Avant de devenir l’un des premiers joueurs africains à remporter un tournoi ATP en partant au-delà de la 400e place mondiale, Yahiya Doumbia a longtemps dû avancer seul sur le circuit professionnel. Sans structure comparable aux grandes nations du tennis, sans groupe d’entraînement permanent et avec des blessures qui ont freiné sa progression, l’ancien joueur sénégalais garde pourtant le souvenir d’une aventure unique, marquée notamment par ses titres à Lyon et Bordeaux.
Présent au Yaoundé lors d’un événement organisé autour du défi physique du ministre camerounais de l’Intérieur Paul Atanga Nji, l’ancien 73e joueur mondial est revenu avec franchise sur sa carrière, ses blessures, sa solitude sur le circuit et cette fameuse semaine lyonnaise qui a marqué l’histoire du tennis africain.
Une deuxième participation au Cameroun
L’ancien joueur sénégalais connaissait déjà l’événement organisé autour de Paul Atanga Nji.
Yahiya Doumbia : C’est la deuxième fois que je viens. Il y a quatre ans déjà, on était là avec Yannick Noah, Tarik Benhabiles, Loïc Courteau…
À l’époque, on pensait que le record avait été validé. Cette fois, il l’a officiellement réussi, donc on est contents pour lui.

Les débuts grâce à son oncle
L’histoire de Yahiya Doumbia avec le tennis débute au Sénégal.
Yahiya Doumbia : Mon oncle était directeur technique de la Fédération sénégalaise de tennis. Il a pris ses enfants et ses neveux pour constituer un groupe autour de lui.
Très vite, on est devenus les meilleurs joueurs du Sénégal, garçons et filles.
Ensuite, j’ai gagné les championnats d’Afrique avant de passer professionnel.
« Être Africain sur le circuit, c’était plus compliqué »
L’ancien joueur explique ensuite les difficultés rencontrées à l’époque.
Yahiya Doumbia : Oui, clairement, c’était plus compliqué.
D’abord parce qu’on n’avait pas les structures ni l’entraînement qu’avaient les Européens ou les Américains. On s’en rend compte quand on commence à voyager.
Yahiya Doumbia : Les Français voyageaient ensemble, les Espagnols ensemble, les Suédois ensemble.
Moi, j’étais souvent seul parce qu’il n’y avait quasiment pas d’autres joueurs africains sur le circuit à cette époque-là.
Le Sénégalais a tout de même connu une expérience importante en France.
Yahiya Doumbia : Quand j’ai quitté le Sénégal, je suis venu m’entraîner un an à Roland-Garros.
Il y avait Guy Forget, François Jauffret, Vino Grassi… il y avait un vrai groupe.
Ensuite, je suis parti quatre ans à l’université aux États-Unis avant de devenir professionnel.

« À Lyon, personne ne me connaissait »
Impossible évidemment d’éviter le fameux tournoi ATP de Lyon.
À l’époque classé autour de la 450e place mondiale, Yahiya Doumbia remporte le tournoi après être sorti des qualifications.
Yahiya Doumbia : Oui, clairement, il y a eu un avant et un après Lyon.
Je revenais des États-Unis, j’avais décidé de faire quelques tournois pendant l’été… et finalement je gagne mon premier tournoi ATP.
À l’époque, personne n’avait remporté un tournoi ATP avec un classement aussi bas.
J’étais 453e ou 454e mondial. Ensuite, le record a été battu, mais moi je l’ai fait deux fois avec Lyon puis Bordeaux.
« Les joueurs voulaient tous savoir qui j’étais »
Yahiya Doumbia : Après Lyon, beaucoup de joueurs venaient me féliciter.
Même les meilleurs joueurs du monde voulaient savoir qui j’étais, d’où je venais, comment je jouais.
Forcément, ça change totalement les relations avec les autres joueurs.
L’ancien joueur sénégalais affirme pourtant ne pas avoir été surpris par son parcours.
Yahiya Doumbia : Je n’étais pas surpris parce que je savais le niveau que j’avais.
J’avais peu joué auparavant, donc mon classement ne reflétait pas forcément mon niveau réel.


