Après avoir détaillé la réforme des compétitions nationales et le développement du circuit français, Laurent Aznar aborde un sujet beaucoup plus sensible : les dérives apparues ces derniers mois dans les tournois fédéraux. Tournois coachés, paires fantômes, juges-arbitres absents, forfaits stratégiques, évolution du logiciel MOJA ou encore nouveaux barèmes de points : le président de la Commission fédérale padel explique pourquoi la FFT a décidé de reprendre le dossier en main.
« Il ne faut pas parler uniquement des tournois coachés »
Padel Magazine : Après les annonces sur les P3000 et les FIP, parlons maintenant des sujets qui font davantage débat. Les tournois coachés ont beaucoup fait réagir ces derniers mois. Quelle est aujourd’hui la position de la Commission fédérale ?
Laurent Aznar : Je crois qu’il faut élargir le sujet. Les tournois coachés font partie des problématiques, mais ils ne sont finalement qu’un élément parmi d’autres.
Depuis plusieurs mois, nous constatons différentes dérives dans l’organisation des compétitions. Elles concernent parfois le coaching, mais aussi certaines pratiques liées au juge-arbitrage, aux tableaux ou encore aux inscriptions.
Toutes ces situations finissent par nuire à l’image du padel.
Et ça, ce n’est plus acceptable.
Le padel connaît une croissance exceptionnelle. Cette réussite ne doit pas être fragilisée par des comportements qui remettent en cause l’équité sportive ou la crédibilité des compétitions.
C’est pourquoi la Fédération a décidé de prendre ce sujet à bras-le-corps.

« Un plan d’action est prêt »
À la demande des dirigeants fédéraux, un état des lieux complet a été réalisé.
Nous avons identifié les principales difficultés rencontrées sur le terrain et construit un véritable plan d’action.
Aujourd’hui, ce plan est en cours de validation.
Une fois qu’il sera définitivement adopté, il sera présenté officiellement.
L’objectif est clair : apporter des réponses concrètes à chacune des dérives constatées.
« Les paires fantômes ne sont pas les seuls problèmes »
Parmi les sujets les plus connus figure évidemment celui des paires fantômes.
Mais ce n’est pas le seul.
Nous observons également des situations où certains juges-arbitres ne sont pas présents sur les compétitions alors qu’ils devraient l’être.
D’autres pratiques posent également question.
Toutes ces dérives ont un point commun : elles fragilisent la crédibilité de nos compétitions.
Notre responsabilité est donc d’y mettre fin.
« MOJA va aider, mais ne résoudra pas tout »
Le nouveau logiciel MOJA est souvent présenté comme la solution à de nombreux problèmes. Est-ce vraiment le cas ?
MOJA apportera effectivement plusieurs améliorations.
Par exemple, certaines manipulations qui étaient possibles avec l’ancien système ne le seront plus.
En revanche, il ne faut pas croire qu’un outil informatique suffira à lui seul.
Il restera toujours possible, par exemple, d’inscrire une véritable paire qui ne participera finalement jamais au tournoi.
Autrement dit, l’outil permettra de mieux contrôler certaines situations, mais il ne remplacera jamais les règles ni les contrôles humains.
C’est pour cela que notre réflexion dépasse largement le simple changement de logiciel.
« Les forfaits de dernière minute sont devenus un vrai problème »
L’autre sujet majeur concerne les VO, c’est-à-dire les forfaits déclarés après la clôture des inscriptions.
Aujourd’hui, certains joueurs attendent la publication du tableau avant de décider s’ils participent réellement.
Ils observent le niveau du tournoi, regardent les paires engagées, puis choisissent éventuellement de se retirer.
Cette pratique crée un véritable effet domino.
Lorsqu’une paire se retire, d’autres suivent parfois le même raisonnement.
Au final, ce sont les joueurs restés engagés qui sont pénalisés.
Et cela ne nous paraît pas acceptable.
« Les nouveaux barèmes protégeront désormais les joueurs »
Pour répondre à cette situation, la Fédération a décidé de modifier le fonctionnement des barèmes.
À partir du 1er septembre 2026, le nouveau guide de la compétition prévoit un système beaucoup plus protecteur.
Concrètement, le nombre de points attribué sera désormais fixé dès la constitution du tableau.
Si plusieurs équipes déclarent forfait ensuite, le barème ne sera plus revu à la baisse.
Autrement dit, les joueurs qui restent en compétition conserveront le bénéfice du tableau initial.
Cette évolution permettra d’éviter que certains soient pénalisés par des retraits intervenus après la clôture des inscriptions.
« Nous voulons également sanctionner certains forfaits »
Ces nouvelles règles suffiront-elles ?
Elles constituent une première étape.
Mais notre volonté est d’aller plus loin.
Nous souhaitons également pouvoir sanctionner les forfaits injustifiés intervenant après la fermeture des inscriptions.
Attention toutefois : il ne s’agit évidemment pas de sanctionner un joueur qui se désiste avant la date limite.
Le problème concerne uniquement les retraits intervenant une fois les listes définitivement établies.
Ces comportements désorganisent les compétitions et pénalisent directement les autres participants.
Nous voulons donc pouvoir agir.
« Il nous faut d’abord les outils informatiques adaptés »
Aujourd’hui, cette évolution dépend encore des outils disponibles.
Avec MOJA, le suivi des compétitions sera beaucoup plus précis.
Cela permettra d’identifier facilement les forfaits répétés.
En attendant, les juges-arbitres disposent déjà d’un dispositif avec les fiches de pénalité.
Nous savons toutefois que cette procédure reste lourde à mettre en œuvre.
Demain, l’informatique simplifiera considérablement ce travail.
« L’exemple de Vichy a montré les limites du système »
L’une des situations qui a accéléré cette réflexion reste le P1500 de Vichy.
Plusieurs équipes avaient attendu la publication du tableau avant de confirmer ou non leur participation.
Les premiers forfaits ont ensuite entraîné d’autres retraits.
Le tableau s’est progressivement vidé.
Et au final, les joueurs restés engagés ont disputé une compétition dont la valeur sportive et le nombre de points avaient fortement diminué.
C’est précisément ce type de scénario que nous voulons éviter à l’avenir.
« Le padel évolue extrêmement vite »
Il faut également prendre conscience du contexte.
En seulement quelques années, le nombre de compétitions homologuées a explosé.
Le nombre de licenciés progresse sans cesse.
Les règles qui fonctionnaient encore il y a deux ans montrent aujourd’hui certaines limites.
Notre rôle est donc d’adapter régulièrement la réglementation.
Nous devons accompagner cette croissance sans perdre de vue l’équité sportive.
« Structurer le développement est devenu indispensable »
Le développement du padel est une excellente nouvelle.
Mais plus une discipline grandit rapidement, plus son organisation doit être rigoureuse.
C’est exactement le travail que nous menons aujourd’hui.
Notre objectif n’est pas de multiplier les contraintes.
Notre objectif est de garantir des compétitions plus lisibles, plus justes et plus attractives pour tous les joueurs.
C’est dans cet esprit que les différentes mesures actuellement en préparation ont été conçues.
À suivre : dans la troisième et dernière partie de cet entretien, Laurent Aznar évoque le rôle des Ligues dans l’harmonisation des calendriers, la multiplication des tournois, les échanges avec les clubs privés, les ambitions de la FFT autour de Roland-Garros et sa vision du développement du padel français dans les prochaines années.
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.


































































































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