Daniel “Sanyo” Gutierrez se confie à Padel Magazine lors d’une interview exclusive. Découvrez la deuxième partie de l’interview : Sanyo, à la conquête du WPT.
Cliquez ici pour lire la première partie de l’interview “L’homme derrière le joueur”.
“Nous serons meilleurs dans la deuxième partie de saison”
Lorenzo Lecci Lopez : Comment analyses-tu la finale de Madrid contre Ruiz/Stupa ? Après ce premier set perdu comment avez-vous fait évoluer la tactique pour renverser le match ?
Sanyo Gutierrez :“À Madrid, nous avons eu du mal dans les débuts de matchs, mais nous avons quand même réussi à gagner le tournoi. Je ne pense pas que nous avons joué un grand padel. C’est vrai que nous avons été bons dans les moments importants. Nous nous sommes battus, et nous avons ralenti le jeu sur cette piste si rapide. Il faut toujours aussi un peu de chance pour gagner un tournoi.”
Lorenzo Lecci Lopez : À Alicante, sur une piste plus lente, Ruiz/Stupa vous ont battu. Que pouvez-vous apprendre de cette défaite ?
Sanyo Gutierrez :“Nous apprenons tous les jours. Chaque défaite est différente. Ce match nous a donné beaucoup d’enseignements. Nous sommes une paire très jeune, et nous ne jouons pas encore au niveau que nous pouvons atteindre. Je suis d’accord avec Bela :”Nous serons meilleurs dans la deuxième partie de saison”. Tout le monde attendait beaucoup de cette paire, et à Madrid nous n’avons pas déçu car nous avons gagné. Mais nous nous n’avons jamais pensé que nous allions gagner tous les tournois.”
“Nous savons que les jeunes jouent très bien, que le padel est différent, que les pistes sont différentes. Nous n’avons pas eu la chance de nous entrainer sur la nouvelle surface du World Padel Tour. Nous ne savions pas que la surface avait été changée. Cela a été communiqué tard, et nous n’avons pas pu nous entrainer sur cette surface. Peut-être que d’autres joueurs ont pu le faire, donc ce changement de surface nous a surpris. Nous devons donc nous adapter, et cela provoque des doutes à l’heure de jouer.”
“Et à Alicante, nous nous sommes retrouvés face à une paire qui devient très dangereuse, car ils s’entendent parfaitement sur le terrain. Ils jouent complètement relâchés et sans pression. Ils nous sont passés au dessus, et nous devons apprendre de nos erreurs, essayer de voir par où on peut leur faire mal, et revenir avec encore plus d’envie pour Vigo.”
“Nous allons travailler pour être invincibles”
Lorenzo Lecci Lopez : Comment transformez-vous la pression médiatique et les attentes des fans en un plus sur le terrain ?
Sanyo Gutierrez :“Je ne pense pas que cela joue en notre faveur. Bela et Sanyo n’ont jamais joué ensemble, c’est ça la réalité. Nous avions seulement 3 matchs ensemble avec la sélection argentine, sans s’être entrainés, et sans n’avoir jamais rien partagé ensemble.”
“De par nos noms les gens pensaient que nous allions être invincibles. Mais nous n’avons encore rien prouvé. Nous voulons le faire, et nous travaillons pour être, peut-être un jour, une paire invincible, mais pour l’instant nous avons gagné Madrid et perdu en quarts à Alicante. C’est ce qu’il y a sur la table.”

Avec Bela, un projet long
Lorenzo Lecci Lopez : Avec Bela, le plan est-il de faire un projet sur plusieurs années ?
Sanyo Gutierrez :“Nous sommes très heureux de jouer ensemble aujourd’hui -même si cela peut changer, et le padel a déjà prouvé que si les résultats ne suivent pas ça peut aller vite-. Nous voulons progresser ensemble. Si nous continuons de nous entendre comme nous nous entendons sûr et en dehors du terrain, et que les résultats suivent, nous continuerons jusqu’à ce que les résultats n’y soient vraiment plus. Si nous nous voyons là à 45 et 40 ans en train de souffrir sans réussir à gagner un seul match, évidemment nous chercherons une alternative. Mais si les résultats sont là, nous jouerons ensemble beaucoup de temps.
