Il y a des interviews qui dépassent le simple cadre sportif. Avec Yannick Noah, impossible de parler uniquement de tennis. Au Cameroun, où il a grandi une partie de son enfance, l’ancien vainqueur de Roland-Garros est revenu sur l’événement organisé autour de Paul Atanga Nji, ministre camerounais de l’Intérieur, mais aussi sur son rapport au tennis, à la musique, à la notoriété, à la famille, à la spiritualité et à ses souvenirs d’enfance.
Dans un échange très libre, Yannick Noah évoque son rôle d’“ambianceur” pendant ces trois jours, son impossibilité actuelle de rejouer réellement au tennis, son lien particulier avec le Cameroun, son rêve de tour du monde en bateau, la pression autour des enfants de champions, mais aussi cette fameuse anecdote du catéchisme qui l’a finalement conduit… vers le tennis.
« Cet événement est unique en son genre »
Franck Binisti : Yannick, on a vécu un événement un peu particulier pendant trois jours, avec Monsieur le ministre Paul Atanga Nji qui a joué face à d’anciens grands joueurs. C’est assez atypique comme situation ?
Yannick Noah : Oui, cet événement est particulier. Une personnalité qui invite des joueurs, ça existe, mais là, la première chose, c’est qu’il est vraiment fan de tennis.
Je le connais depuis des années. C’est un fou de tennis. Il suit tout ce qui se passe et il joue tous les jours.
Son rêve, c’est de jouer contre des anciens et de défier des anciens de son âge. Mais il a cette particularité d’être extrêmement résistant.
D’un côté, il essaie de battre des records de match très long. Mais au fond de lui, je crois qu’il est surtout ravi de jouer contre des joueurs comme ceux présents cette année.
J’ai déjà fait des pro-ams, j’ai déjà joué avec des amateurs ou dans des endroits un peu exotiques, mais cet événement est vraiment unique en son genre.


« Quand il faut mettre un peu le feu, je suis toujours partant »
Franck Binisti : Pendant ces trois jours, on t’a vu dans un rôle particulier : ambianceur, organisateur, conseiller…
Yannick Noah : Je n’avais pas grand-chose à faire, si ce n’est aider un peu à l’organisation pour faire venir les joueurs.
Mais ce sont des matchs longs, dans une ambiance bon enfant. Et quand il faut mettre un peu le feu, je suis toujours partant.
Farnck Binisti : Tu partages ta vie entre la France et le Cameroun, mais il va y avoir prochainement un peu plus de France avec ta tournée…
Yannick Noah : Oui, je suis en tournée. J’ai commencé au mois de janvier et ça va jusqu’au mois de décembre, avec un break l’été.
Je m’occupe aussi du tennis de l’équipe de France paralympique. Et puis le mois d’août est sacré pour la famille.
Cette année, j’ai 80 concerts, donc je passe beaucoup de temps en France.
« Je ne joue plus du tout au tennis »
Franck Binisti : Beaucoup espéraient peut-être te voir sur le terrain.
Yannick Noah : Je ne joue plus du tout.
Je jouais encore un petit peu, mais il y a trois ans, j’ai fait un match de foot et je me suis fait une rupture totale des ischios. Je n’ai jamais vraiment récupéré.
Je peux trottiner, faire un peu de vélo, jouer au golf, taper quelques balles avec des copains, mais jouer vraiment, je ne peux pas.
Si une balle est un peu loin, même si je sais que c’est risqué, je vais essayer d’y aller. Et à chaque fois, ça finit mal. Donc je me préserve.

« Je vais là où la vie m’attire »
Question : Le tennis restera-t-il toujours ta grande passion ?
Yannick Noah : Je vais un peu là où la vie m’attire.
J’ai fait une carrière professionnelle de 15 ans, j’ai été capitaine pendant 8 ans, et je fais de la musique depuis 30 ans.
Je vais d’un monde à l’autre assez facilement. C’est complémentaire et je m’organise.
Cela dit, le jour où je vais me casser la pipe, je pense qu’on montrera une image de moi avec papa qui saute sur le court de Roland-Garros.
J’ai beaucoup joué au tennis, je fais beaucoup de musique, j’ai d’autres passions, j’aime la voile, j’aime la vie. Je profite.
« Roland-Garros, c’est une émotion qui appartient aux gens »
Franck Binisti : Aujourd’hui, les gens te connaissent-ils davantage comme vainqueur de Roland-Garros ou comme chanteur ?
Yannick Noah : Ça dépend des générations.
Mon heure de gloire sur le court, c’était il y a 42 ans. C’était un moment très chargé en émotions. Beaucoup de gens l’ont vécu devant leur télévision et s’en souviennent encore aujourd’hui.
