Le Réunion Padel Club n’organisera finalement pas de FIP Silver en 2026. Après une première édition réussie, aussi bien pour le RPC que pour le tournoi organisé au club de Champ Fleury, la deuxième édition n’aura pas lieu. Une décision officialisée par Mickael Grenier, figure du padel réunionnais et principal artisan du développement du FIP Tour sur l’île.

Si du côté de Champ Fleury, une éventuelle reconduction reste encore en réflexion, pour le RPC, la décision est actée. En cause : une équation économique devenue trop compliquée à maintenir avec les nouvelles règles mises en place sur le circuit international.

“On n’organise pas un FIP pour gagner de l’argent”

Pour Mickael Grenier, une idée reçue revient souvent lorsqu’on évoque l’organisation d’un tournoi international :

“J’entends beaucoup de gens penser qu’on gagne de l’argent en organisant un FIP Tour. Mais c’est faux. Si on n’est pas un peu fou et surtout passionné par ce sport, on ne le fait pas.”

L’organisateur rappelle que la situation est encore plus complexe lorsqu’un tournoi se déroule loin de l’Europe continentale.

“Quand on est loin de la métropole, le chemin est encore plus compliqué, non seulement en termes d’organisation sur place, mais surtout pour faire venir les joueurs. Venir à La Réunion coûte cher, sans compter tous les frais sur place.”

Lors de la précédente édition, organisée conjointement avec Lhoucen, président de Cham Fleury, les deux structures avaient pourtant réussi à proposer des conditions attractives aux joueurs internationaux.

“Dans ce double FIP qu’on avait organisé avec Lhoucen, on avait réussi à faire baisser la note pour les joueurs et à les mettre dans des conditions exceptionnelles.”

Mickael Grenier

Une réglementation qui fragilise les organisations excentrées

Le président du RPC pointe particulièrement du doigt la nouvelle réglementation imposant aux joueurs une cotisation annuelle de 80 euros pour pouvoir s’inscrire sur le FIP Tour.

Une mesure qu’il dit comprendre sur le principe, mais dont il critique l’application uniforme.

“Je comprends totalement que le circuit soit payant puisqu’il s’agit d’un circuit professionnel. Mais pour des endroits excentrés comme les nôtres, c’est très difficile de se projeter.”

Selon lui, cette mesure risque de réduire fortement le nombre de joueurs locaux engagés dans les tournois réunionnais, alors même qu’ils participent à l’équilibre global de l’événement.

“Les FIP ne sont pas faits uniquement pour les joueurs locaux, mais il faut être réalistes : ils permettent au moins de limiter les pertes et de trouver un équilibre.”

“Moins de joueurs locaux, moins d’ambiance”

Mickael Grenier estime que cette évolution réglementaire pourrait avoir des conséquences importantes sur le développement du padel dans certaines régions éloignées.

1. Une démocratisation freinée

“Cette mesure signe la fin de la politique de démocratisation du sport dans les îles ou dans les régions moins accessibles.”

Il estime que le modèle actuel favorise mécaniquement les grandes régions européennes déjà bien structurées.

“Seules les régions fortes et les personnes financièrement à l’aise pourront offrir des FIP Tour. C’est vraiment dommage.”

2. Une ambiance “mise à mal”

Pour le dirigeant réunionnais, l’impact ne se limite pas à l’économie.

“Au-delà de la partie financière, c’est l’ambiance qu’on pourrait mettre péril. La force des tournois réunionnais (et je pense beaucoup d’autres endroits) résidait justement dans l’implication des clubs, des médias locaux, des joueurs amateurs et du public.”

“Quand un FIP devient un véritable événement local, les médias s’en emparent, les joueurs et le public se sentent concernés. Cela crée un cercle vertueux.”

Mickael Grenier

“En mettant cette mesure, la FIP met à mal tous les tournois comme ceux de La Réunion.”

Et la conséquence est immédiate selon lui :

“Je ne vois pas l’intérêt d’organiser un FIP avec dix équipes locales et une dizaine d’équipes internationales.”

“Et quand on voit l’ambiance qu’il y a avec les joueurs locaux, c’est dommage…”

3. L’impossibilité de construire une tournée régionale

Autre problème majeur : la difficulté désormais de jumeler plusieurs tournois dans l’océan Indien afin de rentabiliser les déplacements internationaux.

“Quand on organise un tournoi aussi loin de l’Europe, l’objectif est d’offrir aux joueurs un circuit local pendant deux ou trois semaines.”

L’idée consistait à permettre aux joueurs d’enchaîner plusieurs compétitions sur place, notamment entre La Réunion, Cham Fleury et l’Île Maurice.

“Jumeler au moins deux tournois semble désormais impossible.”

Un point pourtant essentiel pour convaincre les joueurs internationaux de faire le déplacement.

Malgré sa passion pour l’événementiel et le développement du padel, Mickael Grenier reconnaît que le contexte actuel ne permet plus au RPC de poursuivre l’aventure.

“Très déçu pour ma part car mon kiffe est d’organiser ce genre d’événements, mais la réalité financière me rattrape…”

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.