À Yaoundé, au Cameroun, l’ancien numéro 22 mondial Hicham Arazi a vécu une expérience totalement atypique. Invité dans le cadre d’un défi physique mené par Paul Atanga Nji, qui tentait une entrée au Guinness World Records après plusieurs heures de tennis disputées sous plus de 30 degrés, le Marocain s’est confié longuement sur sa carrière, sa vision du tennis moderne, la génération marocaine actuelle, mais aussi les difficultés mentales du circuit professionnel.
Dans une ambiance à la fois conviviale et intense, l’ancien joueur marocain a alterné anecdotes, analyses techniques et confidences plus personnelles sur la solitude du circuit ATP, les voyages incessants, la frustration de la défaite et l’évolution du tennis moderne.
« Jouer avec un ministre dans ces conditions, c’était unique »
Franck Binisti: Hicham, on ne le voit peut-être pas à l’image, mais tu sembles fatigué…
Hicham Arazi : Oui, il faisait vraiment très chaud. Plus de 30 degrés, en plein soleil. Ce n’était pas évident physiquement. Mais franchement, c’était une expérience magnifique. Jouer contre Monsieur le Ministre, Paul Atanga Nji, c’était vraiment amusant. Il a un excellent état d’esprit, il est passionné de tennis comme nous tous. Et surtout, il se donne à fond.
Ce que j’ai aimé, c’est qu’il faisait aussi le show. Tout ce que j’aime dans le tennis exhibition. Franchement, c’était top.
Le premier jour, il fait trois sets avec Cédric Pioline. Et attention, au meilleur des cinq manches, pas au meilleur des trois.
Ensuite, il enchaîne trois sets avec Younes El Aynaoui. Puis encore trois sets avec un jeune joueur camerounais.
Franchement, bravo à lui.

FB: Tu avais déjà vécu des événements similaires avec des responsables politiques ?
Hicham Arazi : Non, jamais. C’était une première pour moi. Première fois au Cameroun aussi, à Yaoundé. Et honnêtement, c’est une superbe expérience.
On a plus souvent l’habitude de voir les politiciens derrière un bureau, en costume-cravate. Là, voir un ministre de l’Intérieur qui adore le tennis, qui se lance un défi physique aussi important, c’est différent.
Le premier jour, il a joué plus de quatre heures. Aujourd’hui encore, il a dépassé les trois heures. On verra si le Guinness World Records officialise tout ça, mais franchement, c’est impressionnant.
Et puis il ne s’agissait pas uniquement de jouer. Après notre match, il y avait aussi cette volonté symbolique d’apporter de l’eau. Il y avait une dimension humaine derrière tout ça.
Je pense sincèrement que ce serait bien de voir ça dans d’autres pays et dans d’autres sports. Voir des responsables politiques autrement, les voir pratiquer du sport, partager un moment avec des athlètes, ça peut aussi participer au développement du sport.
Ce qui était incroyable aussi, c’est de retrouver toutes ces figures du tennis. Yannick Noah, Cédric Pioline, Younes El Aynaoui… Ce sont des joueurs qui ont marqué mon parcours.
« Cédric Pioline m’a empêché d’aller en demi-finale ! »
Dans une ambiance détendue, Hicham Arazi est revenu avec humour sur un vieux souvenir avec Cédric Pioline.
Hicham Arazi : On en a reparlé ici au Cameroun… Ce salaud m’avait empêché de me qualifier en demi-finale ! (rires)
L’hommage à Yahiya Doumbia : « Personne ne l’avait vu venir »
L’entretien a ensuite dérivé sur Yahiya Doumbia, ancien joueur spectaculaire du circuit ATP.
Hicham Arazi : J’adorais le regarder jouer. Quand il avait remporté Lyon en sortant des qualifications, ça m’avait marqué. Je n’étais pas encore sur le circuit professionnel, mais je regardais tous les tournois à la télévision en France.
Je n’ai jamais raté sa finale à Lyon ni son titre à Bordeaux l’année suivante.
Il était au-delà de la 400e place mondiale. Personne ne le connaissait vraiment. Et pourtant, il gagne un match, puis un autre… Et il va jusqu’au bout.
C’est extrêmement rare de voir un joueur issu des qualifications remporter un tournoi ATP. Et lui, il l’a fait deux fois.
Je l’appelais “Monsieur Précision”. Toute notre génération le surnommait comme ça. C’était un joueur extrêmement précis, très agréable à regarder.