Mais je n’y pense pas tous les jours. Quand on m’en parle, c’est le passé. Je suis plutôt quelqu’un qui a encore des rêves, qui vit au présent et qui profite de ce que la vie lui donne.
Question : Est-ce que tu regrettes qu’on te ramène toujours à Roland-Garros ?
Yannick Noah : Non, je ne regrette rien du tout.
À chaque fois que les gens m’en parlent, c’est parce que c’est un beau souvenir. Beaucoup de gens ont eu des larmes de bonheur devant leur télévision. Ça n’a pas de prix.
Je suis entré dans la vie des gens de cette manière. Quand ils viennent m’en parler, je le prends avec beaucoup de délicatesse, parce qu’il y a toujours de la sincérité.


« Ici, il y a une fraternité »
Question : Ressens-tu une différence de popularité entre la France et le Cameroun ?
Yannick Noah : C’est subtil et difficile de généraliser.
Ici, il y a comme une fraternité. Je suis traité comme un grand frère, un frère ou un fils.
En France, quand je suis reconnu, c’est davantage le personnage public. C’est différent.
« La voile, c’est le rêve de ma vie »
Question : Tu as parlé de voile. C’est une vraie passion ?
Yannick Noah : Oui. Ici, j’habite près de l’eau, mais la voile, c’est surtout le rêve de ma vie.
J’ai toujours fait beaucoup de bateau quand je pouvais, pendant les vacances. C’est une manière de sortir du tourbillon de la vie.
Il y a du calme, un contact avec la nature. Je suis tombé amoureux de la voile il y a très longtemps.
Mon rêve fou, c’était de faire un tour du monde en bateau. Je l’ai commencé en 2015, et il s’est arrêté avec le Covid. J’ai quand même fait trois ans.
Question : Tu parles de ce rêve au passé. Est-ce encore un objectif ?
Yannick Noah : J’avais prévu de le faire en deux parties : trois ans et demi, puis une pause d’un an pour faire une tournée, puis repartir de l’autre côté en passant par le canal de Panama.
Mais il y a eu le Covid. Il y a aussi le timing familial. J’ai six enfants. À ce moment-là, mon fils Jo pouvait encore suivre l’aventure avec les cours par correspondance.
Mon rêve, c’était de le faire en famille ou accompagné. Pas en solitaire. Je serais incapable de faire un tour du monde seul.
« Je n’ai jamais voulu pousser mes enfants vers le tennis »
Question : Parmi tes enfants, on connaît évidemment Joakim Noah, basketteur. As-tu déjà eu envie de voir l’un d’eux devenir champion de tennis ?
Yannick Noah : Pas du tout. Ça ne m’a jamais traversé l’esprit.
Ils ont tous joué au tennis, mais je pense que dans 99,9 % des cas, il faut faire du sport pour s’amuser.
Les gens imaginent souvent que parce qu’un père a joué au tennis, son fils ou sa fille va forcément jouer. Mais ce n’est pas parce qu’un homme est médecin que son enfant deviendra médecin.
Moi, j’ai surtout essayé d’être à l’écoute de mes enfants et de les accompagner dans ce qu’ils voulaient faire.
Question : Certains parents poussent beaucoup leurs enfants. Comment trouver le bon équilibre ?
Yannick Noah : S’il existait un livre intitulé “Comment avoir un champion pour les cons”, je pense qu’on le lirait tous.
Il n’y a pas de règle.
J’ai six enfants et ils sont tous différents. Certains doivent être un peu bousculés, d’autres accompagnés différemment. Il faut les écouter.
On parle souvent des parents qui ont trop poussé, mais sans certains parents, certains champions n’auraient jamais existé. McEnroe, Connors, Vilas… beaucoup ont eu des parents très présents.
Après, il faut trouver l’équilibre.
« L’argent et la célébrité changent surtout les gens autour de toi »
Question : Quand tu as commencé à gagner, à devenir très populaire, as-tu eu peur de perdre les pédales ?
Yannick Noah : Jamais.
Ce sont surtout les gens autour de moi qui ont changé. Le public, les proches, les gens qui venaient vers moi. Ils me regardaient différemment.
Les gens étaient excités autour de moi. Même quand ils venaient avec bienveillance, leur comportement n’était plus le même.
Au début, c’est une adaptation. On se protège comme on peut.

« Ce n’est pas toi qui changes, c’est la vie autour de toi »
Yannick Noah : Certains disent : “Il a pris la grosse tête.” Mais souvent, non. C’est juste qu’il se protège.
La vie change du jour au lendemain. Tu es jeune, et tout à coup, tu payes pour tout le monde, pour tes parents, pour la maison.
Les gens ne te parlent plus de la même manière. Si tu ne fais pas attention, tu peux passer à côté des choses essentielles.
Ce n’est pas toi qui changes. Ce sont les gens autour de toi qui changent.
