Il existe des rencontres dont le score ne raconte qu’une partie de l’histoire. Lorsqu’Alejandro Galán et Juan Lebrón se retrouvent de chaque côté du filet, les regards, les célébrations, les contestations et les décisions arbitrales semblent parfois peser presque autant que les coups gagnants.

À Londres, Galán et Chingotto se sont encore imposés face à Lebrón et Augsburger, 7/6 6/3. Pourtant, pendant une bonne partie de la rencontre, la paire numéro 3 semblait avoir le match en main. Elle a mené d’un break dans le premier set, puis 3/0 dans le deuxième avec une balle de 4/0. Elle a finalement perdu le tie-break de la première manche avant d’encaisser six jeux consécutifs dans la seconde.

Un scénario qui résume peut-être toute la complexité de ce duel : Lebrón peut prendre l’ascendant dans le jeu, dominer Chingotto dans sa diagonale et imposer son intensité sans parvenir à transformer cette domination en victoire.

Un passé qui accompagne chaque confrontation

Galán et Lebrón ont passé plus de quatre années ensemble, remporté plus de trente titres et dominé le padel mondial. Une histoire aussi importante ne disparaît pas au moment d’une séparation.

Depuis, leurs rencontres ne ressemblent jamais totalement aux autres. Avec leurs partenaires actuels, Galán et Chingotto mènent désormais cinq victoires à deux face à Lebrón et Augsburger.

Mais derrière les chiffres, chaque épisode vient nourrir une rivalité qui semble toujours aussi mentale.

À Valence, après un match tendu et plusieurs échanges entre les joueurs, Galán avait refusé de serrer la main de son ancien partenaire. Le Madrilène avait ensuite qualifié la situation de « honteuse », tout en assurant vouloir rapidement tourner la page.

Un mois plus tard, à Málaga, les rôles s’inversaient.

À Málaga, une victoire qui comptait davantage que les autres

Lebrón et Augsburger avaient renversé Galán et Chingotto après 2h25 de combat : 2/6 6/3 7/6, avec deux balles de match sauvées dans un tie-break irrespirable.

Au moment de conclure, Lebrón avait explosé. Il avait hurlé, sauté, puis couru autour de la piste du Martín Carpena pour célébrer avec le public. Une réaction beaucoup plus démonstrative que celle accompagnant habituellement une simple qualification pour une finale.

Au filet, Galán lui avait à peine tendu la main. Lebrón était néanmoins allé vers lui et l’avait brièvement pris dans ses bras. Même dans la victoire, le salut entre les deux hommes était devenu une scène à observer.

Cette célébration racontait surtout ce que représentait ce succès pour Lebrón. Battre Galán ne semblait pas seulement lui permettre d’atteindre une finale : c’était aussi renverser, le temps d’un match, une dynamique largement favorable à son ancien partenaire.

Cette rencontre avait pourtant commencé dans la confusion. Après la perte du premier set, Lebrón multipliait les reproches envers Augsburger. L’Argentin avait fini par lui demander de se concentrer sur son propre jeu, puisqu’il savait lui-même ce qu’il avait à faire.

À partir de cet échange, la paire avait changé d’attitude et renversé le match.

Pour battre Galán, Lebrón avait peut-être d’abord dû sortir de son duel avec Galán.

À Londres, le « gracias » qui n’en était peut-être pas un

Trois semaines plus tard, Londres a offert une nouvelle illustration de cette tension permanente.

La rencontre a été marquée par plusieurs contestations : contact avec le corps, invasion, filet… Lebrón et Galán ont régulièrement fait appel au VAR pour départager leurs visions opposées des actions.

Lebrón s’est également agacé contre l’arbitre.

Puis, dans les derniers instants du match, une scène a retenu l’attention. À 5/3, 40/0, Galán a lui-même signalé que sa volée était faute. Lebrón lui a alors lancé à deux reprises :

« Gracias, gracias. »

Impossible de connaître avec certitude le sens exact de ces mots. Mais le ton employé pouvait davantage évoquer l’agacement qu’un véritable remerciement. Comme si Lebrón considérait que le geste de fair-play de Galán intervenait au moment où il ne coûtait pratiquement plus rien, avec trois balles de match et une rencontre presque gagnée.

