Présent à Alicante lors de la Bomba Experience by Tecnifibre, Javier Martínez, joueur espagnol classé autour de la 50e place mondiale et partenaire de Ramiro Valenzuela, a pris le temps de revenir en détail sur son parcours, l’évolution du padel professionnel, les réalités économiques du circuit, mais aussi les problématiques de surfaces, de nationalité ou encore de changements de partenaires. Une interview complète du joueur de 29 ans originaire de Valladolid, sans omission, pour comprendre les coulisses du haut niveau.

“J’ai commencé le padel à 11 ans après une blessure au football”

Quand as-tu commencé à jouer au padel ?

J’ai commencé à jouer à 11 ans. Avant ça, je jouais au football, mais j’ai eu une blessure à la hanche qui m’a obligé à arrêter. C’est à ce moment-là que j’ai commencé le padel. J’ai ensuite commencé à m’entraîner vers 12-13 ans, et aujourd’hui j’ai 29 ans, donc ça fait environ 15 ou 16 ans que je joue.

Au début, je jouais simplement avec mon père ou avec des amis. Ce n’est que plus tard, en commençant à m’entraîner, que j’ai réalisé que j’avais un bon niveau et que je pouvais commencer à jouer sérieusement.

Le padel était-il déjà présent dans ta famille ?

On a toujours été entre deux sports : football et padel. Mon père jouait au football, mon frère aussi. Aujourd’hui, mon père possède un club de padell à Valladolid, le Padel Arena, donc forcément, toute la famille est liée au padel. Mes frères jouent aussi.

Pourquoi avoir commencé relativement tard ?

Parce qu’à l’époque, le padel n’était pas aussi développé. Aujourd’hui, il y a un vrai boom du padel, beaucoup d’enfants commencent très tôt. Mais avant, la majorité des jeunes jouaient d’abord au football. Le padel n’était pas aussi courant.

Javier Martinez bordeaux

“Le padel m’a permis de continuer malgré ma blessure”

Ta blessure à la hanche te gêne-t-elle encore ?

Non, aujourd’hui ça va très bien. J’ai subi deux opérations, mais elles se sont bien passées. Je peux jouer sans problème au padel. En revanche, le football reste compliqué à cause des contacts, des chocs, des tacles… tout ce qui peut impacter la hanche.

Surfaces de jeu : entre performance et risque de blessure

Que penses-tu des nouvelles surfaces, comme celles utilisées aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les terrains ont évolué. Les moquettes sont souvent plus dures et avec moins de sable. Personnellement, j’aime les terrains avec moins de sable, car sinon ça glisse beaucoup.

Quand il y a moins de sable, la piste accroche davantage, donc les jambes travaillent plus, elles se fatiguent plus vite. Il peut aussi y avoir un risque de blessure différent, car le pied accroche plus au sol.

À l’inverse, les anciennes surfaces avec plus de sable pouvaient être plus sûres sur certains appuis. Donc en termes de prévention des blessures, on peut dire que les anciennes surfaces avaient des avantages.

Mais pour le padel moderne et la compétition, les surfaces actuelles sont probablement les plus adaptées.

Est-ce que cela change ton jeu ?

Pas vraiment. Ça peut influencer légèrement, mais ce n’est pas un élément qui va transformer complètement le style de jeu. Ce n’est pas le facteur le plus déterminant.

“Seuls les 50-60 meilleurs peuvent vraiment vivre du padel”

À quel moment as-tu compris que tu pouvais devenir professionnel ?

Avec la croissance du padel, c’est devenu plus accessible. Avant, c’était très compliqué. Aujourd’hui, les 50 ou 60 premiers joueurs mondiaux peuvent en vivre, mais au-delà, c’est très difficile.

Pourquoi est-ce si compliqué ?

Parce qu’il y a énormément de dépenses : voyages, entraînements, staff… Les gains en tournoi ne suffisent pas.

Quand on gagne 2 000 €, ce n’est pas 2 000 € nets. Il faut payer les billets d’avion, l’entraîneur, les frais sur place… et au final, il reste très peu.

Le vrai revenu vient des contrats avec les marques. Sans sponsor, il est quasiment impossible de vivre du padel.

Premier Padel vs World Padel Tour : une évolution paradoxale

Y a-t-il une différence entre le Premier Padel et le World Padel Tour ?

