Entretien avec Christophe Michon, Responsable Commercial de la zone Sud-Est de Wilson France

Bonjour Christophe Michon, vous êtes responsable commercial de la zone Sud Est pour la marque Wilson. Pouvez-vous vous présenter s’il-vous-plait ?

Christophe Michon : Oui, effectivement, je suis donc le représentant pour la marque Wilson pour tous les sports de raquettes : le tennis, le badminton, le squash et le padel sur le gros quart Sud Est de la France.

– Quel est votre rôle quotidien au sein de Wilson ?

CM : Mon rôle est de proposer aux magasins le meilleur assortiment possible que ça soit des spécialistes ou des généralistes pour convenir aux consommateurs et aux pratiquants.

– Quand avez-vous découvert le Padel ? Votre première impression?

CM : J’en ai entendu parler depuis une bonne dizaine d’années déjà. Mais vraiment, j’en ai entendu en France, il y a 3-4 ans avec Wilson bien entendu. Ma première impression était une image d’un sport ludique, accessible et fun.

Pourquoi ce n’est pas l’objectif de Wilson de s’installer dans le padel ? Quels sont les arguments ?

CM : Tout simplement, parce que le padel reste un micro- phénomène au niveau international même si, c’est vrai, il y a un bel essor en ce moment et un petit essoufflement du tennis. Mais là, où il y a de plus de pratiquants c’est quand même le tennis. Dans le padel, il doit y avoir au maximum 10 Millions de pratiquants. Ça reste très faible quand même au niveau international.

-Y-a-t-il des pays où Wilson est très présent en terme de part de marché concernant le padel ?

CM : En Amérique du Sud, déjà, où la marque est implantée depuis très longtemps. Même si on n’est pas super présent, la marque Wilson fabrique des raquettes de padel depuis 20 ans. Egalement, en Espagne, même si dans ce pays, le padel est un sport très pratiqué, il y a beaucoup plus d’acteurs sur le marché.

– Est-ce que vous avez une relation avec le padel au quotidien? Travaillez-vous sur différents projets ?

CM : Oui, forcément. C’est une diversification pour les clubs de tennis, également pour les distributeurs de raquette de tennis donc oui on en parle mais ça reste un sujet beaucoup moins important que le tennis par exemple. Mais ça tend à devenir plus important dans le futur.

– Quel est votre regard sur l’évolution du padel depuis 5 ans ?

CM : On sent que c’est bien poussé par la Fédération Française de Tennis qui a tendance a subventionné les clubs qui investissent dans le padel parce qu’encore une fois, le padel c’est fun, ça fait venir du monde. C’est un public un peu différent du tennis. Donc, on sent c’est plutôt poussé au niveau fédéral et ça va dans le bon sens même s’il ne faut pas oublier le tennis.

-Quand vous dites « un public différent » c’est- à dire qu’on peut amener d’autres personnes qui n’étaient pas forcément faites pour le tennis?

CM : Voilà, tout à fait. Soit Parce que techniquement, les personnes n’étaient pas à l’aise avec la pratique du tennis, trop technique ou tout simplement cela manquait un peu de fun ou de partie ludique. Le padel ça se joue à 4 sur un petit terrain, on peut plus facilement discuter. Tandis que le tennis, quand on est à 24 mètres d’écart, c’est tout de suite plus compliqué.

– Avez-vous des contacts avec la FFT pour essayer de développer le sport au mieux ?

CM : Alors, à mon petit niveau de représentant, non même si on peut voir les conciliés départementaux quand ils viennent dans les clubs, ils parlent beaucoup du padel mais c’est plutôt au niveau du responsable promotion qu’il peut y avoir des échanges avec la fédération.

– Pensez-vous qu’ils mettent tous les moyens nécessaires pour faire évoluer ce nouveau sport de raquettes ?

CM : Ils mettent les moyens sur les infrastructures propre au padel mais après il y a tous les à-côtés du type agent d’accueil, prof de padel etc… qui sont super important parce que la pratique est assez faible comme le taux d’équipements donc il y a toujours besoin d’avoir quelqu’un pour prêter ou louer des raquettes. Il ne faut surtout pas négliger cette étape fondamentale dans le développement du padel dans les clubs. Il ne s’agit pas d’avoir que des infrastructures, mais aussi avoir des personnes pour développer la pratique et l’apprentissage et également des personnes pour accueillir des gens.

-En Espagne on voit qu’il y carrément plus de licenciés padel que de licenciés tennis, plus de pratiquants padel que de pratiquants tennis. Est-ce que ça serait possible en France ou est-ce que le tennis est quand même trop encré ?

CM : Honnêtement, je ne pense pas. Le marché espagnol a toujours eu très peu de licencié auprès de la Fédération de tennis Espagnole. Ça a été toujours comme ça au tennis, c’est assez culturel. En France, on est à un peu plus de 4 millions de pratiquants de tennis (1 M de licenciés), j’ai des doutes qu’il y a le même engouement dans notre pays. Aujourd’hui, si on a 100 000 pratiquants de padel, c’est déjà énorme donc bon il reste une belle évolution à faire pour arriver à chatouiller le tennis.

– Est-ce que vous connaissez les facteurs clés de la démocratisation du padel en Espagne ou en Amérique du Sud ?

CM : Honnêtement non, je ne m’en suis jamais vraiment intéressé.

La professionnalisation du padel peut-il être un levier pour le développement des clubs de tennis ?

CM : Oui, j’en suis convaincu que les clubs de tennis deviennent des centres de pratique de sport de raquette : tennis, padel, badminton où la pratique est très facile. Et encore une fois, faire venir un public différent, ça peut amener sur la pratique de tennis pour plus tard

– Pour vous donc, le padel ne peut pas concurrencer le tennis ? Mais peut être un facteur clé notamment au sein des clubs de tennis ?

CM : Oui, voilà, cela peut être un complément effectivement ou même la possibilité de faire venir sa famille pour découvrir ce sport et partager un bon moment auprès des siens.

-Est-ce que vous pensez que la Fédération de Padel prendra son indépendance dans les prochaines années ?

CM : Ça reste une possibilité si jamais le noyau grossit, grossit et que le marché s’étend. Pour ma part, je le ne souhaite pas trop parce qu’il peut avoir une complémentarité entre ces deux sports mais ça reste une possibilité.

-Je retourne la question, est-ce que sans la Fédération de tennis pourrait –il survivre ou même exister ? En termes de moyen, de structures et d’événements ?

CM : Ça serait tout de suite plus compliqué. Il y a plus de 7 500 clubs de tennis qui font un maillage territorial très important. Et puis, il y a déjà un savoir-faire et des bénévoles qui sont impliqués au quotidien pour le tennis. Avec l’appui de la FFT, ces mêmes bénévoles peuvent aider la découverte du padel. Mais sinon, je pense qu’effectivement, cela serait très compliqué si on avait simplement une fédération de padel en France.

-Avez-vous quelque chose à rajouter par rapport aux moyens utilisés et possible pour le développement du padel ?

CM : Je n’ai pas grand-chose à rajouter mais en tant que numéro un mondial des sports de raquettes, on se doit d’être présent sur le marché du padel. Encore une fois, en France, on est un petit peu en retrait pour l’instant mais on a un certain nombre de produits et technologies qui sont très vite adaptables. Et puis, on sait qu’aujourd’hui, l’équipement de padel est relativement faible et encore en face de découverte donc les pratiquants ne sont pas forcément encore prêts à investir de grosses sommes sur des équipements de padel contrairement à l’Espagne ou en même en Argentine.

Antoine Sarroste a étudié le padel. Il nous offre son expertise autour du développement du padel en France.