Il faut néanmoins rester prudent sur l’interprétation.

Et c’est précisément ce qui rend leur rivalité particulière : entre Galán et Lebrón, le moindre geste semble désormais susceptible d’être interprété.

Une balle annoncée faute par Galán ne reste plus seulement une décision sportive. Elle peut être vue comme un geste de fair-play, une manière d’afficher son calme ou, depuis l’autre côté du filet, comme une sérénité presque irritante lorsque la victoire semble déjà acquise.

Lebrón a besoin d’incendier le match

Sur le terrain, Lebrón semble souvent tirer une partie de son meilleur padel de l’intensité émotionnelle de la rencontre.

Lorsqu’il enchaîne les points importants, dialogue avec le public et sent son adversaire sous pression, son niveau peut devenir exceptionnel.

Ses deux victoires avec Augsburger face à Chingotto et Galán l’illustrent bien.

À Bruxelles, il avait notamment profité d’une double faute inhabituelle de Galán sur une balle de break pour prendre définitivement l’ascendant. Augsburger avait d’ailleurs expliqué après la rencontre avoir senti que cette erreur avait affecté mentalement le Madrilène.

À Málaga, Lebrón avait survécu à deux balles de match avant de célébrer comme s’il venait de remporter le tournoi.

Mais lorsque la rencontre refuse de s’enflammer dans son sens, cette énergie peut aussi se retourner contre lui.

À Londres, Lebrón et Augsburger ont longtemps été devant. Ils ont pourtant perdu le premier set après avoir servi pour conserver leur break, puis laissé échapper une balle de 4/0 dans le deuxième.

À partir de cet instant, le match a totalement basculé.

Galán gagne aussi en refroidissant le duel

C’est peut-être l’une des grandes différences actuelles entre les deux anciens partenaires.

Galán semble aujourd’hui mieux accepter les changements de scénario. Même lorsqu’il joue moins bien, qu’il peine à terminer les points ou que son adversaire domine une partie du match, il reste capable d’attendre que la dynamique revienne.

À Londres, il n’a pas nécessairement remporté son duel grâce à une domination permanente. Il l’a aussi gagné en restant dans la rencontre suffisamment longtemps pour voir Lebrón et Augsburger commencer à douter.

Chingotto joue évidemment un rôle essentiel dans cet équilibre.

L’Argentin accepte d’être ciblé, défend énormément et répond rarement à l’agitation adverse. En obligeant Lebrón à jouer une balle supplémentaire, puis parfois une autre, il le prive de certains points rapides qui peuvent nourrir son énergie.

Face à eux, Lebrón et Augsburger possèdent davantage de puissance immédiate. Mais leur jeu semble aussi plus sensible aux variations de leur dynamique émotionnelle.

Lorsqu’ils sont parfaitement alignés, ils ont montré qu’ils pouvaient battre Galán et Chingotto. Lorsqu’un doute apparaît, leur niveau peut se dérégler très rapidement.

Une rivalité toujours ouverte

Le bilan reste nettement favorable à Galán et Chingotto, mais les deux victoires de Lebrón et Augsburger empêchent de parler d’une opposition à sens unique.

Surtout, chaque nouvelle rencontre semble reprendre exactement là où la précédente s’était arrêtée.

Le salut refusé de Valence, la célébration démesurée et l’accolade de Málaga, les appels répétés au VAR puis le « gracias, gracias » de Londres : le duel continue de s’écrire bien au-delà du résultat.

Galán possède pour l’instant l’avantage sportif dans leurs confrontations récentes. Lebrón, lui, reste probablement l’un des joueurs les plus susceptibles de faire monter la température et de transformer une demi-finale en affrontement beaucoup plus personnel.

C’est peut-être ce qui rend chacune de leurs confrontations aussi particulière.

Entre Galán et Lebrón, le premier point n’est jamais réellement le début du match.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.