Oui, il y a une différence. Sur le Premier Padel, les prize money sont un peu plus élevés, notamment pour les meilleurs joueurs.

Mais avant, sur le World Padel Tour, les tournois étaient principalement en Espagne ou en Europe. Donc les coûts étaient beaucoup plus faibles.

Aujourd’hui, avec Premier Padel, les tournois sont dans le monde entier. Les déplacements coûtent beaucoup plus cher. Donc au final, même si les gains sont plus élevés, les dépenses explosent.

Je dirais même qu’aujourd’hui, dans certains cas, on peut gagner moins qu’avant, à cause de ces coûts.

Un circuit plus fermé et moins d’opportunités

Le format du circuit a-t-il changé ?

Oui. Avant, il y avait les pré-prévias, les previas, avec beaucoup de matchs à jouer. Moi, j’ai même été une année le joueur qui jouait le plus de matchs, parce que je partais des pré-prévias et j’arrivais parfois dans le tableau principal.

Aujourd’hui, les tableaux sont plus réduits. Il y a moins de places, moins de joueurs en qualifications. Résultat : moins de matchs et moins d’opportunités.

Avant, certains joueurs pouvaient jouer 5 ou 6 matchs dans un tournoi. Aujourd’hui, ceux qui passent les qualifications jouent seulement 2 ou 3 matchs.

Le rôle des tournois FIP : une solution imparfaite

Les tournois FIP compensent-ils ce manque ?

Ils permettent de gagner des points, mais ils ont aussi leurs limites. Aujourd’hui, beaucoup de joueurs du Premier Padel participent aux tournois FIP Silver ou Gold, ce qui augmente énormément le niveau.

Résultat : des joueurs qui devraient normalement accéder à ces tournois se retrouvent exclus.

Les joueurs viennent surtout pour les points, pas pour l’argent, car les gains restent faibles.

Nationalité et contrats : un vrai sujet

Changer de nationalité peut-il être un avantage ?

Oui, clairement. Un joueur classé 100e dans un pays comme la France peut avoir de meilleurs contrats qu’un joueur espagnol classé 40e.

Pourquoi ? Parce qu’il y a moins de concurrence. En Espagne, il y a énormément de joueurs dans le top mondial.

Moi, je suis espagnol et attaché à mon pays, mais si j’avais une opportunité avec une autre nationalité et de bonnes conditions, je pourrais y réfléchir.

“On change trop de partenaires aujourd’hui”

Pourquoi autant de changements de paires ?

Parce qu’on pense souvent que le problème vient du partenaire. Moi le premier, ça nous arrive à tous.

Mais changer de partenaire, c’est compliqué. Il faut s’adapter, reconstruire les automatismes. Les combinaisons travaillées doivent être refaites.

Je pense que ces changements trop rapides ne sont pas bénéfiques, sauf cas particuliers.

Pourquoi cela arrive-t-il autant ?

Parce que le classement est essentiel. Si après 4 ou 5 tournois, les résultats ne sont pas bons et que le ranking baisse, les joueurs cherchent des solutions.

Surtout autour du top 30-40, où l’enjeu est d’entrer dans les tableaux principaux.

Des opportunités nouvelles dans un circuit très homogène

Le niveau est-il plus homogène aujourd’hui ?

Oui, beaucoup plus. Le niveau entre les joueurs est très proche, ce qui ouvre des opportunités.

Avant, il était presque impossible de voir un joueur du top 20 jouer avec un joueur plus bas classé. Aujourd’hui, ça arrive, comme avec Juan Tello et Maxi Arce.

Choix de partenaires et projections

Avec qui aimeriez-vous jouer ?

Je suis très bien avec Ramiro Valenzuela, même s’il est actuellement blessé. On joue bien ensemble.

Mais si je devais citer un joueur, je dirais Jairo Bautista. On a déjà joué ensemble et gagné un tournoi aux Canaries, en battant de bons joueurs comme Javi García ou Pablo Lijo.

Objectifs de la saison

Quels sont vos objectifs ?

Continuer à être régulier dans mon jeu et intégrer le top 40 mondial.

J’espère aussi que mon partenaire reviendra bientôt, peut-être pour le Major de Rome. J’ai envie de rejouer avec lui.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.