L’article récemment publié sur la notion de “trahison” de la Fédération internationale de padel (FIP) à l’égard du World Padel Tour a suscité de nombreuses réactions. Il reflète un ressenti partagé par une partie du monde du padel au moment de la transition vers Premier Padel et soulève des questions légitimes sur la gouvernance, la protection des joueurs et la rupture institutionnelle entre les deux circuits.
https://padelmagazine.fr/pourquoi-parle-t-on-de-trahison-de-la-fip-retour-sur-une-rupture-qui-a-marque-le-padel-mondial/
Mais cette lecture n’est pas la seule possible. D’autres acteurs, tout aussi qualifiés, estiment que cette période charnière mérite une analyse plus nuancée, intégrant des éléments de contexte rarement exposés publiquement. C’est notamment le point de vue défendu par Vincent Laureyssens, président du Brussels Premier Padel et de la World Association of Padel International Organizers (WAPITO), organisateur ayant connu le World Padel Tour puis Premier Padel, et aujourd’hui seul promoteur issu de l’ère WPT à avoir été intégré par le nouveau circuit.
Son regard ne vise pas à invalider les critiques formulées à l’encontre de la FIP. Il s’inscrit comme un autre éclairage, fondé sur une expérience directe des deux systèmes.
« Ses détracteurs ne savent pas tout »
« Je veux défendre la FIP face à ses détracteurs. Elle est trop souvent critiquée par des acteurs du padel de tous bords, mais c’est aussi parce qu’ils ne savent pas tout. Comme souvent, il est facile de critiquer. J’aimerais m’exprimer sur certaines contre-vérités. J’ai connu le World Padel Tour et je connais maintenant Premier Padel. Je suis le seul à connaître parfaitement les deux versions. Et je peux vous dire qu’il n’y a pas photo. »
Au cœur du débat se trouve la rupture entre la FIP et le World Padel Tour, souvent présentée comme un revirement soudain et unilatéral. Vincent Laureyssens avance une chronologie différente, qu’il juge essentielle pour comprendre les décisions prises par la Fédération.
https://padelmagazine.fr/premier-padel-vs-world-padel-tour-retour-sur-deux-annees-folles/
La FIP n’aurait pas trahi. Au contraire…
Le Belge, qui est aussi membre des comités de la direction mondiale de Premier Padel et de la FIP, ne nous l’a pas confirmé formellement, mais plusieurs sources concordantes rapportent les éléments suivants. La FIP aurait en réalité tenté de trouver une médiation, une suite pour le World Padel Tour. Mais un dîner aurait tout changé.
Un dîner-réunion stratégique aurait réuni le World Padel Tour, Ramon Agenjo (son président), Imker Capital (une société d’investissement impliquée dans le WPT) – alors candidat au rachat du WPT – ainsi que Luigi Carraro pour la FIP, accompagné de son avocat S. Laporta. Une journée de travail devait se tenir le lendemain afin de définir l’avenir du circuit, du WPT et de la FIP à partir de 2024 et au-delà. Or, en fin de repas, le World Padel Tour et Imker Capital auraient annoncé qu’il n’y aurait finalement pas de journée de travail.
C’était la fin des relations réelles entre la FIP et le WPT. Et la FIP s’est rapprochée de Premier Padel.
Pour Vincent Laureyssens :
« Ramon Agenjo était un grand président du WPT mais il était malheureusement entouré de directeurs autoritaires et cassants, causant le mécontentement de différents acteurs du padel. »
Le rôle d’Imker Capital dans l’échec du projet commun
Cette réunion, qui devait relancer une dynamique commune entre le World Padel Tour et la FIP, aurait ainsi produit l’effet inverse. C’est dans ce contexte que Luigi Carraro aurait entrepris d’autres démarches. Selon cette lecture, la FIP n’aurait donc pas “abandonné” le WPT, mais tenté de poursuivre une collaboration dans des conditions différentes de celles imposées jusque-là par le World Padel Tour. Cette interprétation conteste directement l’idée d’une trahison délibérée.
