Présent lors de la Bomba Experience organisée par Tecnifibre, l’Argentin Luciano Capra, 94e joueur mondial, s’est livré en profondeur sur son parcours, les réalités économiques du circuit, son retour après blessure et sa vision très lucide de l’évolution du padel. Une interview riche, complète, sans détour.
Non, je ne m’appelle pas Lucho !
Pourquoi tout le monde t’appelle “Lucho” ?
Parce qu’en Argentine, c’est comme ça. Les Luciano deviennent Lucho, parfois même les Luis. C’est très courant. Comme en Espagne avec Paco pour Francisco. Mais ce qui est drôle, c’est qu’en Europe, surtout en Italie, beaucoup pensent que Lucho est mon vrai prénom.
En Italie, “Lucho” ressemble à “Lucio”, qui est un prénom. Du coup, ils pensent que je m’appelle Lucio et m’appellent Lucho pour ça. Alors qu’en réalité, c’est juste un surnom typiquement argentin.
Ton histoire avec le padel est différente de beaucoup de joueurs…
Oui, parce que souvent les joueurs viennent du tennis ou d’un club familial. Moi, il y a un peu des deux, mais avec une histoire particulière.
Mon père jouait au tennis, puis dans les années 90 il s’est mis au padel. Mes parents ont même eu un club quand j’étais très petit, j’avais 2 ou 3 ans. Il y a des photos de moi là-bas.
Mais ensuite, quand le padel a chuté en Argentine, ils ont fermé le club. Donc j’ai grandi sans structure padel.
J’ai commencé par le tennis vers 5 ans. Puis vers 10-11 ans, j’ai commencé le padel, mais uniquement pour le loisir. Et j’ai insisté auprès de mes parents pour jouer davantage.
À ce moment-là, le padel était en baisse en Argentine. Mais il y avait une petite école dirigée par Marcelo Lupo, qui vient malheureusement de décéder récemment. Je le garde toujours dans mon cœur. C’est lui qui m’a appris les bases. Je lui suis extrêmement reconnaissant.
C’est aussi là que j’ai construit un groupe d’amis très fort. Et ça a joué énormément dans ma décision de continuer : le plaisir et les relations humaines.

Il faut avoir la chande d’avoir des parents qui peuvent t’aider…
Quand as-tu compris que ça pouvait devenir ta vie ?
Très tôt, ça marchait bien pour moi. J’avais une base tennis.
À 13 ans, j’ai commencé les tournois jeunes pour me qualifier au mondial. Cette année-là, on finit paire numéro 1 en Argentine, donc on se qualifie.
Le mondial 2007 a été un moment clé. J’avais 13-14 ans. C’était la première fois que je voyais des joueurs d’autres pays. Ça m’a ouvert les yeux. J’ai compris que le padel existait ailleurs.
Ça a été un avant/après. J’ai adoré cette expérience, découvrir d’autres cultures, d’autres joueurs. À partir de là, j’ai voulu en faire ma vie.
Partir en Espagne à 18 ans, c’était une évidence ?
Oui, mais ce n’était pas simple. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui pouvaient m’aider.
En Argentine, à 18 ans, on offre souvent une voiture. Mes parents m’ont laissé choisir : la voiture ou partir en Espagne avec leur soutien financier.
J’ai choisi l’Espagne. Ils m’ont financé au début. Ensuite, progressivement, j’ai commencé à m’autofinancer, jusqu’à devenir indépendant vers 2015.

