L’entraineur andalou José Solano a accordé à Padel Magazine un large entretien depuis Malaga. Il s’exprime sur son académie, ses joueurs, le padel français, et nous livre de superbes réflexions sur l’évolution du padel.

“Papa, je veux être champion du monde de padel”

Lorenzo Lecci López: Comment va l’académie en Andalousie ? Raconte-moi l’histoire et l’actualité de ton académie.

José Solano: “Nous avons débuté il y a de ça 11 ans avec un style d’académie qui ressemble à une académie de tennis. C’était surtout du travail physique, mental et tactique.”
“Tout a débuté avec José mon fils qui m’a dit à huit ans « je veux être champion du monde de padel». L’histoire a débuté là.”

“Le padel a beaucoup évolué dans les dernières années. Avant, seulement les séniors jouaient. Nous sommes pionniers dans le fait que nous avons initié les jeunes et les mineurs au padel. Nous avons grandi avec les mineurs jusqu’aujourd’hui, et nous sommes 100 % consacrés aux mineurs, et aux joueurs du WPT. Nous travaillons avec des jeunes pour qu’ils atteignent le WPT. Nos élèves travaillent 3 ou 4 heures tous les jours de la semaine. Maintenant il faut être beaucoup plus centré sur le padel, surtout sur le travail physique qui représente 60 à 70 % du travail.”

José Solano jr en pleine éclosion

Lorenzo Lecci López: Ton fils a atteint ses premiers huitièmes de finale sur le WPT la semaine dernière. Cela doit être une sensation particulière pour un père, raconte-nous tes émotions. Jusqu’où le vois-tu arriver ?

José Solano: “La génération de José avec Javi Garrido, Momo Gonzalez… On est face à un groupe de jeunes qui a grandi ensemble. José, par rapport aux qualités physiques qu’il a, a besoin d’une partenaire qui soit capable de frapper fort, car il se définit comme quelqu’un de facilement passable, car il est petit en taille. Lorsqu’il est avec un joueur qui frappe bien la balle en haut, comme Jaime Menendez, alors les résultats peuvent arriver. Au lieu de se faire passer 20 fois, il se fera passer 10 fois. De plus ce garçon lui a donné beaucoup de liberté. Avec Jaime la connexion a été bonne depuis le premier instant, et il a pu être le meneur des matchs. Finalement tout s’est aligné pour qu’ils arrivent jusqu’aux huitièmes de finale.”

“Au niveau personnel, tu imagines bien. Je sais les qualités qu’il a, je sais à quel point il travaille, et je sais que les résultats vont arriver.”

José Solano fils lors de son 1/8ème de finale à l’Alicante Open du WPT

“Leur langue maternelle est le padel”

“Mais maintenant, le niveau de padel est très élevé. Avant les jeunes jouaient seulement deux compétitions par mois, et maintenant ils en jouent tous 4, soit une chaque semaine. Il y a deux générations, d’une part, celle de Galan, et Lebron, et d’autre part celle d’aujourd’hui avec Momo Gonzalez, Garrido, Solano… Ce sont des générations qui sont arrivées avec beaucoup de savoir concernant le padel. Ce sont des jeunes qui ne connaissent que le padel.”
“Lorsque les Argentins sont arrivés, il y avait surtout des joueurs de tennis ici. Et eux connaissaient le padel depuis tous petits. Maintenant ici, nous avons des enfants que je connais depuis qu’ils ont cinq ou six ans, et qui ont toujours joué au padel. Leur langue maternelle est le padel. Et on le remarque beaucoup, surtout au niveau des compétitions en Espagne. Les championnats de mineurs sont impressionnants. Ils sont super bien organisés, les mineurs voyagent chaque semaine à travers toute l’Espagne. Il y a deux mondiaux, notre académie a gagné quatre finales sur cinq. Les enfants aujourd’hui, naissent avec la raquette dans la main et on le remarque vraiment sur le WPT.

Coquito jugador Cartri

Le petit “Coquito”, l’un des jeunes joueurs les plus prometteurs

“Dans 4 ans il y aura beaucoup de Français sur le WPT”

Lorenzo Lecci López: Comment vois-tu le développement du padel français ?