La formule pour battre Lebron/Galan
Lorenzo Lecci Lopez : Avec Tapia, Bela passait souvent à droite. Peut-on vous imaginer changer de poste pour surprendre l’adversaire ?
Sanyo Gutierrez :“Non, cela n’est pas prévu. En fait, je ne sais pas vraiment, on n’en a pas parlé. Comme alternative, nous savons que tous les deux nous pouvons jouer des deux côtés. Je ne partage pas l’idée de changer de côté en permanence. Un petit changement pour surprendre sur un point pourquoi pas, mais pas de manière régulière. Lui est très bon à gauche, et moi je suis ce que je suis à droite.”
Lorenzo Lecci Lopez : L’objectif est le n°1, mais Lebron/Galan impressionne. Quel est le plan pour leur faire mal ?
Sanyo Gutierrez :“Le plan l’année dernière je ne l’ai pas trouvé. Bela l’a trouvé. Moi j’ai perdu les 6 fois où je les ai joués. L’année précédente j’avais joué 6 fois contre Lebron et gagné 5. Je n’ai jamais joué contre eux avec Bela… J’ai une idée plus ou moins de ce que je dois faire pour leur faire mal, mais ils sont excellents. Ils sont très complets. Ils sont arrivés à Alicante avec une piste pas très rapide, et ils ont gagné. Contre eux il faut être excellents, car leur niveau faible est très bon.”
Se réinventer chaque jour
Lorenzo Lecci Lopez : Le padel est toujours plus rapide. Devez-vous vous adapter en accélérant votre jeu, ou pouvez-vous garder votre style de jeu et ralentir ce padel ?
Sanyo Gutierrez :“Je pense que nous pouvons rajouter des choses sur la base. Nous voulons donc ajouter des choses à notre jeu pour rester compétitifs. C’est clair pour nous, nous n’allons pas jouer tout lent. Nous savons que nous devons accélérer la balle -d’ailleurs nous n’avons jamais été des joueurs qui jouaient toujours lentement-. Ce que nous faisons souvent c’est ralentir sur une piste rapide, et accélérer sur une piste lente.”
“Nous devons nous réinventer chaque, car les jeunes sont toujours plus grands, toujours plus forts physiquement et couvrent toujours plus de terrain.”
“Stupa m’a fermé la bouche, Ruiz impressionne”
Lorenzo Lecci Lopez : Beaucoup considèrent que tu es le meilleur joueur de droite. Quel est le joueur qui te surprend le plus à ce poste ?
Sanyo Gutierrez :“Alex Ruiz sans aucun doute. Il joue très bien. Je suis très sincère et parfois je parle un peu trop. Lorsque Franco Stupa m’a dit qu’il allait jouer avec Alex Ruiz, je lui ai dit que cela ne me plaisait pas, car je le voyais un peu stagnant. Et je lui ai dit de prendre un joueur plus jeune qui puisse surprendre. Mais sincèrement, je n’ai rien a dire, il m’a fermé la bouche. Je dois lui dire : “tu avais raison Franco”. Il a vu quelque chose que ne voyais pas. Je me suis toujours super bien entendu avec Alex, au delà du padel. Sa progression cette année est impressionnante.”
Lorenzo Lecci Lopez : Avec Stupa, tu as pris en leadership. Quels sont les points que tu retiens de cette étape avec lui ?
Sanyo Gutierrez :“L’année a été difficile, et nous n’avons pas pu vraiment combiner nos jeux. Nous avons dû faire deux pré-saisons, et nous ne vivions pas dans la même ville, donc nous ne partagions pas autant de temps que d’autres paires. Le tout dans une saison avec seulement 11 tournois, cela rend la tâche difficile.”
“C’est peut-être aussi parce que nous étions des joueurs trop différents. Regarde Franco aujourd’hui ce qu’il fait avec Ruiz. Avec moi, il ne se sentait pas autant à l’aise. J’apprends de chaque coéquipier, et je sais que je ne jouerai plus avec un joueur qui a les caractéristiques de Franco.”
“Je jouerai tant que je m’amuserai”
Lorenzo Lecci Lopez : Si tu fais comme Bela, il te reste au moins 6 ans dans le padel professionnel. As-tu la force mentale et physique pour continuer autant de temps ?
