Au-delà de sa victoire exceptionnelle avec Leo Augsburger face à Alejandro Galán et Fede Chingotto, Juan Lebrón a peut-être remporté une autre bataille, plus importante encore : celle contre lui-même.

Pendant des mois, voire des années, les mêmes images revenaient. Dès que le match tournait mal, le tempérament explosif de l’Andalou prenait souvent le dessus. Les encouragements disparaissaient, les frustrations s’accumulaient et les partenaires finissaient souvent par sombrer avec lui.

À Málaga, ce scénario semblait pourtant se répéter.

Au bord du précipice…

Menés 6/2, puis rapidement 3/1 dans le deuxième set, Lebrón et Augsburger étaient proches d’une nouvelle désillusion.

Le langage corporel n’était pas bon. Lebrón paraissait agacé, notamment envers son jeune partenaire “Leo est éteint”, et tout laissait penser que la rencontre allait prendre la même direction que tant d’autres cette saison.

Puis tout a basculé.

Le discours qui a tout changé

Au changement de côté, Agustín Gómez Silingo a trouvé les mots.

L’entraîneur argentin n’a pas parlé tactique.

Il a simplement demandé à ses joueurs de retrouver leur énergie.

Il a rappelé à Lebrón qu’il avait besoin de lui à 200 %, que toute la partie tactique était de son ressort et que ses joueurs devaient uniquement penser à leur attitude et à leur engagement.

Le message est passé.

Le retour du meilleur Lebrón

À partir de cet instant, on a retrouvé le Juan Lebrón qui a dominé le padel mondial.

Un joueur qui prend le contrôle du match, multiplie les víboras, les smashs gagnants, les amortis parfaits et impose son rythme dans la diagonale face à Fede Chingotto.

Mais surtout, un joueur qui s’encourage.

Petit à petit, Leo Augsburger s’est lui aussi libéré, porté par l’énergie de son coéquipier.

Résultat : cinq jeux consécutifs et un deuxième set remporté 6/3.

Le vrai test arrive au tie-break

La plus grande différence est peut-être arrivée dans le troisième set.

Le tie-break devient complètement fou.

À 5-2, un énorme litige éclate. Sur un smash d’Augsburger, Alejandro Galán annonce avoir touché la balle, mais les images semblent montrer qu’il touche également le filet. L’arbitre valide pourtant le point.

L’ancien Juan Lebrón aurait probablement explosé.

Cette fois, il proteste quelques secondes… puis retourne immédiatement dans son match.

Même lorsque Galán et Chingotto reviennent au score et passent devant, même lorsque Leo Augsburger reçoit un warning, Lebrón reste concentré.

Il ne sort jamais mentalement de la rencontre.

C’est sans doute là sa plus grande victoire.

Un cap mental ?

Depuis le début de la saison, on apercevait déjà quelques signes positifs.

Mais cette fois, Lebrón a montré quelque chose de différent.

Il n’a pas seulement gagné grâce à son talent.

Il a gagné grâce à sa maîtrise émotionnelle.

En conférence de presse, Leo Augsburger a d’ailleurs expliqué que leur duo travaille énormément avec le préparateur mental pour apprendre à gérer ces moments.

Les deux joueurs savent que leur potentiel est immense lorsqu’ils restent connectés.

À Málaga, ils en ont apporté la preuve.

Le respect plutôt que la rancœur

La fin du match en dit également long.

Alors que les tensions avec Alejandro Galán étaient palpables pendant toute la rencontre, Lebrón est allé vers son ancien partenaire avec le sourire, tentant même de lui faire une accolade.

Une scène presque étonnante au regard des dernières confrontations entre les deux hommes, notamment celle où Galán avait refusé de lui serrer la main.

Cette fois, Lebrón a choisi une autre voie : celle de l’apaisement. Même si on peut voir aussi du chambrage derrière tout cela.

Une victoire qui peut tout changer

La question reste désormais entière.

Cette maîtrise mentale marque-t-elle un véritable tournant dans la carrière de Juan Lebrón, ou restera-t-elle une parenthèse exceptionnelle ?

Une chose est certaine : lorsque l’Espagnol parvient à contrôler ses émotions tout en évoluant à ce niveau de jeu, il redevient probablement le meilleur joueur de droite du monde.

À Málaga, il n’a pas seulement battu Galán et Chingotto.

Il a peut-être, enfin, battu ses propres démons.

Benjamin Dupouy

J’ai découvert le padel directement lors d’un tournoi, et franchement, je n’ai pas trop accroché au début. Mais la deuxième fois, ça a été le coup de foudre, et depuis, je ne rate plus un seul match. Je suis même prêt à rester éveillé jusqu’à 3h du matin pour regarder une finale de Premier Padel !