José Solano: “Cela fait des années que je suis le padel français, et il a beaucoup évolué. Avant, lorsqu’un Espagnol jouait contre un Français, nous connaissions déjà le résultat avant même que le match ne commence. Maintenant, il y a un groupe de Français qui jouent vraiment très bien. Il y a aussi un groupe de jeunes qui vont bientôt arriver, et qui joueront très bien sur le circuit dans quatre ou cinq ans.”
“Nous pouvons remarquer que le niveau s’améliore de jour en jour. Les Français jouent de plus en plus de tournois en Espagne, au Portugal. On peut les voir dans des académies espagnoles. Les académies espagnoles ne sont pas meilleures que les académies d’autres pays, la différence réside dans le fait qu’il y a plus de très bons joueurs dans les académies espagnoles. Tu peux t’entraîner en France et avoir un très bon niveau de padel, mais la concurrence que tu auras en Espagne ne sera pas la même. Dans notre académie par exemple, nous avons 7 paires de jeunes sur le WPT entres preprevia, previa et le tableau principal.”

“Brandon Sfez a une très bonne main”

Lorenzo Lecci López: Tu entraînes actuellement le Français Brandon Sfez. Penses-tu qu’il a des chances d’arriver au prévia, ou au tableaux principaux dans les prochaines années ?

José Solano: “Brandon est un joueur qui a beaucoup de padel. C’est un gamin avec beaucoup de possibilités d’aller loin. Il a malheureusement un problème physique au pied, mais comme on dit ici, il a une très bonne main. Il a un niveau de padel très très élevé. De plus, en ce moment, il met beaucoup d’envie. Il s’entraîne trois ou quatre heures tous les jours et on remarque bien qu’il progresse beaucoup.”

Brandon ethan sfez world padel tour menorque

Brandon Sfez lors du Menorca Open du WPT

“Béa Gonzalez a fait le bon choix”

Lorenzo Lecci López: Parlons de Béa Gonzalez. Comment vois-tu son changement de partenaire ?

José Solano: “J’entraînais Béa depuis qu’elle a 10 ans jusqu’à ce qu’elle s’en aille à Madrid l’année passée. Béa est une fille avec des qualités compétitives impressionnantes. C’est aussi une superbe personne. Elle a beaucoup de talent pour la compétition, elle l’a prouvé depuis son plus jeune âge. Elle a toujours joué dans les catégories supérieures.”

Je pense qu’elle va bénéficier du changement de paire, car elle est encore très jeune, et je pense que cette joueuse va lui mettre moins de pression. Béa est encore en progression. Il lui reste encore deux ou trois années pour qu’elle puisse être régulièrement en finale ou en demi-finale. Elle a besoin d’une joueuse qui lui permette de jouer son propre jeu, et qu’elle ne sente pas tant de pression.”

Bea Gonzalez Paula Josemaria

Bea Gonzalez et sa nouvelle partenaire, Paula Josemaria

“Momo Gonzalez est le plus grand talent”

Lorenzo Lecci López: Peux-tu me dire le joueur le plus talentueux que tu aies entraîné ? Et le plus travailleur ?

José Solano: “Tu sais beaucoup de joueurs sont passés ici. Le plus talentueux je pourrais peut-être te dire Momo Gonzalez.
“Des plus travailleurs, Garrido était un grand travailleur. Par exemple c’était un jeune qui pouvait s’entraîner huit heures chaque jour, et il en voulait encore plus. Mais dans cette lignée, il y en avait aussi beaucoup. Ce groupe de jeunes s’est réuni parce qu’ils avaient tout faim. Avant, quand il n’y avait pas d’académies définies, les jeunes formaient des groupes pour s’entraîner. Ils se réunissaient et s’entrainaient ensemble tout l’été. Je ne pense pas qu’il y ait une génération aussi pure que la précédente. Ils avaient tellement faim de Word Padel Tour qu’ils dévoraient le padel, le terrain et les tournois pour atteindre le WPT.”
“Maintenant, c’est plutôt une formation individuelle. Je pense que maintenant, soit parce qu’ils voient qu’il est très difficile d’atteindre le WPT, soit parce que les groupes sont plus petits, je ne vois pas autant de très bons joueurs dans les mineurs, qu’il y a deux ou trois ans.”

Cartri, une marque de premier rang

Lorenzo Lecci López: Comment a débuté le projet Cartri ? Quelles relations entretiens-tu avec la marque ?

