel sur les douze derniers mois.

En un mois seulement, le padel français enregistre une hausse de +6 046 compétiteurs, soit une progression de +3,8 %. Une croissance importante qui confirme que tous les indicateurs restent positifs pour la discipline.

Mais derrière cette excellente santé globale se cache une réalité bien plus contrastée : le développement du padel féminin en compétition reste très limité.

Les hommes dépassent désormais les 140 000 compétiteurs

Dans le détail, les messieurs franchissent une nouvelle barre symbolique avec 142 397 licenciés compétiteurs.

Chez les dames, le chiffre atteint 20 767 joueuses.

Le ratio femmes / hommes reste donc extrêmement faible avec seulement 12,7 % de compétitrices.

Plus marquant encore : sur les 6 046 nouveaux compétiteurs recensés en un mois, seulement 703 sont des femmes, contre 5 343 hommes.

Autrement dit, la progression mensuelle du nombre de compétiteurs masculins correspond quasiment à à 1 an de croissance côté féminin.

Un écart considérable qui montre que, malgré les efforts réalisés autour du développement du padel féminin, la dynamique compétitive reste très déséquilibrée.

Une politique de développement qui ne se reflète pas encore dans la compétition

Depuis plusieurs années, la FFT multiplie les initiatives pour encourager la pratique féminine : davantage de tournois, meilleure visibilité, actions de développement, accompagnement des clubs ou encore structuration de l’offre sportive.

Mais pour l’instant, ces efforts ne semblent pas réellement se traduire dans les chiffres de la compétition.

Attention toutefois à ne pas réduire cette situation à une simple question de politique fédérale. Le phénomène dépasse largement les frontières françaises et même celles du padel. Et on pourrait même dire que la FFT tente vraiment de lancer une dynamique positive à ce niveau là via des différentes actions. Mais le résultat est là. Peut-on vraiment y faire quelque chose ?

Un phénomène observé partout… même en Espagne

L’Espagne, pourtant considérée comme la référence mondiale du padel, connaît également cette problématique.

Le nombre de joueuses y reste bien inférieur à celui des hommes, notamment sur le haut niveau et sur les circuits internationaux.

Chez les dames, la situation est différente : le volume global de compétitrices reste beaucoup plus faible.

Sur le FIP Tour, l’écart de densité entre tableaux masculins et féminins reste très important. La concurrence chez les hommes est aujourd’hui extrêmement rude, au point que les fédérations et les circuits internationaux ont dû augmenter considérablement le nombre de tournois proposés afin d’éviter la frustration d’une partie des joueurs.

Mais cette stratégie entraîne désormais un véritable retour de bâton. La FIP devra peut-être réfléchir à une meilleure régulation du nombre de tournois organisés simultanément dans une même zone géographique.

L’exemple du week-end du FIP Bronze Marnes dans deux semaines est particulièrement parlant. En parallèle du tournoi parisien, on retrouve également un FIP Silver London, un FIP Bronze Latina en Italie, un FIP Silver Oeiras au Portugal, sans compter d’autres épreuves organisées hors Europe comme le FIP Bronze Indonésie.

Concrètement, cela signifie que plusieurs tournois internationaux se disputent en même temps sur une zone géographique relativement proche. Une question se pose alors : n’y a-t-il pas aujourd’hui trop de tournois FIP organisés simultanément ?

Chez les messieurs, cette multiplication des compétitions reste encore absorbée grâce à une densité mondiale extrêmement forte. Le FIP Bronze Marnes proposera d’ailleurs un plateau masculin très intéressant.

En revanche, chez les dames, cette obligation d’organiser systématiquement un tableau féminin en parallèle semble montrer ses limites. Résultat : des tableaux parfois très disparates, irréguliers et, dans certains cas, tout simplement trop faibles pour une épreuve internationale.

Ce qui fonctionne actuellement chez les hommes ne semble pas produire les mêmes effets chez les dames. Et parfois, c’est même presque l’inverse qui se produit.

La FFT semble avoir bien identifié cette problématique depuis plusieurs mois. La FIP, elle, paraît encore avoir un temps de retard sur ce sujet.

Un sport en pleine santé malgré certaines tensions

Malgré ce déséquilibre, le constat général reste très positif pour le padel français.

Les investissements privés, publics et fédéraux continuent d’alimenter la croissance du marché. Les infrastructures se développent rapidement partout en France et l’écosystème économique du padel semble globalement solide.

Bien sûr, certaines tensions existent encore entre acteurs privés et publics dans plusieurs zones géographiques. Mais dans l’ensemble, le marché continue de progresser à un rythme soutenu.

Tous les voyants restent donc au vert.

Le vrai défi : comprendre les freins du padel féminin

La question centrale demeure désormais la suivante : comment faire réellement décoller le padel féminin en compétition ?

Les freins sont-ils liés au sport lui-même ?
À des questions sociologiques ?
À l’organisation des compétitions ?
À l’état d’esprit compétitif ?
À la disponibilité ?
À l’économie du sport ?
Ou encore au manque de modèles et de visibilité ?

Autre constat intéressant, qui sera développé prochainement : les compétitrices apparaissent également beaucoup moins actives que leurs homologues masculins sur le nombre de tournois disputés.

Le sujet dépasse donc largement le simple nombre de licenciées.

Le débat reste ouvert.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.