Grande jeune femme de bientôt 30 ans, Kateryna Yegoreychenko semble déjà avoir eu plusieurs vies. Cette Ukrainienne a vécu dans trois pays et pratiqué trois sports en compétition : le tennis, le beach-tennis et le padel. Aujourd’hui réfugiée à Barcelone, elle a dû fuir l’Ukraine en guerre, mais continue à s’adonner à ses passions, en véritable ambassadrice sportive de son pays martyr.

Dix médecins lui disent qu’elle ne pourra plus jamais jouer au tennis

Padel Magazine : Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre carrière sportive ?

Kateryna Yegoreychenko : Je m’appelle Kateryna ! J’ai presque 30 ans. J’ai vécu dans trois pays (l’Ukraine, les États-Unis et l’Espagne). J’ai déménagé huit fois dans ma vie, mais j’aime ça. J’ai voyagé dans plus de 20 pays, je dirais. Je me considère comme une personne très chanceuse, car j’ai pu rencontrer des gens incroyables dans le monde entier, et je continuer à découvrir tous les jours. On me décrit souvent comme une fonceuse, toujours positive. J’aime voyager, sourire et enthousiasmer. 

Je joue au tennis depuis l’âge de 6 ans. À 15 ans, j’ai eu la chance d’aller m’entraîner aux États-Unis. C’est une opportunité que j’ai saisie. Mais à 16 ans et demi, je suis revenue avec des béquilles. Dix médecins m’ont dit que je ne pourrais plus jamais jouer au tennis. J’ai décidé de me faire opérer et de voir. Heureusement, neuf mois plus tard, j’ai pu revenir sur les courts de tennis. J’ai participé à quelques tournois, et j’ai reçu une offre pour étudier dans une université américaine avec une bourse complète pour jouer au tennis. Une fois diplômée, j’ai commencé à travailler dans des entreprises de marketing, tout en étant entraîneur de tennis.

Kateryna joue le plus souvent au padel avec des hommes.

Fuir la guerre

PM : La guerre vous a obligée à fuir votre pays. Que s’est-il passé et comment avez-vous trouvé un refuge ?

K.Y. : Quand la guerre a commencé, tout ce que j’avais en tête, c’était de mettre ma famille à l’abri le plus vite possible ! Il y a eu quatre nuits sans sommeil, très froides, beaucoup de choses folles sur le chemin, mais nous avons pu rallier la frontière polonaise. J’ai passé dix jours à Varsovie à travailler et à faire du bénévolat, tout en cherchant où aller ensuite. J’ai trouvé grâce au tennis et à une organisation espagnole étonnante – educatennis, qui m’a m’a permis de découvrir l’académie de tennis RCTB, à Barcelone. Ils ont proposé d’entraîner ma sœur, ainsi que 12 enfants ukrainiens, ce qui est absolument incroyable. Cette académie les aide à s’accomplir comme joueurs de tennis et comme personnes en général.

L’un des principaux entraîneurs, Mark, a eu l’idée d’aider les Ukrainiens, et cela de nombreuses façons. Ils ont envoyé des bus à la frontière ukrainienne, et ont récupéré des centaines de personnes, tout en envoyant toute l’aide médicale, alimentaire et autre nécessaire. En fait, j’ai eu beaucoup de chance ! Grâce à cette organisation, nous avons rencontré une famille exceptionnelle qui nous a accueillis et nous soutient toujours. Ils nous traitent comme une famille, et c’est incroyable à quel point ils sont gentils et attentionnés ! En fait, ce sont nos anges gardiens !

PM : Espérez-vous retourner en Ukraine ? Comment voyez-vous l’avenir ?

K.Y. : J’espère que j’aurai la possibilité de rentrer à la maison en toute sécurité, surtout pour ma famille. J’espère que ma famille restée en Ukraine peut être totalement en sécurité et ne plus avoir à passer une ou deux heures par jour sur internet pour m’assurer que tout le monde va bien. Je veux pouvoir vivre dans une ville où les sirènes ne sonnent pas et m’y sentir en sécurité. Je veux voyager dans tout mon pays comme j’ai aimé le faire. Je veux que les gens autour de moi soient heureux et ne craignent pas le pire à chaque instant.