José Solano: “Tout a commencé lorsque la marque a démarré dans le padel il y a cinq ans. Je connais très bien Antonio Martins, et je dis qu’il est pratiquement comme mon frère. C’est une marque à laquelle je me sens totalement identifié. Maintenant, la pandémie est arrivée, mais nous étions dans le meilleur moment depuis que la marque s’est lancée. Il y a beaucoup de joueurs qui, avec notre équipement, sont en première ligne, et nous ne sommes pas une multinationale.”

“Antonio fait tout avec le cœur, et a beaucoup de mérite. Le matériel de première qualité et au niveau du textile, le numéro un au monde. Antonio est très proche de tout le monde, et c’est quelque chose de différent des autres marques. Antonio est au bord du court avec tous les joueurs. Il leur parle constamment via WhatsApp. Cette proximité est très perceptible. L’évolution a été positive, et nous pouvons désormais rivaliser avec n’importe quelle autre marque. ”

José Solano fils Antonio Martins José Solano

Antonio Martins, PDG de Cartri, entre José Solano père et fils

La vie d’une académie malgré les restrictions

Lorenzo Lecci López: Comment t’es-tu adapté aux restrictions du coronavirus ?

José Solano: “Jusqu’à aujourd’hui, nous avons été assez libres à Malaga. L’été, de nombreuses personnes venaient du Chili, du Mexique, des États-Unis, du Portugal et cette année ils n’ont pas pu venir. Nous avons été beaucoup plus avec la population nationale. J’aime beaucoup lorsque l’on s’enrichit avec d’autres écoles d’autres pays, parce que les enfants qui viennent et qui s’entraînent pendant sept ou huit heures sont des enfants qui rêvent de padel. Dans notre académie, un enfant ne vient pas car il veut jouer au padel. Ce sont ceux qui veulent atteindre le WPT qui viennent: c’est la différence.”

“Le padel, c’est comme le français”

“C’est comme une langue. Si vous étudiez le français pendant deux heures, vous ne parlerez pas très bien. Mais si vous habitez en France et que vous parlez huit heures par jour, alors en peu de temps vous parlerez très bien le français. Le padel est une question d’heures. J’ai vu des enfants qui n’avaient pas de qualités et qui se sont réveillés avec les compétitions et au final qui jouent très bien. Et j’ai aussi vu des enfants très talentueux qui au bout d’un moment ont décidé qu’ils ne voulaient pas continuer la compétition. En fin de compte, il faut unir les deux choses: le talent et l’envie de s’entraîner et de rivaliser.
“Je parle toujours d’espoir, car tant qu’il y aura de l’espoir, vous continuerez à vous entraîner et à jouer et vous chercherez à atteindre votre objectif. A partir du moment où vous n’avez plus cet optimisme, vous ne vous entraînez plus avec le même désir, la même intensité et les mêmes rêves. ”

“Le World Padel Tour donne une impulsion importante”

Lorenzo Lecci López: Comment vois-tu le développement du WPT ?

José Solano:Le World Padel Tour est une entreprise privée qui essaie de vendre le meilleur padel du monde. Il y a points positifs et des points négatifs. Par exemple, les points positifs: cette entreprise permet que dans les pires moments, vous puissiez continuer à voir du padel de haut niveau. Ils maintiennent le Tour avec toutes les limitations qui existent. Sans public, avec la difficulté de la mobilité, il est vrai que le WPT donne une impulsion assez importante. “
“Pour moi, c’est très positif qu’ils jouent tous sur le même type de surface depuis les pré-previas. Toute l’année à Madrid, tout le monde a joué sur la même surface. Cela me semble bien car au final, le joueur doit apprendre à s’adapter au terrain. Le WPT met tout en œuvre pour continuer à maintenir le plus haut niveau de padel au monde. ”

Lorenzo Lecci López

À ses noms, nous devinons ses origines espagnoles et italiennes. Lorenzo est un polyglotte passionné de sport : le journalisme par vocation et l’événementiel par adoration sont ses deux jambes. Son ambition est de couvrir les plus grands événements sportifs (J.O. et Mondiaux). Il s’intéresse à la situation du padel en France, et offre des perspectives pour un développement optimal.