« Moi, j’aimais le tennis créatif »
Interrogé sur son propre style de jeu, Hicham Arazi est revenu sur ce qui l’a toujours animé.
Hicham Arazi : J’aime le tennis quand il est créatif. Pour moi, ça reste un jeu. Bien sûr, sur le circuit, il y a énormément de frustration parce qu’on veut toujours gagner davantage. Mais quand je rentrais sur le terrain, même frustré, j’aimais profondément ce sport et tout ce qu’il représente.


« Le plus dur, : les voyages et on perd presque toutes les semaines »
L’ancien Marocain évoque ensuite les difficultés psychologiques du très haut niveau.
Hicham Arazi : Le plus compliqué, ce n’était pas forcément les matchs. C’était la défaite.
Perdre, rentrer à l’hôtel, faire les bagages, reprendre l’avion pour le tournoi suivant… C’est ça la vraie difficulté du tennis professionnel.
On voyageait près de 40 semaines par an entre les tournois ATP et la Coupe Davis. À la longue, c’était lourd.
Dans le tennis, à part les tout meilleurs comme Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Andy Murray, Andre Agassi ou Pete Sampras, on perd presque toutes les semaines.
Mentalement, il faut constamment reconstruire la confiance.
« La solitude du joueur est réelle »
Question : Tu semblais souvent seul sur le circuit ?
Hicham Arazi : Oui et non. Aujourd’hui, beaucoup de joueurs sont entourés. À mon époque, c’était différent.
Ma vraie famille sur le circuit, c’était Younes El Aynaoui et Karim Alami. C’étaient comme mes grands frères.
« Jouer contre son frère, ce n’est pas fun »
Hicham Arazi : Quand on affronte quelqu’un qu’on considère comme un frère, il y a toujours une dimension émotionnelle qui perturbe le match.
Même quand on gagne, la sensation est différente. Ça ne procure pas le même plaisir.
“Le public marocain est un peu orphelin”
Depuis un an, Arazi est devenu capitaine de l’équipe marocaine de Coupe Davis.
Hicham Arazi : C’est une superbe expérience. Il y a des jeunes motivés, passionnés, qui ont faim d’apprendre.
Je suis souvent en contact avec eux en dehors des rassemblements. On échange énormément.
Le public marocain est un peu orphelin depuis notre génération. On espère voir arriver de nouveaux grands joueurs.
On a un joueur de 18 ans autour de la 700e place mondiale, un autre de 19 ans autour de la 500e place. Mais pour moi, ce n’est qu’une question de temps.

« Le physique est devenu la base du tennis moderne »
Arazi estime que le tennis a énormément évolué physiquement.
Hicham Arazi : Aujourd’hui, les joueurs sont de vrais athlètes. Ils sont puissants, très solides physiquement.
La base désormais, c’est le physique.
Notre génération savait tout faire techniquement : slicer, chipper, monter à contretemps, varier les trajectoires, surprendre tactiquement.
La génération suivante était beaucoup plus axée sur le physique.
Carlos Alcaraz, symbole du tennis du futur
Pour Hicham Arazi, le phénomène espagnol représente parfaitement l’évolution positive du tennis moderne.
Hicham Arazi : Après la génération Djokovic, Nadal, Federer, je pensais qu’on allait revenir vers davantage de créativité. Et celui qui a amené ça, c’est Carlos Alcaraz.
Il sait tout faire : amorties, montées au filet, service-volée, variations, puissance… Il possède l’ancien tennis avec les qualités physiques modernes.
Je pense sincèrement que le tennis du futur ira dans cette direction. Et honnêtement, ce sera magnifique pour le public.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.


























































































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