N’importe quel Ukrainien à qui vous parlez en ce moment, vous dira que son avenir se résume aux deux jours qui suivent. Même si on a un but dans la vie, planifier pour plus d’une semaine est presque impossible. C’est aussi mon cas. J’ai quelques objectifs, que je veux atteindre, mais certainement pas de plan à long terme.

Numéro 1 de padel en Ukraine

PM : En Ukraine, vous avez joué au padel et vous étiez numéro 1 ? Comment cela s’est-il passé ? Est-ce que vous jouez toujours ? Essayez-vous de jouer en Espagne ?

K.Y. : Absolument, j’adore ce sport ! C’est un grand défi pour moi depuis le début, et j’ai encore tellement à apprendre. Quand, je suis rentrée des USA, il y avait très peu de clubs de padel en Ukraine. J’étais à peu près la seule fille qui jouait, alors j’ai commencé à jouer avec des garçons. Ensuite, de plus en plus de gens ont commencé à jouer, mais je jouais contre des garçons trois à quatre fois par semaine, donc je me suis améliorée. Les mecs ne jouaient pas avec moi comme avec une fille, ils frappaient de la même façon : ce n’est pas très gentleman, mais le sport c’est le sport. Un an plus tard, j’étais numéro 1 en Ukraine au classement féminin, et numéro 9 chez les messieurs. On m’a permis de jouer avec des hommes, car avec les filles, je m’ennuyais.

Jouer au padel, c’est presque la première chose que j’ai faite en arrivant en Espagne. C’était presque un rêve. Et ici aussi, je joue uniquement avec des hommes. Je ne joue pas en pro en ce moment, car je suis concentrée sur mon objectif d’atteindre le Top 100 en beach-tennis. Je suis actuellement 117e, donc très proche de mon objectif. En attendant, j’ai gagné deux tournois de padel mixte. Je voudrais vraiment trouver une partenaire de mon niveau et essayer de jouer contre les filles à haut niveau.

Le Top 100 de beach-tennis en ligne de mire

PM : Vous êtes aussi championne de beach-tennis. Pourquoi vous êtes-vous lancée dans ce sport ?

K.Y. : Le beach-tennis est un sport que j’ai découvert à Miami, quand j’y vivais. Je me suis beaucoup intéressée à ce sport au point d’en tomber amoureuse. Ça peut sembler plus facile, mais allez courir sur le sable pendant quelques heures, en faisant des sprints, et on en reparlera. D’abord, je jouais juste pour le plaisir, et puis je suis devenue le top 20 du classement mondial « advanced ».  J’ai alors joué quelques tournois pro et j’ai vu que j’avais toutes les chances de bien jouer. Mais la vie a fait que je suis retournée en Ukraine.

J’ai alors rencontré des personnes extraordinaires, qui ont commencé à travailler à la diffusion du beach-tennis en Ukraine, où une fédération a été créée. Je suis alors devenue entraîneur national. Aujourd’hui, nous avons un groupe de joueurs et joueuses de beach-tennis exceptionnel.

Avant la guerre, moi et ma partenaire de beach-tennis avions déjà prévu de jouer des tournois, et de voir ce que nous pouvions faire.

Lorsque la guerre a commencé, moi et ma partenaire de beach-tennis nous trouvions en Europe, où se déroule la majorité des tournois. Nous avons décidé de porter haut les couleurs de notre pays en concourant sous le drapeau ukrainien, pour continuer à rappeler au monde que nous avons vraiment besoin d’aide et de soutien ! Sans l’aide du monde entier en ce moment, ce serait très difficile ! C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants envers tous ceux qui nous aident de quelque manière que ce soit !

jérome arnoux journliaste

Après 40 ans de tennis, Jérôme tombe dans la marmite du padel en 2018. Depuis, il y pense tous les matins en se rasant… mais ne se rase jamais pala en main ! Journaliste en Alsace, il n’a d’autre ambition que de partager sa passion avec vous, que vous parliez français, italien, espagnol ou anglais.

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