Les Wild Cards font régulièrement débat dans le padel professionnel. Pourquoi cette paire plutôt qu’une autre ? Pourquoi privilégier des joueurs locaux ? Jusqu’où l’organisateur peut-il utiliser ses invitations pour renforcer l’attractivité de son tournoi ?
Le règlement Premier Padel 2026 laisse une marge de choix importante aux organisateurs. Mais il fixe aussi une limite particulièrement claire : une Wild Card ne peut faire l’objet d’aucune contrepartie financière.
Le texte interdit à la fois à l’organisateur de recevoir une compensation et au joueur d’en proposer une en échange d’une invitation.
Une précision qui peut sembler presque évidente. Pourtant, un détour par le tennis permet de comprendre pourquoi les instances sportives prennent soin d’inscrire cette interdiction noir sur blanc. Car dans le tennis professionnel, des joueurs ont réellement été sanctionnés pour avoir acheté ou tenté d’acheter des Wild Cards.
Que dit exactement Premier Padel ?
La règle apparaît dans la section 2.3 consacrée aux Wild Cards.
Premier Padel commence par définir une Wild Card comme une paire choisie par le tournoi pour occuper l’une des places spécifiquement réservées aux invitations dans le tableau.
La demande doit être effectuée par la paire dans les délais prévus et, élément important, les nominations doivent être approuvées par la FIP. Une Wild Card ne devient d’ailleurs officiellement valide qu’après cette approbation.
Puis vient cette phrase :
“Local Organizers or any of their representatives, officials, workers, etc. may not receive any compensation, nor may players offer any compensation, in exchange for a Wild Card in any of the Premier Padel Tournaments.”
Soit, en français :
« Les organisateurs locaux ou leurs représentants, officiels, employés, etc., ne peuvent recevoir aucune compensation, et les joueurs ne peuvent offrir aucune compensation en échange d’une Wild Card dans un tournoi Premier Padel. »
Difficile d’être plus clair.
L’interdiction fonctionne dans les deux sens
La rédaction est intéressante car elle protège les deux côtés du système.
D’un côté, l’organisateur ne peut pas demander ou recevoir une compensation en échange d’une invitation.
De l’autre, le joueur ne peut pas proposer une compensation pour obtenir cette invitation.
Autrement dit, le règlement ne se contente pas d’interdire à un joueur « d’acheter » une Wild Card.
Il interdit plus largement qu’une Wild Card devienne l’objet d’une transaction entre celui qui peut l’attribuer et celui qui souhaite la recevoir.
Et cette disposition est exactement la même chez les femmes.
Attention : payer son inscription n’est évidemment pas acheter une Wild Card
Il faut immédiatement faire une distinction.
Le règlement Premier Padel prévoit par ailleurs le paiement de frais d’inscription aux tournois.
Ce n’est évidemment pas ce que vise cette disposition.
Un joueur bénéficiant d’une Wild Card peut être soumis aux obligations financières normales prévues pour participer au tournoi.
Ce qui est interdit, c’est une compensation versée spécifiquement en échange de l’attribution de la Wild Card.
C’est une nuance essentielle.
Qui décide alors des Wild Cards ?
Premier Padel laisse aux organisateurs locaux la possibilité de sélectionner les paires qu’ils souhaitent inviter, mais leur choix n’est pas totalement autonome.
Le règlement indique que les organisateurs doivent transmettre à la FIP, pour approbation, les Wild Cards choisies pour le tableau principal et les qualifications. Le directeur du tournoi doit également communiquer les nominations par écrit à la FIP et au Supervisor.
Avant même cette communication, le directeur du tournoi doit obtenir une confirmation écrite de la paire indiquant qu’elle accepte l’invitation.
L’organisateur choisit donc, mais la procédure est formalisée et la FIP conserve un pouvoir d’approbation.
Combien de Wild Cards sont disponibles ?
Le nombre d’invitations dépend de la catégorie du tournoi.
Chez les hommes, le règlement 2026 prévoit :
- Major : 3 Wild Cards dans le tableau principal et 2 en qualifications ;
- P1 : 3 + 2 ;
- P2 : 2 + 2.
