Palais des Sports André Brouat, vendredi 11h45 à Toulouse : la n°1 mondiale Gemma Triay tente un smash gagnant, mais en face, Mapi Alayeto parvient à effleurer la balle de la tranche de sa raquette. Un geste qui permet à sa sœur jumelle d’obtenir à son tour un smash puissant, qui touche Salazar à bout pourtant, soulevant un ‘’ooooohhhh’’ du public et venant conclure un échange spectaculaire. La Madrilène gardera peut-être une trace de l’impact, mais c’est aussi ça le padel, savoir trouver la façon la plus efficace de marquer un point, quitte à chercher le corps de son adversaire !

Survenant après 2 h 15 de jeu, lors du quart de finale entre deux des meilleures paires du monde, ce point tout en puissance est d’ailleurs moins fréquent chez les dames que chez les messieurs.

Cela illustre la différence de styles de jeu entre garçons et filles, au meilleur niveau, qui se traduit également lorsqu’on regarde les temps de jeu. Alors qu’il est fréquent, côté féminin, de voir des matches de plus de 2 h 30, voire 3 h (*) les affrontements entre messieurs dépassent rarement 2 h.

Chez ces gens-là, on cause…

La faute à qui ? En premier lieu à la puissance de frappe des hommes, dont les smashes peuvent frapper la vitre adverse et revenir si haut qu’ils sont indéfendables (surtout ceux à effet lifté) ; d’autres smashes sortent fréquemment de la piste, soit au-dessus du grillage de 4 mètres (par 4), soit de celui de 3 mètres (par 3). Dans ce dernier cas, il est possible de défendre en sortant du terrain.

Autre différence entre hommes et femmes : la communication sur le terrain. Relativement limitées chez les garçons, les indications que se donnent les joueurs concernent surtout la position des adversaires sur la piste (très utile pour celui est dos au filet) et qui va jouer la balle (« à toi » ou « à moi »), ainsi que des injonctions impératives lorsqu’elle est trop longue (« laisse » ou « ça sort »). 

A ces indications-là, s’en ajoutent bien d’autres chez les filles, comme par exemple où jouer, où se placer et quel type de coup technique privilégier (smash en puissance, frappe par le bas, lob…). Évidemment, tout cela dépend des joueuses, certaines échangeant davantage quand d’autres se comprennent intuitivement, à forcer de jouer ensemble.

Les sœurs jumelles Mapi et Majo Alayeto.

Stratégie d’un côté, brutalité de l’autre

Mais globalement, on parle beaucoup plus côté féminin, parce que les points durent plus longtemps et que le rythme est moins rapide. Chez les hommes, le jeu va parfois si vite que l’indication arriverait aux oreilles du voisin alors que le point est déjà fini.

Conséquence de tout cela : le padel féminin est davantage un sport de stratégie, une sorte de jeu d’échec en équipe; et le padel masculin est souvent plus brutal, plus virtuose techniquement (les par 3 et par 4 effectués en revers y sont fréquents, par exemple) et spectaculaire.

Dans les deux cas, il s’agit d’un impressionnant sport de combat, où dames comme messieurs utilisent au mieux la puissance physique, l’endurance et les armes qui sont les leurs, dans un cadre étroit de 20 x 10 mètres.
(*) Triay et Salazar se sont imposées contre les sœurs Alayeto après 3 h 13 de combat, se qualifiant pour les demies.

Plus grand, plus fort, plus haut

Sans contredire ce qui précède, précisons que ces constats évoluent au fil du temps, car le padel se transforme énormément ces dernières années. Le padel à l’ancienne était très stratégique, avec une répartition des rôles et des placements un peu stéréotypés, des joueurs très rapides et souvent petits à droite du terrain, d’autres plus puissants et aériens à gauche.

Juan Tello, l’un des joueurs les plus puissants et aériens du circuit.

Le padel de l’avenir pratique une répartition des rôles moins figée, où l’on inverse parfois même les rôles entre « droitier » et « gaucher ». Surtout, les gabarits et les capacités athlétiques des protagonistes augmentent énormément. C’est le cas de joueurs comme les n°1 mondiaux Juan Lebron et Ale Galan, mais aussi d’Agustin Tapia, Juan Tello ou Arturo Coello. Tous sont capables de frapper des smashes gagnants depuis n’importe quel coin de la piste, ce qui était beaucoup plus rare par le passé (l’évolution des raquettes, des surfaces et des balles a aussi son influence).

Le padel féminin connaît également cette évolution, de façon plus lente. Mais un jour, on verra peut-être – comme au tennis – des joueuses de 1,85 m ou plus capables de lancer des missiles supersoniques !

jérome arnoux journliaste

Après 40 ans de tennis, Jérôme tombe dans la marmite du padel en 2018. Depuis, il y pense tous les matins en se rasant… mais ne se rase jamais pala en main ! Journaliste en Alsace, il n’a d’autre ambition que de partager sa passion avec vous, que vous parliez français, italien, espagnol ou anglais.