« Dans une famille, il faut veiller à garder l’équilibre »
Question : Même la famille change autour de toi ?
Yannick Noah : Bien sûr. Tout le monde doit s’adapter.
Tout à coup, tu prends beaucoup de place dans la famille. Quand je me déplace avec mes six enfants, les gens parlent tout de suite de Joakim. Comme si les autres n’existaient pas.
À la maison, il faut faire attention à ce que cette énergie extérieure ne continue pas dans le cercle familial.
« Aujourd’hui, le tennis est beaucoup trop lisse »
Question : À l’époque, des joueurs comme McEnroe, Connors ou Vilas avaient des personnalités très fortes. Aujourd’hui, on voit moins ça…
Yannick Noah : Les joueurs d’aujourd’hui ont autant de caractère, peut-être même plus. Mais les règles ont changé.
À l’époque, quand McEnroe disait “fuck”, les gens applaudissaient. Ils attendaient même ce moment.
Aujourd’hui, si tu dis “merde” pendant un match, tu prends un avertissement.
Donc tout devient très lisse. Beaucoup trop lisse.
« Il faudrait changer le code de conduite »
Yannick Noah : Si je pouvais changer quelque chose, je changerais le code de conduite.
Je pense que si un joueur se tient mal, le public peut décider de ne pas le soutenir. Mais au moins, il se passe quelque chose.
Aujourd’hui, les joueurs pratiquent un tennis extraordinaire, techniquement, physiquement, tout ce qu’on veut. Mais il manque quelque chose : on a envie de mieux connaître les joueurs.
Comme ils n’ont plus vraiment le droit de parler ou de sortir du cadre, on ne les connaît pas. Et c’est dommage.
« Mon enfance au Cameroun, c’était léger, joyeux et simple »
Question : Tu as vécu au Cameroun de 2 à 12 ans. Ces souvenirs restent très forts ?
Yannick Noah : Oui. Ce sont les années 70, une autre époque.
J’ai vécu ici de 2 à 12 ans, puis je suis parti tôt. Donc les souvenirs restent.
C’était l’enfance, l’insouciance. Vivre en Afrique à cette époque-là, c’était tellement léger, joyeux et simple.
On s’est bien marrés.
« C’est grâce au catéchisme que j’ai vraiment joué au tennis »
Yannick Noah raconte ensuite une anecdote fondatrice de son enfance.
Yannick Noah : À l’époque, on n’allait pas à l’école le jeudi. Ma mère me déposait au catéchisme.
Je n’avais pas vraiment envie d’y aller. Pas parce que je ne voulais pas avoir une connexion avec Dieu, mais parce que le catéchisme était juste en face du tennis club.
Dès que la voiture de ma mère partait, je traversais la route et j’allais jouer au tennis toute la journée.
Au bout de quelques mois, il y a eu la communion… et moi, je n’étais pas au courant.
Je me suis fait démasquer et j’ai pris une belle soufflante.
Mais finalement, je me dis que quinze ans plus tard, j’ai vécu mon rêve de joueur de tennis. Et c’est un peu grâce à Dieu, même si je ne l’ai pas rencontré directement. C’est grâce au catéchisme que j’ai vraiment joué au tennis.
« Je prends un peu de tout »
Question : Tu vas encore à l’église ?
Yannick Noah : Rarement, plutôt pour des événements.
Mais j’habite à Montmartre, près du Sacré-Cœur, et j’y vais souvent allumer des cierges.
J’ai aussi passé beaucoup de temps au Népal. J’ai pris un peu de tout : les traditions locales, la transmission orale, la notion de cause à effet, l’idée qu’il y a autre chose après.
Tout ce qui fait du bien et nous relie, je prends.
Le maître sapeur Callaghan
En fin d’entretien, Yannick Noah revient sur une vieille anecdote camerounaise autour du maître sapeur Callaghan, figure de style et d’élégance locale.
Yannick Noah : C’était une autre époque. On allait au cinéma le samedi après-midi parce que c’était moins cher.
Avant la séance, il y avait un concours de danse sur scène, devant l’écran, puis les actualités culturelles.
On voyait souvent James Brown, avec ses tenues excentriques. Ensuite, on allait au quartier et on demandait aux tailleurs locaux de nous faire des vêtements dans ce style.
Yannick Noah : À l’époque, ça ne coûtait pas cher. On pouvait se faire faire un pantalon très court, très stylé. Il fallait saper.
Les maîtres sapeurs étaient les guides de la mode. Quand ils s’habillaient d’une certaine façon, tout le monde suivait.
Callaghan, c’était le maître sapeur. Il dirigeait un peu toute la mode ici, parce qu’il s’habillait comme un Américain.
Et à l’époque, il fallait s’habiller comme un Américain.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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