Une précision est apportée pour les tableaux de qualifications à 16 paires : une seule Wild Card y est alors disponible.
Chez les femmes, le dispositif diffère :
- Major : 2 dans le tableau principal et 1 en qualifications ;
- P1 : 1 + 1 ;
- P2 : 1 dans le tableau principal et aucune en qualifications.
Cette différence hommes/femmes constitue d’ailleurs à elle seule un autre sujet intéressant du règlement.
Pourquoi préciser qu’une Wild Card ne peut pas être achetée ?
C’est probablement la question la plus intéressante.
Premier Padel n’explique pas, dans cette section du règlement, pourquoi cette phrase a été introduite.
Nous ne pouvons donc pas affirmer qu’elle serait la conséquence d’une affaire précise survenue dans le padel professionnel.
Et après recherche, nous n’avons pas identifié de cas suffisamment documenté chez Premier Padel ou dans l’ancien World Padel Tour permettant d’établir qu’un joueur aurait acheté une Wild Card et que cette affaire aurait directement conduit à cette règle.
En revanche, dans un autre sport de raquette beaucoup plus ancien, le tennis, la problématique est très loin d’être théorique.
L’ATP possède quasiment la même règle
Le règlement ATP 2026 contient une disposition remarquablement similaire.
Dans sa section consacrée aux Wild Cards, l’ATP précise :
“Tournaments may not receive compensation and players may not offer compensation in exchange for the awarding of a wild card.”
Soit :
« Les tournois ne peuvent recevoir aucune compensation et les joueurs ne peuvent proposer aucune compensation en échange de l’attribution d’une Wild Card. »
La proximité avec le texte Premier Padel est frappante.
Premier Padel écrit que les organisateurs ne peuvent recevoir de compensation et que les joueurs ne peuvent en proposer.
L’ATP dit pratiquement exactement la même chose.
Et dans le tennis, on sait pourquoi ce type de protection est nécessaire.
Dans le tennis, des Wild Cards ont réellement été achetées
Un cas particulièrement parlant remonte à 2016.
Le joueur chilien Mauricio Alvarez-Guzman a été reconnu coupable d’infractions liées notamment à l’achat d’une Wild Card pour intégrer le tableau d’un tournoi ITF Futures à Antalya, en Turquie.
L’International Tennis Integrity Agency – à l’époque Tennis Integrity Unit – indique qu’il avait effectivement acheté une Wild Card pour le tableau de simple et avait également eu l’intention d’en acheter une pour le double. (ITIA)
L’affaire est particulièrement intéressante parce que la décision rendue ensuite en appel devant le Tribunal arbitral du sport permet d’aller encore plus loin.
Les éléments de la procédure établissent qu’Alvarez-Guzman avait accepté de payer 600 euros pour obtenir la Wild Card en simple.
Et le raisonnement retenu dans la décision explique précisément pourquoi cette pratique pose problème : les Wild Cards doivent permettre d’offrir une opportunité à des joueurs qui la méritent mais ne pourraient normalement pas entrer dans le tournoi. Ce principe serait compromis si elles étaient attribuées aux joueurs offrant de l’argent ou si les tournois pouvaient les utiliser pour générer des revenus.
Voilà qui donne une tout autre dimension à la petite phrase du règlement Premier Padel.
Un Espagnol sanctionné 15 ans : parmi les infractions, de l’argent contre une Wild Card
Et il ne s’agit pas d’une vieille affaire isolée.
En avril 2024, l’ITIA a annoncé une suspension de 15 ans du joueur espagnol Aaron Cortes, ancien 955e mondial.
Cortes avait reconnu 35 violations du programme anticorruption du tennis commises entre 2016 et 2018.
Parmi elles figuraient des manipulations de rencontres, des paris sur le tennis et des manquements à l’obligation de signaler des approches corruptives.
