Oscar Solé est probablement la personne qui en sait le plus sur les circuits professionnels de padel. Padel Magazine rencontre le directeur de la communication de l’APT Padel Tour, sur le magnifique court central de la Caserne Fonck de Liège.

La naissance du padel professionnel

Lorenzo Lecci López : Peux-tu te présenter et nous dire comment es-tu rentré dans le monde du padel ?

Oscar Solé : “Je suis rentré dans le padel par surprise. Je suis un journaliste uruguayen. Depuis 2001, j’habite à Malaga. Je suis d’abord arrivé en Galice, puis j’ai déménagé dans le sud. J’ai rencontré Enrique Alegre, qui était dans le monde du padel. C’est là qu’est né le premier circuit professionnel privé, le Padel Pro Tour, à partir de 2006. Certains nous on rejoint, d’autres sont restés sur le circuit de la fédération. Puis c’est de 2006 à 2011 qu’a débuté le mouvement suivant.”

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Le WPT laisse un goût amer

Lorenzo Lecci López : Comment naît ce mouvement en 2011 ?

Oscar Solé : “L‘association des joueurs de padel commence à avoir un peu plus d’importance. Elle rentre en contact avec des entreprises privées, et en 2012 le changement arrive. Le World Padel Tour débute, et je fais partie de l’aventure dès le début sur la partie communication. En 2013, le streaming se met en place sur la deuxième étape du WPT. Il n’y avait pas de commentaires, c’était seulement l’image. J’ai donc proposé de mettre une voix sur l’image. Des idées un peu folles ont émergé, le “Puntaco” est devenu célèbre. Les entreprises commencèrent à miser sur le WPT, et mon étape se déroule ainsi jusqu’à 2016. Ce furent 3 très belles années à essayer de montrer le padel aux yeux du Monde.”

Lorenzo Lecci López : En 2016, un nouveau changement pour toi. Tu te lances dans l’aventure de Fabrice Pastor.

Oscar Solé : “Oui, en effet. J’ai été très surpris lorsque tout le département de la communication du World Padel Tour a été licencié. Après seulement 24 heures, cette personne que j’ai eu le plaisir de rencontrer m’a dit qu’elle était fan de mes commentaires. Il m’explique que je vais travailler avec lui dans une nouvelle aventure…”

Lorenzo Lecci López : Ce licenciement t’a-t-il laissé un goût amer après avoir tant donné depuis le début pour le WPT ?

Oscar Solé : “Avec l’expérience que j’ai eu, le fait de devoir quitter mon pays et ma famille, voilà les vraies désillusions. Pour des raisons économiques, devoir quitter ses racines pour arriver dans l’inconnu et tenter de créer une nouvelle famille. Ça c’est quelque chose de vraiment difficile. Ce qui s’est passé avec le World Padel Tour fait simplement partie d’un travail. 

Le sentiment amer vient du fait que le licenciement n’avait pas de raison. Que l’on vienne te dire que l’accent sud-américain ne le faisait pas trop… Ces choses font mal. Ce qui m’a fait le plus mal c’est par la suite, lorsque des collègues que je considérais pour certains comme des amis m’évitaient pour ne pas avoir de problème.”

Lorenzo Lecci López : Pourquoi le WPT a-t-il pris cette décision ?

Oscar Solé : “Ce sont des décisions d’entreprises. Ce qui m’a le plus blessé c’était qu’on me dise qu’ils cherchaient des professionnels. Ayant une carrière longue de nombreuses années dans le journalisme, me dire ça me parait être un manque de respect. Au delà de ça je les remercie de m’avoir permis de faire ce que je voulais, et cela m’a permis de gravir une marche en travaillant avec Fabrice Pastor. Cet homme m’a ouvert les portes de sa maison. La relation a été excellente depuis la première seconde, et je me suis embarqué dans ses folies. C’est un passionné.

Nous commençons donc avec la Fabrice Pastor Cup, qui était un circuit sud américain qui s’est répandu en Europe, pour faire naître le projet de l‘International Padel Tour. Nous n’avons pas eu le soutien de tous les joueurs, et certains retournements de vestes de joueurs ont obligé Fabrice à mettre un terme à tout cela.”

L’APT Padel Tour, synonyme de liberté

Lorenzo Lecci López : Et en quelques mois, un nouveau circuit apparaît !

Oscar Solé :Fabrice Pastor ne sait pas rester tranquille. Nous avons eu une nouvelle opportunité en Amérique Latine, et surtout au Mexique, pour faire des tournois. C’est là que la Continental American Federation naît, et avec elle l’opportunité de faire un circuit dans toute l’Amérique. En 2020, nous débutons cette histoire, jusqu’à l’arrivée de la fameuse pandémie. Nous passons des accords avec la FEPA pour amener le circuit en Europe, en arrivant jusqu’à aujourd’hui. Nous réalisons nos objectifs petit-à-petit, pour amener le padel à de plus en plus de pays.”

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Lorenzo Lecci López : Aujourd’hui nous avons des joueurs qui jouent l’APT, d’autres qui jouent le WPT. Penses-tu que l’histoire de 2011 peut se répéter, et que les meilleurs joueurs rejoignent l’APT ?

