Perdre un match ne signifie pas avoir été dominé. La finale opposant Galán / Chingotto à Tapia / Coello aux Finals de Barcelone, conclue sur un score extrêmement serré (6/7 6/3 7/6), en est l’illustration parfaite. Car à la lecture approfondie des statistiques des trois sets grace à “Padel Intelligence”, une réalité s’impose : Alejandro Galán a été le joueur le plus influent du match et du tournoi, malgré la défaite finale.
Une performance qui s’inscrit dans une seconde partie de saison remarquable, au point de poser aujourd’hui une question légitime : Galán n’est-il pas, actuellement, le meilleur joueur du monde ?
Galan : le joueur qui tente et qui réussit le plus
Sur l’ensemble des trois sets, Alejandro Galán termine avec 48 points gagnants, soit le total le plus élevé de la rencontre, devant Coello (36) et Tapia (35). Il est également le joueur qui tente le plus, avec 35 smashes, pour 26 smashes gagnants, confirmant son rôle central dans la prise d’initiative offensive.
Son ratio points gagnants / fautes directes est particulièrement révélateur : 48 points gagnants pour seulement 12 fautes directes, un équilibre rare à ce niveau lorsque le volume de jeu est aussi élevé. À titre de comparaison, Chingotto commet 20 fautes directes, et Coello 10, avec un impact bien moindre dans les temps forts.
Au-delà des chiffres bruts, les données de contribution cumulée (PI – Player Contribution Index) montrent une courbe très claire : Galán est le joueur qui influence le plus le match sur la durée. Sa progression est constante, sans trou d’air majeur, y compris dans les moments où son équipe est sous pression.
Dans les trois sets, lorsque Galán élève son niveau, le rapport de force bascule immédiatement. Il dicte le rythme, impose la diagonale, ouvre le jeu au smash ou au vibora, et oblige Tapia / Coello à adapter leur positionnement.
Même dans le troisième set, pourtant perdu, Galán et Chingotto remportent plus de points (44) que leurs adversaires (43). Une statistique rare dans un set décisif, qui illustre à quel point la défaite se joue sur des détails, et non sur une domination adverse.
Là où le match bascule, c’est sur la gestion des balles de break. Sur l’ensemble de la rencontre, Galán / Chingotto obtiennent 11 balles de break, pour seulement 2 converties, contre 3 sur 13 pour Tapia / Coello.
Cette différence ne remet pas en cause la performance de Galán, mais souligne un élément clé : l’efficacité collective dans les moments clés, plus que la domination individuelle, décide de l’issue du match.
C’est précisément ce qui rend sa désignation comme MVP légitime : Galán fait tout pour gagner, crée plus d’occasions, pèse plus lourd, mais ne peut pas tout contrôler seul.

Chingotto le vecteur discret
Contrairement à certaines idées reçues, Galán n’a pas “passé un cap” en opposition à son partenaire. Bien au contraire. Le travail silencieux de Federico Chingotto est un élément central de cette montée en puissance.
La présence de Chingotto rassure Galán, stabilise derrière et lui permet de jouer plus libéré, plus offensif, sans avoir à surcompenser. Cette complémentarité est visible dans les chiffres : lorsque Galán accélère, Chingotto absorbe, couvre et prolonge l’échange.
Ce duo, souvent résumé de manière caricaturale, fonctionne en réalité sur une confiance mutuelle forte, qui permet à Galán d’exprimer le meilleur padel de sa carrière, à l’image de cette finale où il assume pleinement son rôle de leader offensif.
Galan, parfois rattrapé par son démon
Même dans une performance de très haut niveau, un axe de progression demeure. Galán reste un joueur parfois trop émotionnel, et certaines frustrations visibles peuvent parfois transparaître sur la piste.
Sans jamais rompre l’équilibre du duo, ces moments peuvent envoyer des signaux aux adversaires, légèrement perturber son partenaire et casser ponctuellement la dynamique collective.
Mais cette lecture mérite d’être nuancée. Vivre le match, montrer ses émotions, fait aussi partie de l’ADN de Galán. Et c’est précisément cette intensité, cette implication totale, qui crée l’attachement du public et fait de lui l’un des joueurs les plus suivis du circuit.
Galan peut tout faire
Sur ce match, comme sur l’ensemble du tournoi, Alejandro Galán coche toutes ces cases. Il est le joueur autour duquel tout s’articule, celui qui force les adaptations, celui que l’on cherche à contenir.
Même battu, il reste la référence.
Désigner Alejandro Galán MVP du match et du tournoi n’est ni un choix affectif ni un parti pris. C’est une lecture rigoureuse des faits, des chiffres et du jeu.
Dans cette seconde partie de saison, Galán ne gagne pas seulement des matchs. Il impose une vision du jeu, une intensité et une constance qui font aujourd’hui de lui, très probablement, le meilleur joueur du monde.

Le 3e set : un coup de bluff
La fin du troisième set est sans doute l’un des moments les plus marquants du match. Alors que tout semble terminé, après avoir laissé passer plusieurs balles de débreak, Alejandro Galán tente le tout pour le tout. C’est à la fois déroutant, presque irréel, mais terriblement talentueux.
Galán décide alors d’avancer sur absolument toutes les balles. Même face aux volées de revers laser de Tapia ou aux volées supersoniques de Coello, il refuse de reculer. Rien ne l’arrête. Il prend tous les risques, joue en demi-volée, à la volée, cherche systématiquement à surprendre les numéros un mondiaux en cassant les schémas établis.
Une prise de risque totale, presque un coup de bluff, mais parfaitement assumée. Et cela fonctionne. Galán parvient à faire vaciller Tapia / Coello, les pousse jusqu’au tie-break du troisième set, dans une fin de match complètement débridée.
Il faudra finalement un Tapia décisif, capable de mettre tout le monde d’accord dans les moments clés, pour sauver un Coello alors sous pression, et empêcher Galán d’achever un renversement aussi spectaculaire qu’inattendu.
Alors, est-on d’accord pour désigner Galán comme le MVP 2025 ?
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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