Mais l’ITIA mentionne également explicitement :
« providing money to tournament officials in exchange for a wild card », soit « avoir fourni de l’argent à des officiels de tournoi en échange d’une Wild Card ». (
Attention cependant : il serait faux d’écrire qu’Aaron Cortes a été suspendu 15 ans uniquement pour avoir acheté une Wild Card.
La sanction portait sur 35 infractions, dont plusieurs particulièrement graves liées notamment à la manipulation de matchs.
Mais son cas démontre que le risque de corruption entourant l’attribution des invitations existe réellement dans le sport professionnel.
L’ITF prévient aujourd’hui directement les joueurs
La position du tennis international est désormais extrêmement explicite.
Dans sa documentation destinée aux joueurs du World Tennis Tour, l’ITF indique :
“Players must not buy wild cards.”
Soit :
« Les joueurs ne doivent pas acheter de Wild Cards. »
L’ITF ajoute que si quelqu’un propose de vendre une Wild Card à un joueur, celui-ci doit le signaler à l’ITIA.
L’interdiction est donc aujourd’hui intégrée non seulement aux règlements, mais également aux messages de prévention adressés directement aux joueurs.
Une Wild Card n’est pas seulement une invitation
Ces précédents permettent de comprendre pourquoi la question est sensible.
Une Wild Card peut avoir une véritable valeur sportive et économique.
Elle permet à une paire qui n’aurait normalement pas accès au tableau grâce à son classement d’y entrer directement.
Dans le cas de Premier Padel, elle peut donc donner accès à des points FIP, à du prize money, à une exposition médiatique et à la possibilité d’affronter les meilleurs joueurs du monde.
Cette valeur crée mécaniquement un risque : transformer une décision sportive discrétionnaire en avantage pouvant être monnayé.
C’est ici une analyse, et non une justification donnée explicitement par Premier Padel dans son règlement. Mais les précédents documentés dans le tennis montrent très concrètement pourquoi les fédérations et circuits ont intérêt à fermer cette porte.
Cela ne veut pas dire que les Wild Cards échappent aux controverses
Interdire leur vente ne supprime évidemment pas tous les débats.
Une Wild Card reste par définition une invitation attribuée en dehors du seul ordre du classement.
Les organisateurs peuvent chercher à mettre en avant des joueurs locaux, des jeunes espoirs, des stars de retour de blessure ou des profils susceptibles d’attirer le public.
Le tennis connaît régulièrement des polémiques sur ces choix.
Mais il faut distinguer deux choses très différentes :
faire un choix sportif ou commercial discutable dans l’attribution d’une Wild Card n’est pas la même chose que recevoir une compensation en échange de cette Wild Card.
C’est cette deuxième situation que le règlement Premier Padel interdit explicitement.
Une règle qui ressemble beaucoup au tennis… et probablement pas par hasard
On ne peut pas établir, sur la base des éléments disponibles, que Premier Padel a adopté cette disposition à la suite d’une affaire de Wild Card achetée dans le padel.
En revanche, nous pouvons établir trois choses.
Le règlement Premier Padel 2026 interdit explicitement toute compensation en échange d’une Wild Card, aussi bien du côté de l’organisateur que du joueur.
Le règlement ATP 2026 contient une interdiction quasiment identique.
Et le tennis professionnel a déjà connu plusieurs affaires réelles dans lesquelles des joueurs ont payé pour obtenir une Wild Card, dont celles de Mauricio Alvarez-Guzman et Aaron Cortes.
La petite phrase du règlement Premier Padel paraît alors beaucoup moins anodine.
Car une Wild Card est précisément conçue pour permettre à l’organisateur d’effectuer un choix discrétionnaire.
Et dès lors qu’une place dans un tableau professionnel possède une valeur sportive, financière et médiatique, une règle devient essentielle :
l’organisateur peut choisir à qui il offre son invitation. Il ne peut pas la vendre.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.
































































































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