Le sport grandit mais il coûte encore plus cher
Tu as connu plusieurs circuits : que retiens-tu de cette évolution ?
J’ai connu le Padel Pro Tour, puis le World Padel Tour, et maintenant le circuit actuel.
Le padel évolue en permanence. Très vite. Peut-être trop vite même.
Aujourd’hui, on est dans une phase où le sport grandit énormément à l’international. Mais les gains ne suivent pas forcément cette croissance, surtout pour les joueurs hors top.
Avant, les gains étaient plus faibles, mais les coûts aussi. 80 à 90 % des tournois étaient en Espagne. On partageait les voitures, les frais.
Aujourd’hui, tu voyages dans le monde entier. Les coûts explosent : vols, hôtels, staff, préparation physique…
Donc entrer dans le circuit est plus compliqué aujourd’hui ?
Beaucoup plus. L’investissement initial est énorme.
Oui, les gains ont augmenté. Mais les dépenses encore plus. Et surtout, l’argent des meilleurs joueurs ne vient pas uniquement des tournois.
Il vient des sponsors, des exhibitions, des événements. Donc l’écart se creuse énormément.
Avant, il y avait moins de différence entre un top joueur et un joueur intermédiaire. Aujourd’hui, la brecha (l’écart) est beaucoup plus grande.
Pour les meilleurs, ils peuvent ne plus travailler après leur carrière
Tu parles d’un sport qui devient élitiste ?
Oui. Si tu n’as pas les moyens — famille ou sponsors — tu peux rester sur le côté, même avec du talent.
C’est une réalité.
Et en même temps, pour ceux qui arrivent en haut, le futur est bien plus prometteur. Aujourd’hui, un top joueur peut envisager de ne plus travailler après sa carrière.
Avant, ce n’était pas le cas.
Aujourd’hui, à partir de quel classement peut-on vivre du padel ?
Je dirais que certains joueurs autour du top 70-80 peuvent en vivre, mais en faisant autre chose à côté.
Pour vivre uniquement du circuit principal, il faut être dans le top 30.
Mais il y a plus d’opportunités aujourd’hui : exhibitions, circuits parallèles, événements comme la PPL, tournois en Russie…
Ce ne sont pas des circuits concurrents comme avant avec A1, mais des activités complémentaires.
Mais il faut quand même rester sur le circuit principal ?
Oui, parce que ces opportunités cherchent des joueurs bien classés. Donc tu es toujours dépendant du circuit principal.
Ma priorité : être en bonne santé
Tu vis actuellement une période compliquée après blessure…
Oui, j’ai été arrêté 6 mois. Et dans le système actuel, tu dois compter 22 tournois.
Aujourd’hui, j’en compte 10 ou 12. Donc j’ai encore beaucoup de points à récupérer.
Même si je fais des résultats moyens, je vais remonter.
Donc mon classement actuel ne reflète pas mon niveau réel.
Mais honnêtement, ce n’est pas ma priorité.

Quelle est ta priorité ?
Être en bonne santé, retrouver mon niveau, me sentir compétitif.
Si je suis bien, je sais que je peux battre n’importe qui. Et c’est ça qui me motive.
La gestion des partenaires est-elle difficile dans ces périodes ?
Oui et non. C’est la réalité du padel.
Quand je me suis blessé, je jouais avec Juanlu Esbrí. Je lui ai dit immédiatement de se chercher quelqu’un d’autre.
C’est normal.
Le classement est individuel. Si tu ne joues pas, tu descends. Et tu mérites ton classement.
Mais mentalement, ce n’est pas simple…
Non, parce que tu dépends aussi de ton partenaire.
Mais au final, chacun a le partenaire qu’il mérite à un moment donné.
Si tu joues bien, de meilleurs joueurs vont t’appeler.
Tu donnes l’exemple d’Aimar Goñi…
Oui, j’ai joué avec lui. Je savais qu’il allait rapidement être appelé par des joueurs mieux classés.
Il a un potentiel énorme.
Et c’est logique. Moi j’ai 32 ans, lui 20 ans. On n’est pas dans la même phase.
Les longues carrières seront de plus en plus difficiles
Peut-on encore faire de longues carrières aujourd’hui ?
Je pense que ce sera de plus en plus rare.
Avant, des joueurs comme Miguel Lamperti, Belasteguín, ou d’autres jouaient jusqu’à 40-45 ans.
Aujourd’hui, avec le niveau des jeunes, les exigences physiques, les voyages… c’est beaucoup plus dur.
Comparer les générations, est-ce pertinent ?
Non, c’est injuste.
Le padel a tellement évolué en 10-15 ans que ce n’est pas comparable.
Aujourd’hui, Agustín Tapia et Arturo Coello ont un niveau supérieur, mais grâce à l’évolution globale du sport.
Dans 20 ans, d’autres seront encore meilleurs.
As-tu affronté Belasteguín et Juan Martín ensemble ?
Non, jamais ensemble. Séparément oui, mais jamais en paire.
Mais dans leur époque, leur niveau était complètement fou.
Comme aujourd’hui Tapia et Coello.
Chaque époque a ses références.
Peu importe qui tu es, tu dis oui à Lebron
Tapia / Coello sont-ils imbattables ?
S’ils sont à leur meilleur niveau, ils sont très difficiles à battre.
Physiquement, ils ont un avantage énorme.
Mais des joueurs comme Chingotto et Galán font un travail incroyable pour rivaliser, surtout mentalement.
Ton objectif pour la fin de saison ?
Aucun objectif de classement.
C’est une année de transition après la blessure.
Mon objectif, c’est de me sentir bien, compétitif, et retrouver mon niveau.
Dernière question : si Juan Lebrón t’appelle demain ?
Si Juan Lebrón t’appelle, tu dis oui.
Peu importe qui tu es, sauf peut-être les deux premières paires.
C’est un joueur exceptionnel.
Oui, il peut être compliqué à gérer. Mais si tu es intelligent et prêt mentalement, le niveau qu’il t’apporte est unique.
C’est à toi de t’adapter.
Comme l’a fait Belasteguín avec Juan Martín Díaz pendant des années.
Si tu sais gérer la pression, c’est une opportunité que tu ne peux pas refuser.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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