« Je n’ai jamais eu peur sur un terrain »
Yahiya Doumbia : Quand je rentre sur un terrain, je n’ai jamais peur.
Je joue pour gagner. Si le joueur est meilleur, bravo à lui. Mais je n’ai jamais eu cette peur de perdre.
Lors de son parcours à Lyon, Yahiya Doumbia élimine notamment Andrei Chesnokov.
Yahiya Doumbia : Je bats Chesnokov au premier tour alors qu’il était dans le top 10 mondial.
Ensuite, je me suis senti bien et j’ai simplement développé mon jeu.
Yahiya Doumbia : Beaucoup de joueurs font un exploit puis retombent derrière parce qu’ils restent dans l’euphorie.
Moi, je suis resté très calme tout au long de la semaine.
Pourquoi il n’a jamais intégré durablement le top 50
Malgré ses performances, Yahiya Doumbia ne dépassera jamais la 73e place mondiale.
La raison principale : les blessures.
Yahiya Doumbia : Après ma meilleure saison, je me suis blessé au bras.
Je n’ai pas pu toucher une raquette pendant pratiquement huit mois.
À l’époque, je n’avais pas de vraie structure médicale autour de moi.
« Tout ce que je gagnais repartait dans les voyages »
Yahiya Doumbia : Contrairement à certains joueurs français, je n’avais pas de structure médicale prête à m’aider.
Tout ce que je gagnais repartait dans les voyages et les soins.
Quelques années plus tard, nouvelle énorme difficulté.
Yahiya Doumbia : Après un Challenger gagné au Brésil, je me suis réveillé avec une vision trouble.
Je voyais double dès que je faisais un effort.


« Je voyais deux balles »
Yahiya Doumbia : Je voyais deux personnes, deux balles.
Les médecins expliquaient ça par la fatigue, les voyages et une mauvaise récupération.
Ma paupière s’était affaissée et je n’arrivais plus à contrôler correctement mon œil.
Yahiya Doumbia : Ça a duré un an et demi avant que tout redevienne normal.
Au final, sur toute ma carrière, j’ai réellement été à 100 % pendant cinq ans.
Yahiya Doumbia : Oui, parce que je pense que j’aurais pu faire davantage sans toutes ces blessures.
Une vie toujours tournée vers le tennis
Aujourd’hui installé du côté de Mulhouse, Yahiya Doumbia continue d’enseigner le tennis.
Yahiya Doumbia : Je suis entraîneur. Je travaille avec les jeunes, les adultes et aussi beaucoup en cours privés.
Je joue encore tous les jours, même si je n’ai évidemment plus le physique d’avant.
Amusé par le défi lancé par le ministre camerounais, l’ancien joueur promet déjà de revenir mieux préparé.
Yahiya Doumbia : Il m’a prévenu seulement deux jours avant parce qu’il voulait nous battre.
Mais maintenant, quand je vais rentrer à Mulhouse, je vais reprendre directement la salle et l’entraînement.
Le padel ? « Mon sport de cœur restera le tennis »
Malgré l’explosion du padel, Yahiya Doumbia reste avant tout amoureux de la petite balle jaune.
Yahiya Doumbia : J’irai jouer au padel de temps en temps, mais mon sport de cœur restera toujours le tennis.
Avant de conclure, l’ancien joueur sénégalais a tenu à saluer une nouvelle fois la performance physique réalisée au Cameroun.
Yahiya Doumbia : Nous, les joueurs de tennis, on sait à quel point ce qu’il a fait est difficile.
Nous, on boit à chaque changement de côté, on mange, on s’assoit… Lui a tenu plus de quatre heures dans cette chaleur.
Franchement, bravo à lui.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.





































































































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