Un autre élément rarement évoqué concerne le rôle d’Imker Capital dans l’échec du projet commun autour du World Padel Tour. Le représentant d’Imker, Ignacio Aguillo, est décrit par plusieurs acteurs comme ayant eu une gestion particulièrement problématique du dossier, au point d’avoir contribué à faire capoter le rachat du WPT. Il aurait ensuite été écarté à la suite de ce chaos et de la rupture avec la FIP.
Le mécontentement des joueurs, un facteur déterminant
Dans ce contexte déjà fragilisé, un autre facteur majeur entre en jeu : le mécontentement profond des joueurs et des joueuses à l’égard du World Padel Tour, un point que Vincent Laureyssens juge indispensable de rappeler.
« N’oublions pas que les joueurs et les joueuses étaient très, très mécontents du World Padel Tour. C’est important de le dire. »
Selon lui, ce climat de tension explique en grande partie ce qui s’est produit ensuite, notamment lors des échanges à Doha.
« Quand Luigi Carraro était à Doha en octobre 2022 et qu’il s’est plaint du WPT, tout comme les joueurs, auprès de Nasser, celui-ci leur a proposé de les aider et de créer un nouveau circuit avec les joueurs, les joueuses et la FIP. »
Dans cette lecture, la création de Premier Padel s’inscrit davantage comme une réponse à une impasse structurelle que comme un simple changement d’alliance opportuniste.
Un travail jugé sous-estimé de l’extérieur
Vincent Laureyssens insiste également sur la réalité du travail mené aujourd’hui par la FIP et Premier Padel, qu’il estime souvent sous-évalué de l’extérieur.
« Je connais Luigi Carraro depuis 7 ans et beaucoup plus de 2 ans. Il m’a fait entrer au comité de direction mondial du padel, et je peux assurer qu’il y a un travail énorme. L’équipe que Premier Padel a mise en place est digne d’une écurie de Formule 1. Je sais de quoi je parle, j’ai été le numéro deux de Sauber Petronas en F1. »
Il évoque aussi l’engagement personnel du président de la FIP.
« Carraro bosse vingt heures sur vingt-quatre, comme moi. Je suis le seul promoteur du WPT à avoir été accepté par Premier Padel, donc j’estime avoir un regard particulièrement objectif. Il n’y a plus un seul promoteur de l’ère WPT, à part moi. »
S’il assume de défendre Luigi Carraro, Vincent Laureyssens précise les raisons de cette position.
« Je défends Luigi Carraro parce qu’il le mérite. Il mène un travail de relations institutionnelles et sportives à l’horizon 2032 qui est considérable. Le parcours de son père est un atout, mais cela ne fait pas tout. »
Pour rappel, Franco Carraro a été un dirigeant sportif italien influent, ancien président du CONI et des Comités Européens Olympiques, membre du CIO et acteur majeur de la gouvernance sportive internationale. Un héritage qui, selon Vincent Laureyssens, a pu faciliter certaines démarches, sans expliquer à lui seul l’ampleur du chantier engagé aujourd’hui par la FIP.
https://padelmagazine.fr/le-padel-sur-la-voie-olympique-le-president-du-cio-en-visite-au-major-de-rome/
Cet autre regard ne prétend pas clore le débat. Il n’efface ni les critiques adressées à la FIP, ni les zones d’ombre de la transition entre le World Padel Tour et Premier Padel. Il rappelle simplement que cette période ne peut être résumée à une lecture unique.
Entre décisions contestées, occasions manquées, rapports de force et visions opposées, plusieurs interprétations coexistent. Celle portée par Vincent Laureyssens en est une, fondée sur une expérience directe des deux systèmes. À ce titre, elle mérite d’être intégrée au débat afin que l’analyse de la gouvernance du padel mondial reste plurielle, équilibrée et fidèle à la complexité des faits.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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