Présent la semaine dernière au FIP Bronze de Marnes-la-Coquette, Pierre Vincent retrouvait le circuit international aux côtés de Basile Baud. Sortis des qualifications, les deux Français ont finalement chuté dès le premier tour du tableau principal face à une grosse tête de série du tournoi.
Mais derrière cette défaite logique, l’entretien permet surtout de mieux comprendre le parcours d’un joueur devenu, avec Damien Bayard, l’une des références du circuit français ces derniers mois.
Entre leurs titres à répétition, leur amitié née bien avant le padel, les blessures et les difficultés d’organisation pour jouer davantage sur le circuit FIP, Pierre Vincent raconte un projet construit progressivement, loin des trajectoires toutes tracées.
Le padel est arrivé presque par hasard
L’histoire de Pierre Vincent avec le padel démarre finalement assez tardivement. En 2021, lors de l’ouverture du PadelShot Saint-Étienne, il commence à travailler au club en alternance pendant que son frère y occupe un poste de manager.
À cette époque, le padel reste encore une découverte.
Très vite, ses sessions d’entraînement avec Simon Boissé, alors membre du top français, accélèrent son apprentissage.
« Je faisais beaucoup de “diag” avec lui. Forcément, ça m’a permis d’apprendre tous les rudiments du sport. »
Au départ, rien ne semble vraiment programmé. Mais au fil des mois, le temps passé sur les pistes augmente naturellement.
Et progressivement, le padel prend de plus en plus de place dans son quotidien.
Une blessure qui coupe l’élan
Début 2025, alors qu’il réfléchit justement à modifier un peu son organisation entre circuit français et tournois FIP, Pierre Vincent traverse une période beaucoup plus compliquée physiquement.
Des périostites aux deux tibias viennent stopper sa dynamique.
« Ça arrivait à un moment où je voulais déjà faire une petite pause avec le circuit FIP. »
Cette blessure chronique l’oblige à ralentir plusieurs semaines. Une coupure qui finit malgré tout par servir de transition avant un retour davantage orienté vers le circuit français.
C’est aussi à ce moment-là qu’émerge plus sérieusement le projet de rejouer régulièrement avec Damien Bayard.
Une amitié née bien avant le padel
Aujourd’hui, leur paire est devenue l’une des plus redoutées du padel français. Pourtant, leur histoire commune ne commence pas du tout sur une piste de padel.
Les deux joueurs se connaissent depuis l’adolescence grâce au tennis. Originaires de Saint-Étienne, ils passent par le même club avant de rejoindre ensemble une académie à Lyon en 2015.
À l’époque, ils partagent le quotidien de plusieurs joueurs qui évoluent aujourd’hui au très haut niveau.
« On vivait avec Kyrian Jacquet ou encore Ugo Blanchet. C’était une belle époque. »
Le lien se crée à ce moment-là et ne disparaîtra jamais réellement.
« On ne s’est jamais lâchés. Et finalement, le padel est entré dans nos vies presque au même moment. »
Des années plus tard, leur association sur le circuit français apparaît presque naturelle.
Une domination construite par le travail
La saison 2025 de la paire Bayard / Vincent a marqué le circuit français. Les titres se sont enchaînés quasiment chaque semaine, avec plusieurs P1000 et P1500 remportés.
Vu de l’extérieur, cette régularité pouvait donner l’impression d’une domination presque automatique. Pierre Vincent explique pourtant que cette constance repose surtout sur une énorme charge de travail.
Les deux joueurs s’entraînent quotidiennement à Esprit Padel sous la direction de François Authier, entourés notamment de Basile Baud, Robin Petitdidier ou encore Quentin Perrin.
« On s’était mis dans la tête qu’il fallait s’entraîner énormément. »
Même après une victoire, le fonctionnement restait identique.
« On jouait chaque tournoi comme si rien n’était acquis. Un premier tour était abordé exactement comme une finale. »
Cette exigence permanente leur a permis d’enchaîner les performances durant plusieurs mois.
“On ne se lasse jamais de gagner”
Avec autant de titres remportés sur une seule saison, une certaine routine pourrait s’installer. Pierre Vincent ne partage pas du tout cette vision.
