Le haut du tableau masculin de Premier Padel semble progressivement se découper en trois catégories. Deux paires se partagent presque tous les titres, Lebrón et Augsburger s’installent comme la véritable troisième force, tandis qu’un peloton particulièrement dense se dispute les dernières places en demi-finales.

Cette hiérarchie n’enlève pourtant rien au spectacle. Elle rend au contraire les quarts de finale de plus en plus indécis et offre régulièrement des affiches très disputées jusqu’au dimanche.

Coello/Tapia et Galán/Chingotto au-dessus du lot

La première catégorie ne comporte plus que quatre joueurs : Arturo Coello, Agustín Tapia, Alejandro Galán et Federico Chingotto.

Avant le Málaga P1, les deux premières paires mondiales avaient remporté 11 des 12 tournois disputés cette saison. Six titres pour Coello et Tapia, cinq pour Galán et Chingotto. Leur domination sur le reste du circuit est presque totale.

À l’intérieur même de ce quatuor, les numéros 1 mondiaux semblent toutefois avoir repris une longueur d’avance. Après leurs défaites à Asunción et Buenos Aires, Coello et Tapia ont répondu en remportant successivement l’Italy Major, le Valencia P1, le Valladolid P2 et le Bordeaux P2.

Quatre titres consécutifs qui les ont replacés au sommet, avec un bilan de cinq victoires à quatre face à Galán et Chingotto cette saison.

Les numéros 1 donnent parfois l’impression d’être intouchables, notamment par leur capacité à élever leur niveau dans les moments les plus importants. À Bordeaux, ils ont encore réussi à renverser une finale qui semblait leur échapper, s’imposant 5/7 7/6 6/2 après avoir été poussés dans leurs retranchements.

L’impressionnante régularité de Galán et Chingotto

Derrière eux, Galán et Chingotto méritent néanmoins d’être salués pour leur régularité exceptionnelle.

À Bordeaux, ils disputaient leur onzième finale en douze tournois en 2026. Leur seule absence le dimanche était intervenue à Bruxelles, où ils avaient été battus en demi-finale par Lebrón et Augsburger et de nouveau à Malaga, encore battus par Lebrón et Ausgburger.

Même lorsqu’ils ne remportent pas le titre, Galán et Chingotto sont presque toujours présents lors de la dernière journée. Leur niveau moyen et leur capacité à traverser les premiers tours sans véritable accident les placent très nettement au-dessus du reste du tableau.

Coello/Tapia et Galán/Chingotto forment donc bien un quatuor à part. Les premiers dominent la dynamique récente, tandis que les seconds restent capables de les battre et ne cessent pratiquement jamais d’atteindre la finale.

Lebrón et Augsburger, la véritable troisième force

La deuxième vitesse du circuit est aujourd’hui incarnée par Juan Lebrón et Leo Augsburger.

La paire hispano-argentine est la seule à avoir brisé le partage des titres entre les deux équipes de tête. À Bruxelles, elle avait d’abord éliminé Galán et Chingotto en demi-finale, avant de renverser Coello et Tapia pour décrocher son premier trophée.

Depuis cette victoire, Lebrón et Augsburger ont atteint les demi-finales à Asunción, Buenos Aires, Rome, Valence et Valladolid. Leur seul véritable recul est intervenu à Bordeaux, avec une élimination en quarts contre Paquito Navarro et Martín Di Nenno. Les voilà de nouveau dans le dernier carré à Málaga… et ils viennent d’éliminer Galan et Chingotto pour se hisser en finale.

Depuis le tournoi de Bruxelles, ils n’ont donc manqué les demi-finales qu’une seule fois. Cette régularité, associée à leur puissance offensive, en fait clairement la troisième paire la plus redoutée du moment.

Augsburger peut terminer un point depuis presque n’importe quelle position, tandis que Lebrón retrouve progressivement les qualités qui avaient fait de lui l’un des meilleurs joueurs du monde : vitesse, agressivité et capacité à prendre énormément de terrain. Leur équilibre reste parfois fragile, mais leur plafond semble supérieur à celui des autres poursuivants.

Derrière, une bataille permanente pour les demi-finales

La troisième catégorie est beaucoup plus dense.

Mike Yanguas et Franco Stupaczuk, Paquito Navarro et Martín Di Nenno, Coki Nieto et Jon Sanz, mais aussi (dans une moindre mesure) Fran Guerrero et Javi Leal sont tous capables de se hisser dans le dernier carré. Aucun de ces duos ne parvient cependant à le faire avec la même régularité que les trois premières paires.

Yanguas et Stupaczuk ont disputé une finale à NewGiza et atteint plusieurs demi-finales, mais ils alternent encore les très bonnes semaines et les éliminations prématurées. Leur défaite en quarts à Málaga contre Navarro et Di Nenno, accompagnée de tensions visibles, illustre cette irrégularité.

Paquito et Di Nenno semblent en revanche monter en puissance. Ils viennent d’enchaîner deux demi-finales à Bordeaux et Málaga. Leur complicité retrouvée pourrait progressivement les rapprocher de la deuxième catégorie.

Nieto et Sanz ont montré leur dangerosité dès Gijón en éliminant Lebrón et Augsburger avant de pousser Galán et Chingotto dans un énorme combat en demi-finale. Leur saison a ensuite été moins linéaire, notamment en raison des problèmes physiques de Jon Sanz.

Guerrero et Leal constituent enfin la menace montante. Demi-finalistes à Valladolid, où ils avaient sérieusement inquiété Galán et Chingotto, ils viennent encore d’atteindre les quarts à Málaga. Leur puissance et leur absence de complexe peuvent désormais perturber presque toutes les têtes de série.

Une hiérarchie qui sert le spectacle

Cette organisation à trois vitesses pourrait donner l’impression d’un circuit trop prévisible. Pourtant, elle produit actuellement l’effet inverse.

Les deux premières paires se retrouvent très souvent en finale, mais leurs confrontations restent disputées. Celle de Bordeaux en est le meilleur exemple : trois sets, un tie-break et plusieurs changements de dynamique avant la victoire de Coello et Tapia.

Derrière elles, la bataille pour les demi-finales est totalement ouverte. Une paire comme Navarro/Di Nenno peut éliminer Yanguas/Stupaczuk, Guerrero et Leal peuvent faire tomber une tête de série, tandis que Nieto et Sanz restent capables de créer une surprise majeure.

Le sommet paraît plus stable, mais les routes permettant de l’atteindre sont devenues beaucoup plus imprévisibles. Entre la domination des favoris, la menace de Lebrón et Augsburger et l’ambition grandissante du groupe de chasse, le circuit masculin semble avoir trouvé une formule particulièrement intéressante : une hiérarchie identifiable, sans que le suspense disparaisse.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.