Oscar Solé : “Je pense qu’il y a une place pour tout le monde dans le padel. C’est un sport très jeune. Notre circuit est un circuit plus global et plus international. Nous ne voulons pas limiter autant les joueurs. Nous voulons leur donner la liberté de choisir les tournois qu’ils veulent jouer. Nous voulons aussi aider le joueur à se professionnaliser. Beaucoup de joueurs nous ont surpris ici à Liège. Le futur phénomène du padel vient peut être du Chili, du Vénézuela ou d’Afganistan.”

Lorenzo Lecci López : Le WPT garde ses meilleurs joueurs avec des contrats d’exclusivité. L’APT fera t-il se genre de choses ?

Oscar Solé : “Non, notre intention n’est pas d’enfermer les joueurs. Nous voulons qu’ils viennent jouer car ils se sentent à l’aise. Ceux qui veulent être professionnel devraient quand même jouer 75% des tournois. Notre modèle économique consiste à permettre par exemple à un entrepreneur allemand de nous appeler pour nous dire qu’il veut un tournoi. Ce monsieur paye et aura sa semaine dans le calendrier. Ce tournoi est à lui, pas à Monte Carlo International Sports. L’objectif est d’avoir 20 tournois, et si demain un nouvel entrepreneur offre à l’un d’eux plus d’argent, qu’il puisse le vendre. Monte Carlo crée le produit, pour qu’à partir de là plusieurs entrepreneurs le portent. Nous ne voulons pas le monopole, car ça se fait déjà ailleurs et nous savons que ce sera de courte durée.”

Lorenzo Lecci López : En 2023, les contrats du WPT se terminent. L’APT Padel Tour montre une excellente organisation. Avez-vous cette date en tête ?

Oscar Solé : “Notre objectif est de faire grandir le padel. Bien sûr, cette date libèrera les meilleurs joueurs, mais ce n’est pas une obsession pour nous que ce contrat se termine. Ce que je sais par expérience, c’est que les joueurs ne faisaient pas confiance à l’International Padel Tour car ils n’avaient pas vu le produit. Maintenant ils peuvent le voir, et nous allons travailler pour les joueurs. Ce projet est fait pour les joueurs. Je peux t’assurer que Monte Carlo et Fabrice ne font pas de bénéfices là-dessus pour le moment. Nous espérons qu’en 2023, l’APT soit consolidé pour être une option supplémentaire pour les joueurs. Nous ne fermerons aucune porte. Nous avons des joueurs qui ont joué et qui sont sous contrat avec l’autre circuit, mais ces joueurs ont besoin de sous pour se nourrir… Par exemple Miguel Oliveira ou Fede Quiles.”

Un lancement en pleine pandémie

Lorenzo Lecci López : C’est osé de lancer un circuit international en pleine pandémie mondiale. Comment vous adaptez-vous ?

Oscar Solé : “C’est difficile. Ce circuit veut ouvrir les portes à tous les joueurs, et tous ces joueurs ne sont pas au même endroit. Le fait de devoir voyager de plusieurs endroits différents rend les choses plus difficiles. Nous devons nous adapter et nous essayons de restructurer le calendrier en conséquence.”

“Ce fut l’un des premiers messages de Fabrice Pastor à l’équipe : organiser le circuit malgré les conditions.”

Lorenzo Lecci López : Ça fait maintenant un peu plus d’un an que le circuit a été lancé. Quels sont les axes d’amélioration ?

Oscar Solé : “Nous essayons de nous améliorer chaque jour. Lorsque nous nous sommes embarqués dans cette aventure avec Fabrice, nous voulions faire un circuit exclusivement américain. Après les deux premiers tournois à Merida et Acapulco, ce virus a modifié tous nos plans. Cela nous a aussi permis de travailler pour élargir ce circuit. Grâce au soutien de la FEPA, nous avons pu nous lancer en Europe. Ce tournoi est une preuve qu’il y a un très bon niveau chez ces joueurs que peu de gens connaissaient. Nous voulons ouvrir nos portes à ces joueurs qui n’ont pas d’endroit pour s’exprimer.” 

Lorenzo Lecci López : Nous sommes aujourd’hui en Belgique. Quelles sont les prochaines étapes de l’APT ?

Oscar Solé : “Les deux prochains tournois sont prévus en Amérique. Un en Argentine, et un au Mexique, mais nous sommes dans l’attente de voir comment évolue la situation. Nous essayons d’avoir les autorisations nécessaires : malheureusement ce sera une nouvelle fois sans public. Nous annoncerons normalement prochainement deux tournois en Argentine.”

Lorenzo Lecci López : Les retransmissions en streaming sont pour le moment commentées en espagnol et en anglais. À quand des commentaires en français ?

Oscar Solé : “Ce n’est pas prévu à court terme, mais je souhaite remercier Padel Magazine qui fait un travail pour donner de la visibilité à notre circuit, remercier Franck Binisti que je connais depuis de nombreuses années. Je sais ce qu’implique le développement du padel, et vous devez vous sentir une pièce fondamentale de ce développement.”

“Mais j’espère que cela pourra grandir, et que nous pourrons faire de nombreuses diffusions dans plein de langues différentes.”  

Lorenzo Lecci López

À ses noms, nous devinons ses origines espagnoles et italiennes. Lorenzo est un polyglotte passionné de sport : le journalisme par vocation et l’événementiel par adoration sont ses deux jambes. Son ambition est de couvrir les plus grands événements sportifs (J.O. et Mondiaux). Il s’intéresse à la situation du padel en France, et offre des perspectives pour un développement optimal.