Pour lui, la victoire reste une sensation impossible à banaliser, surtout après avoir longtemps évolué sur le circuit FIP où les résultats sont forcément plus difficiles à obtenir.
« Quand on a connu le circuit FIP, on sait que les victoires sont beaucoup plus rares. Donc forcément, quand ça gagne, on apprécie encore plus. »
Le Français reconnaît toutefois qu’affronter souvent les mêmes paires peut parfois devenir répétitif sur le circuit national.
Mais jouer et gagner avec un ami proche change forcément beaucoup de choses dans l’approche quotidienne.
Pourquoi Bayard et Vincent jouent si peu sur le circuit FIP ?
C’est une question qui revient régulièrement chez les suiveurs du padel français : pourquoi la paire Bayard / Vincent apparaît-elle si peu sur le circuit international malgré son niveau ?
La réponse est principalement liée à l’organisation personnelle des deux joueurs.
Si Pierre Vincent vit entièrement du padel, Damien Bayard travaille encore à côté. Une situation qui rend les déplacements internationaux beaucoup plus compliqués, notamment avec des qualifications souvent programmées en pleine semaine.
« Si on pouvait, on jouerait beaucoup plus de FIP. »
Le projet reste néanmoins toujours présent dans leurs têtes.
Pierre Vincent n’exclut d’ailleurs pas de rejouer prochainement plusieurs tournois internationaux, avec Damien Bayard si l’organisation devient possible… ou peut-être ponctuellement avec d’autres partenaires.

Faut-il partir tôt sur le circuit international ?
En fin d’entretien, Pierre Vincent aborde aussi un sujet qui revient régulièrement dans le padel français actuel : celui des jeunes joueurs qui choisissent très tôt de se lancer sur le circuit FIP.
Le Stéphanois affiche une vision assez équilibrée sur la question. Pour lui, il reste important de construire d’abord des bases solides en France avant de vouloir performer à l’international.
« On m’a toujours appris : sois déjà fort chez toi avant de vouloir être fort ailleurs. »
Dans son esprit, brûler certaines étapes peut parfois ralentir une progression plutôt que l’accélérer.
Mais Pierre Vincent nuance immédiatement son propos. Car selon lui, plusieurs jeunes Français possèdent déjà aujourd’hui le niveau nécessaire pour franchir ce cap sans attendre davantage.
Il cite notamment Jérémy Robert, Olivier Guy de Chamisso ou encore Lucas Pillon, des profils qu’il considère déjà capables de rivaliser avec les meilleurs joueurs français.
« Ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas encore gagné certains gros tournois en France qu’ils ne doivent pas se lancer. »
Pour lui, tout dépend finalement du niveau réel affiché sur la piste bien plus que des résultats bruts.
« Si le niveau de jeu est déjà là, il ne faut pas forcément tarder. »
À l’inverse, lorsque le niveau reste encore trop irrégulier, Pierre Vincent estime qu’il peut être plus pertinent de continuer à faire ses armes sur le circuit français avant de multiplier les tournois internationaux.
Une analyse lucide, assez représentative finalement de son propre parcours : une progression construite étape par étape, sans précipitation.
Un compétiteur… et un Stéphanois jusqu’au bout
Avant de conclure l’entretien, impossible évidemment d’échapper à une dernière question bien loin du padel.
Grand supporter de l’AS Saint-Étienne, Pierre Vincent s’est prêté au jeu du pronostic concernant le barrage face à Nice.
Et le Stéphanois y croit clairement.
« Je vois Saint-Étienne gagner 3-1 dans le Chaudron. Ensuite un nul à Nice et Saint-Étienne en Ligue 1 l’année prochaine. »
Même loin des pistes, le compétiteur reste fidèle à ses couleurs.
Et au fil de cette discussion, une chose ressort assez naturellement : derrière les performances et les titres remportés ces derniers mois, Pierre Vincent avance surtout avec une vision très claire de sa progression, beaucoup de stabilité dans son entourage… et une vraie passion du jeu.
Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !































































































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