Présent au Top Padel Toulouse à l’occasion de la 3e étape du FFT Padel Tour, Éric Largeron, élu en charge du padel à la Fédération Française de Tennis, a dressé un panorama très complet de la situation actuelle : niveau de jeu en forte progression, réforme du circuit national, réflexion sur le classement, montée des jeunes, développement territorial et enjeux économiques.
Une formation française qui s’appuie sur tout un écosystème
Si les jeunes du CNE étaient nombreux dans ce P2000, Éric Largeron insiste sur la nécessité de “rendre hommage aux académies privées”, citant notamment Yannick Maurel, Jean-Thomas Peyrou et d’autres acteurs.
Selon lui, “le modèle fonctionne parce qu’il est collectif : les jeunes sont formés en amont dans les structures privées, avant de rejoindre le CNE, où la FFT peut en faire quelque chose dans des conditions parfaites”.
L’idée est claire : le padel français progresse grâce à une complémentarité entre fédération et terrain.
Juan Alday : un choix logique pour les Bleues
La nomination de Juan Alday s’inscrit dans cette logique de performance. Sans détour, Largeron explique que “quand on entraîne Alix Collombon, on a déjà une certaine avance”, soulignant la crédibilité immédiate du coach espagnol.
Il en profite pour remercier Robin Haziza pour son travail “très professionnel”, malgré un contexte parfois délicat, notamment lors des championnats d’Europe.
Avec Alday, la FFT veut “écrire une nouvelle histoire”, en s’appuyant sur une expertise reconnue du padel féminin, complétée par l’expérience de Baptiste Bénétoux. L’apport d’une “culture étrangère” est perçu comme un levier fort pour progresser.
Une refonte majeure du circuit : place aux P3000
C’est l’un des tournants annoncés : les P2000 deviennent des P3000, avec une revalorisation des points mais aussi du prize money.
L’élu en charge du padel évoque notamment une dotation d’environ 3000 euros pour la paire gagnante, dans une logique assumée : “certains essaient d’en vivre, on va les aider”.
Ce changement s’accompagne d’une réorganisation globale :
- les P1500 clubs deviennent des P2000
- les P1000 restent très nombreux (environ 130 par an)
Initialement favorable à laisser plus de place aux clubs, il reconnaît avoir changé de position, estimant que la FFT peut désormais proposer “un excellent produit” avec des partenaires solides.
Des wildcards au service des jeunes… mais avec équilibre
Sur la question des wildcards, la ligne est claire : elles doivent servir à “donner des coups de pouce aux jeunes”.
Mais sans favoritisme. Largeron insiste sur le fait qu’elles “ne sont pas réservées aux joueurs du CNE”, et rappelle aussi l’importance de respecter les paires en liste d’attente.
Il précise même que “certaines wildcards ne sont volontairement pas attribuées, afin de préserver l’équité sportive”.
Dans ce cadre, les associations de jeunes joueurs, les changements de partenaires et les opportunités offertes témoignent d’un système en mouvement, mais réfléchi.
Le CNE : une première année réussie, mais des choix à venir
Après une première saison jugée très positive — “un lancement parfait” — la FFT réfléchit déjà à l’évolution du CNE.
Parmi les pistes : ajuster les critères d’âge, avec l’idée qu’un joueur de 17 ans ne sera peut-être plus prioritaire.
Le processus de sélection repose sur des appels à candidature, où sont évalués le niveau, le potentiel et le projet global.
Pour les jeunes, le message est simple : passer par les TNJ, où les cadres fédéraux observent attentivement les performances.
Nouvelles catégories et réflexion sur les niveaux intermédiaires
L’apparition des P50 répond à un besoin identifié : créer un palier intermédiaire entre P25 et P100. Largeron parle d’un “bon levier” pour les joueurs en progression.
En revanche, le P500 pose davantage de questions. Jugé parfois peu attractif, il souffre d’un système de points et d’organisation perfectible.
Des ajustements sont envisagés, notamment pour éviter des situations incohérentes où un joueur performerait mieux en P500 qu’en P250.
Comme il le souligne, rien n’est improvisé : “quand on a une idée, il faut la creuser”.

Un classement à repenser face à l’explosion du nombre de joueurs
Avec plus de 115 000 joueurs classés chez les hommes et 17 000 chez les femmes, le système actuel atteint ses limites.
Largeron constate qu’on n’est “plus dans un classement numéroté classique”, avec des rangs très densifiés (top 50, top 10 000, etc.).
Parmi les pistes : évoluer vers un système de séries, voire un modèle hybride inspiré du squash ou du badminton.
Il insiste sur un point clé : impossible aujourd’hui de faire du cas par cas dans un système devenu massif.
Circuit international : liberté des joueurs, mais message envoyé
Sur l’absence de certains Français dans les tournois nationaux, Largeron se montre lucide : les joueurs vont naturellement là où ils ont le plus de chances de marquer des points.
La FFT respecte ce choix, mais envoie un message : jouer en France reste important.
Elle soutient d’ailleurs financièrement les tournois FIP organisés sur le territoire, tout en utilisant les wildcards pour garantir une présence française.
Un développement à encadrer : attention à la saturation
Le boom du padel pose aussi des défis structurels. Largeron alerte sur certaines zones “déjà saturées”, où les clubs multiplient les tournois pour survivre économiquement.
Il met en garde contre une “implantation sauvage des structures privées”, qui pourrait fragiliser l’écosystème.
L’objectif est clair : trouver un équilibre entre développement et viabilité.
Boost Padel : accompagner les territoires moins développés
Le plan Boost Padel vise à soutenir les zones moins équipées.
Le principe : aider les clubs à construire 2 à 4 pistes, avec un partage des coûts entre collectivités et fédération.
Ce dispositif ne cible pas les grandes villes déjà bien dotées, mais les territoires en développement, où le padel reste encore à structurer.
Une professionnalisation encore incomplète
Malgré la progression du niveau, le modèle économique reste fragile. Largeron rappelle que beaucoup de joueuses doivent encore travailler à côté.
Certaines donnent des cours, d’autres ont un emploi en parallèle, ce qui limite leur capacité à jouer à l’international.
Mais la tendance est claire : le padel “va très vite mériter une professionnalisation”, avec une économie plus solide.
Pour conclure, Éric Largeron insiste sur une idée forte : le padel français est encore en construction.
Il le compare aux débuts du tennis, avec les mêmes enjeux de structuration et de professionnalisation.
L’ambition est assumée : ne pas subir cette croissance, mais l’accompagner intelligemment, en restant à l’écoute et en s’inspirant d’autres modèles.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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