Alors que le nombre de compétiteurs continue de progresser en France, un phénomène paradoxal semble s’installer : remplir certains tournois devient de plus en plus difficile. Un constat partagé par Frédéric Richeme, juge-arbitre expérimenté et figure bien connue du padel français, qui tire la sonnette d’alarme sur la multiplication des compétitions et ses conséquences pour l’ensemble de la discipline.

Des tableaux qui peinent à se remplir

Selon Frédéric Richeme, le paysage a profondément changé en seulement quelques années.

« Il y a deux ans, on refusait des joueurs en P500 et même en qualifications. Aujourd’hui, il y a trop de tournois et plus assez de joueurs dans cette catégorie. Les compétiteurs préfèrent tenter leur chance sur des P1000, des P1500 ou même des P2000, au moins pour les qualifications. »

Le juge-arbitre illustre son propos avec un exemple concret : un P500 qu’il prévoyait d’organiser avec une vingtaine d’équipes ne comptait que dix inscriptions à une semaine de la clôture.

« Je vous cache pas que je suis inquiet. »

Un appel à sortir de sa zone de confort

Au-delà de la question du calendrier, Frédéric Richeme estime que de nombreux joueurs hésitent encore à monter de catégorie.

« Dans notre département, vous êtes environ 2 900 joueurs, dont près de 500 classés dans les 10 000 premiers. C’est dommage que 2 600 d’entre vous se limitent au maximum aux P100. Dans notre sport, il faut aussi savoir prendre des risques et accepter de perdre pour progresser. »

Pour lui, cette prudence freine naturellement le remplissage des catégories supérieures et limite les opportunités de créer des compétitions plus relevées.

Le club Les Bruyères à Pau confronté à la même réalité

Cette tendance n’épargne pas les clubs. À Pau, le club Les Bruyères constate lui aussi des difficultés croissantes pour attirer suffisamment d’équipes sur certains tournois, malgré un bassin de joueurs conséquent.

Cette situation alimente les interrogations sur l’équilibre actuel de l’offre compétitive et sur la pertinence de multiplier les événements dans une même zone géographique.

Frédéric Richeme propose plusieurs adaptations simples et rapides à mettre en place pour redonner de la cohérence au calendrier des compétitions.

Son premier constat est sans appel : il existe aujourd’hui beaucoup trop de catégories de tournois. Selon lui, cette multiplication, censée offrir davantage de choix aux joueurs, a finalement rendu le système plus complexe et moins lisible.

« On a cru qu’en créant toujours plus de catégories, on allait répondre aux attentes des compétiteurs. En réalité, on a surtout fini par perdre tout le monde. »

Le juge-arbitre suggère ainsi de supprimer les catégories P50 et P250. À ses yeux, la distinction entre P100 et P250 est devenue très floue : certains clubs organisent des P250 dont le niveau correspond davantage à un P100, tandis que d’autres proposent des P100 qui auraient tout à fait leur place en P250.

Autre proposition : mettre fin aux P500 organisés sur une demi-journée, voire sur une simple soirée. Cette formule aurait contribué à une explosion du nombre de P500, alors qu’il s’agit théoriquement de la première catégorie où le niveau de compétition doit réellement s’élever.

« Si un P500 se joue en quelques heures, on peut légitimement se demander quel est encore l’intérêt d’organiser un P250. »

Frédéric Richeme estime que les P500 devraient s’étaler sur au moins une journée complète, voire deux jours, afin de préparer progressivement les joueurs aux exigences des catégories supérieures et de redonner de la valeur à cette épreuve.

Enfin, il verrait d’un bon œil une pyramide plus lisible, où les P25 serviraient de porte d’entrée pour les débutants et les pratiquants loisirs, tandis que les P1000 constitueraient un véritable objectif sportif pour les compétiteurs les plus aguerris, avec une progression plus cohérente entre les différents niveaux.

Vers une régulation du calendrier ?

Pour Frédéric Richeme, une réflexion mérite d’être engagée avec la Fédération française de tennis (FFT). L’objectif ne serait pas de freiner le développement du padel, mais d’adapter le nombre de compétitions à la réalité du terrain afin d’éviter une dispersion excessive des joueurs.

Selon lui, un calendrier mieux structuré profiterait à l’ensemble de l’écosystème : clubs, organisateurs, juges-arbitres et compétiteurs. À défaut, le risque est de voir se multiplier les tournois aux tableaux incomplets et de créer une lassitude générale.

Le paradoxe est donc bien réel : jamais le padel français n’a compté autant de licenciés et de compétiteurs, mais jamais certains organisateurs n’ont eu autant de difficultés à remplir leurs épreuves. Un sujet qui pourrait rapidement devenir l’un des grands défis du développement de la discipline.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.