Sanyo Gutierrez :“Je pense que oui. J’adore jouer, mais j’aimerais pouvoir être compétitif. Je ne vais pas dire aujourd’hui que j’arrêterai dans 8 ans car cela va dépendre du niveau. Si dans 4 ans je vois que je suis dépassé, je ne vais pas jouer pour souffrir. Mais je jouerai tant que je m’amuserai, et je pense que cela va être long car j’adore jouer. (rires)”

“Coello et Tapia formeraient une excellente paire”
Lorenzo Lecci Lopez : Qui a le plus de futur, Coello ou Tapia ?
Sanyo Gutierrez :“Tapia est un phénomène. Il a déjà gagné des tournois, un Master Final. C’est notre grand espoir en Argentine. J’adorerais qu’il continue de progresser, parce qu’il fait partie de ceux qui vont rester lorsque les “petits vieux” que nous sommes vont partir.”
“Coello n’est qu’au début, mais je l’aime beaucoup. Avant je m’entrainais beaucoup avec lui, et lorsque je l’ai vu j’ai directement pensé qu’il allait être dangereux. Ils seraient très bons ensemble.”
Lorenzo Lecci Lopez : Quelle est ton opinion sur le “punto de oro” ?
Sanyo Gutierrez :“Je pense que c’est une grande réussite. Au début, je n’aimais pas ça, et je n’étais pas d’accord, mais je pense que c’est quelque chose de bien. Tu sais que le jeu va se terminer, et cela provoque quelque chose de très beau chez le spectateur. Tout le monde s’arrête pour voir le punto de oro.”
Lorenzo Lecci Lopez : Quelle est la joueuse et la paire du circuit féminin qui t’impressionnent le plus ?
Sanyo Gutierrez :“Je pense que Aranza Osoro joue très bien cette année avec les deux victoires sur les Martas. C’est selon moi la grande surprise.”
“Ma paire préférée est Paula Josemaria et Ari Sanchez et elle va être très forte même si elle a perdu la finale facilement. Salzar/Triay aussi évidemment, et Gonzalez/Sainz, mais je pense que la formule Josemaria/Sanchez va être très bonne.”
Le padel dans le monde
Lorenzo Lecci Lopez : Comment vois-tu le développement du padel en Argentine, qui a dernièrement connu un nouveau boom ?
Sanyo Gutierrez :“Le padel argentin a l’avantage d’avoir de grands formateurs. Le premier pays de padel était l’Argentine. Le problème de l’Argentine est notre économie. Pour un joueur argentin, s’il n’est pas aidé sur le plan économique, c’est très très difficile de venir jouer en Espagne. Il faut les aider car il y a de grands talents, et pas seulement en Argentine, mais aussi au Brésil, au Paraguay, au Mexique.”
Lorenzo Lecci Lopez : Comment vois-tu le padel français ?
Sanyo Gutierrez :“Le padel français grandit, et a encore une très grande marge de progression. Ce n’est que le début, et c’est un pays qui a une très grande puissance, notamment avec l’histoire du tennis, et je pense que la France pourra faire du padel quelque chose de très grand. A partir de là, de grands joueurs vont émerger. Ceux qui sont déjà là ont énormément progressé, et ils vont permettre aux jeunes qui viennent derrière de pouvoir pratiquer ce sport.”
Lorenzo Lecci Lopez : Quel est ton point de vue sur la croissance incroyable du padel en Suède ?
Sanyo Gutierrez :“J’ai pu aller en Suède avec Bela, et franchement je n’y croyais pas. Nous sommes allés à un club qui avait 13 courts, et tout était plein jusqu’à 22h. Le directeur du club nous a montré l’occupation de ses autres clubs, et tout était plein. Nous parlons de plus d’une quarantaine de courts ! Je n’y croyais pas. La croissance est très très rapide.”

À ses noms, nous devinons ses origines espagnoles et italiennes. Lorenzo est un polyglotte passionné de sport : le journalisme par vocation et l’événementiel par adoration sont ses deux jambes. Il est le monsieur international de Padel Magazine. Vous le verrez souvent sur les différentes compétitions internationales, mais aussi sur les grands évènements français. @eyeofpadel sur Instagram pour voir ses meilleures photos de padel !


























































































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