Agustín Tapia est souvent présenté comme l’un des joueurs les plus naturellement doués de sa génération. Dans Bandeja, le podcast officiel de Premier Padel, le « Mozart de Catamarca » reconnaît cette facilité, mais explique surtout comment il cherche à faire évoluer son jeu sans perdre ce qui constitue son identité : l’instinct.

Comment faire progresser un joueur extrêmement talentueux sans lui faire perdre ce qui le rend différent ?

C’est l’une des problématiques auxquelles Agustín Tapia est confronté depuis le début de sa carrière.

Invité du deuxième épisode de Bandeja de Premier Padel, l’Argentin s’est livré sur l’évolution de son jeu et sur cet équilibre permanent entre talent naturel, travail, tactique et instinct.

« Dieu m’a donné le talent »

Tapia ne cherche pas à nier l’évidence.

Il possède une facilité avec la balle que peu de joueurs peuvent revendiquer.

« Je pense que, d’une certaine manière, Dieu m’a donné le talent et cette facilité pour ce sport. »

Mais le numéro 1 tient immédiatement à compléter cette phrase.

« Évidemment, nous l’avons accompagné avec énormément de travail. »

Car le Tapia actuel n’est plus celui de ses débuts.

Lorsqu’il était plus jeune, l’Argentin reconnaît avoir beaucoup plus compté sur ses qualités naturelles.

« Quand j’ai commencé, je jouais beaucoup plus uniquement avec le talent. »

Avec les années et la professionnalisation de son environnement, son approche a profondément évolué.

Comprendre davantage le jeu

Tapia estime notamment avoir énormément progressé dans sa compréhension tactique.

Technique, entraînement, lecture du jeu : tous ces secteurs sont désormais travaillés avec son équipe.

« Aujourd’hui, j’ai beaucoup progressé dans la compréhension du jeu, dans la tactique, dans la technique, dans l’entraînement. »

Il insiste également sur l’importance du staff qui l’entoure.

Pour lui, le padel de très haut niveau ne repose plus seulement sur deux joueurs et un entraîneur. La croissance du sport permet progressivement aux meilleurs de s’entourer de spécialistes capables de travailler sur chaque détail.

Préparation physique, récupération, analyse et accompagnement : rien ne doit être laissé au hasard.

Agustín Tapia : « Dieu m’a donné le talent, mais je ne veux pas devenir un autre joueur »

Mais Tapia refuse de sacrifier son instinct

Toute la difficulté réside cependant ici.

À force de chercher à devenir plus complet tactiquement et techniquement, un joueur comme Tapia pourrait finir par brider ce qui fait justement sa singularité.

Et l’Argentin en est parfaitement conscient.

« Ce que je pense aussi, c’est qu’il ne faut pas laisser de côté ce qui est naturel et devenir un autre joueur que je ne veux pas être. »

Une phrase qui résume probablement une grande partie de sa philosophie.

Tapia veut progresser sans devenir un joueur formaté.

Il veut comprendre davantage ce qu’il fait sans perdre la capacité à produire certains coups sans même avoir besoin d’y penser.

« Je veux toujours conserver ce que je fais sans réfléchir. »

L’objectif est donc de parvenir à combiner les deux mondes : la spontanéité du Mozart de Catamarca et la rigueur tactique nécessaire au numéro 1 mondial.

Trouver « l’équilibre »

Tapia utilise d’ailleurs lui-même ce terme.

Son objectif actuel est de trouver un équilibre lui permettant d’utiliser toutes ses ressources.

« Aujourd’hui, j’essaie d’avoir cet équilibre et de pouvoir utiliser toutes mes ressources. »

Une évolution particulièrement intéressante chez un joueur dont les highlights font régulièrement le tour des réseaux sociaux.

Car derrière les coups impossibles et cette impression de facilité se trouve désormais une réflexion beaucoup plus structurée.

Le fameux point de Kuwait ? « 100 % de chance »

Tapia en donne d’ailleurs un exemple amusant lorsqu’il revient sur l’un de ses points les plus célèbres, réalisé au Kuwait.

Certains supporters lui demandent encore s’il avait volontairement anticipé la trajectoire ou regardé dans la vitre pour réaliser son coup.

La réponse de Tapia casse quelque peu le mythe.

« C’était 100 % de chance. »

Il explique avoir simplement essayé de ne pas abandonner le point et de remettre la balle comme il le pouvait.

« C’était énormément de chance, mais aussi le fait d’essayer, de ne pas considérer la balle comme perdue. »

Le coup est sorti. Les images sont devenues virales. Et les théories ont commencé.

Tapia, lui, préfère en rire.

Faire évoluer Tapia sans faire disparaître Tapia

C’est peut-être finalement l’un des grands défis de sa carrière.

Le joueur de Catamarca est aujourd’hui beaucoup plus complet que lors de son arrivée au plus haut niveau. Il comprend davantage la tactique, travaille chaque détail et dispose d’une structure professionnelle autour de lui.

Mais il refuse de sacrifier ce qui a construit sa réputation.

Travailler comme un numéro 1 sans perdre l’instinct du joueur qui frappe parfois la balle avant même d’avoir eu le temps de réfléchir.

C’est tout l’équilibre recherché par Agustín Tapia.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.