Au cœur du Bomba Experience de Tecnifibre à Benidorm, dans un cadre spectaculaire entre mer et installations haut de gamme, Jesús Moya, 96e joueur mondial, joueur espagnol de 26 ans originaire de Melilla, se livre sans filtre. Formé très jeune au sport, passé par le football et le tennis avant de se consacrer pleinement au padel, le joueur de gauche évoque son parcours, ses blessures, la réalité économique du circuit et l’importance du mental dans la performance. Une interview complète, sans omission, qui éclaire les coulisses du haut niveau.
« Le sport, pour nous, c’est une religion »
Si tu regardes autour de toi ici à Benidorm, qu’est-ce que tu ressens ?
Si on tournait la caméra et qu’on voyait tout ce qu’il y a ici, l’hôtel, les terrains… c’est une situation de fou. Moi j’adore le soleil, j’y suis habitué dans ma région. Franchement, être ici, c’est un plaisir. Regarde la mer, les vues… c’est incroyable.
Comment as-tu commencé le padel ?
J’ai commencé très jeune, vers cinq ou six ans. Je ne me souviens pas exactement, mais je jouais au padel, au tennis et au football en même temps. Ma mère ne savait plus où donner de la tête avec moi et mon frère. Après l’école, on jouait tout le temps. Mes parents jouaient au tennis et au padel, donc ils nous ont transmis cette passion du sport.
Le sport est essentiel. Il donne des bases solides, des valeurs, surtout d’équipe. Pour moi, c’est fondamental. J’ai ensuite décidé de me concentrer sur le padel. J’adorais le football, j’en suis toujours fan, mais le padel m’a apporté énormément et il continuera de le faire toute ma vie.
C’est une histoire de famille ?
Oui. Mon grand-père jouait au football dans les années 60-70, même à Madrid et dans des équipes importantes en Espagne. Depuis, le sport fait partie de notre ADN. Mon père et ma mère jouaient aussi au tennis. Pas au niveau professionnel, mais ils ont essayé. À l’époque, c’était différent.
Le sport, pour nous, c’est une religion. Que ce soit professionnel ou amateur, il sera toujours là. C’est une façon d’évacuer le stress, l’anxiété du quotidien. C’est essentiel.

« Le padel m’a donné une vie incroyable »
Pourquoi avoir choisi le padel plutôt que le football ou le tennis ?
J’ai eu de la chance. Le football et le tennis sont des sports très vastes, avec énormément de joueurs. C’est extrêmement difficile d’y percer. Le padel l’est aussi, mais il est en pleine croissance. Je pense qu’il va encore énormément évoluer dans les prochaines années.
À quel moment tu comprends que le padel devient ta vie ?
Depuis toujours, j’aime m’entraîner et jouer. C’est une passion avant d’être un travail. Mais quand tu commences à voyager, à jouer des tournois, la compétition te pousse à devenir plus dur, plus exigeant. Tu finis par le voir comme un travail.
Mais pour moi, le padel m’a sauvé. Il te donne la vie.
« Les blessures font partie du quotidien »
Tu as partagé la piste avec des joueurs français, notamment Thomas Leygue…
Oui, et je me souviens très bien de sa blessure au tendon d’Achille. J’étais juste à côté. C’était horrible. Mais aujourd’hui, le voir rejouer après plusieurs mois, c’est impressionnant. C’est une personne que j’apprécie beaucoup. On ne parle pas énormément, je suis assez introverti, mais j’aime vraiment être avec lui. Jouer ensemble à nouveau ? On ne sait jamais.
Les changements de partenaires sont fréquents sur le circuit…
Oui, il y a énormément de changements. Avec tous les tournois et les voyages, rester avec le même partenaire peut devenir compliqué. Il faut savoir tenir, mais ce n’est pas facile.
Et toi, tu es blessé actuellement ?
Oui. J’ai eu deux micro-déchirures au pectoral ces derniers mois. C’est pour ça qu’on ne me voit pas en tournoi en ce moment. Je suis concentré à 100 % sur ma récupération. Mon partenaire est aussi blessé. Dans le padel, il y a énormément de blessures.

« Sans récupération, impossible d’être performant »
Pourquoi autant de blessures dans le padel ?
Il y a beaucoup de tournois et peu de temps pour récupérer. Et tous les joueurs n’ont pas les moyens d’avoir un kiné tous les jours ou des technologies comme les footballeurs, avec des chambres hyperbares par exemple.
Mais ça évolue. Les joueurs deviennent de plus en plus professionnels. La récupération progresse énormément. Et c’est essentiel, car sans récupération, impossible d’enchaîner au plus haut niveau.
« Le mental fait toute la différence »
Qu’est-ce qui te manque pour atteindre un meilleur classement ?
C’est difficile à analyser. J’ai connu des hauts et des bas. Parfois, en dehors du terrain, tu ne vas pas bien, et ça se ressent sur le court.
Je travaille avec un psychologue depuis cinq ans, Sergio. Il m’aide beaucoup. Je n’ai aucun problème à dire qu’on peut traverser des périodes de dépression, d’anxiété. Ça arrive à beaucoup de sportifs.
On dit souvent qu’il faut séparer la vie personnelle du terrain, mais pour moi, c’est très compliqué. On est humains. Tout est lié.
Il faut apprendre à se connaître, comprendre comment on réagit face au stress. C’est fondamental pour performer.

« Le corps et la tête sont nos outils de travail »
Les blessures impactent aussi le classement…
Bien sûr. Tu dois repartir de zéro, retrouver un partenaire… C’est difficile. Le corps est notre outil de travail. Il faut en prendre soin au maximum : nutrition, préparation physique, kiné…
Ces dernières années, j’ai eu plusieurs blessures : adducteurs, cheville, pectoral… Ce n’est pas facile mentalement. Tu arrêtes de jouer, tu perds le rythme. Mais avec l’aide psychologique, tu apprends à surmonter ces périodes.
« Mon objectif : le top 50 »
Quel est ton objectif cette saison ?
Au début de l’année, je voulais entrer dans le top 50 mondial. Ce sera compliqué, surtout avec mon classement actuel. J’ai demandé un classement protégé, donc il est resté figé.
Mais avec le FIP Tour, il y a énormément d’opportunités. Chaque semaine, il y a des tournois. Entre le top 100 et le top 50, il est possible de progresser rapidement.
« Voyager pour gagner des points… et survivre financièrement »
Le circuit est aussi un défi économique…
Oui. Il faut planifier les tournois avec ton partenaire. Choisir où aller pour optimiser les points. Mais ça coûte très cher.
Parfois, tu dois aller jouer très loin, comme en Asie. Si tu ne gagnes pas, tu perds de l’argent. Il y a une vraie pression.
Mais il faut investir. Et ça vaut la peine. Quand tu arrêtes ta carrière, tu te rends compte que tu as voyagé partout dans le monde. C’est une expérience unique.
« La vraie pression, ce n’est pas la nôtre »
Comment gérer la pression de devoir gagner pour ne pas perdre d’argent ?
Il y a de la pression, oui. Mais je relativise beaucoup.
Il y a des gens qui doivent faire vivre leur famille avec des salaires modestes, parfois avec deux emplois. Ça, c’est une vraie pression.
Nous, on a la chance de vivre de notre passion. On travaille dur, on donne tout, mais il faut garder ça en tête.
La pression existe, mais il faut apprendre à la gérer, notamment avec un travail psychologique.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.


























































































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