Le Roi Bela était de passage au club des Pyramides pour une exhibition avec son nouvel équipementier Wilson. L’argentin nous accorde un entretien exclusif.

Détendu et sûr de lui, il se confie à Lorenzo Lecci López sur l’évolution de son jeu, sa relation avec Wilson, et souhaite que les “chamailleries” entre les dirigeants du padel puissent cesser.

“Les Pyramides, un club prestigieux”

Lorenzo Lecci López : Il y a 10 ans, tu étais venu inaugurer le premier terrain de padel de toute la région parisienne. Et aujourd’hui, tu es de retour et il y a 7 courts.

Fernando Belasteguin : “Oui, je me souvenais d’être venu dans ce très beau club. Le tout premier terrain ! Dix années sont passées, et je n’ai aucun doute sur le fait que, pas seulement ce club, mais aussi Paris et toute la France, ne sont pas étrangers au grand développement que connait et va connaitre le padel dans le monde.

Aujourd’hui, le fait de voir un club si prestigieux comme le club des Pyramides avec 7 terrains et une structure semi-couverte, est une grande joie. Je n’ai aucun doute : dans le futur, je vais voir beaucoup d’autres terrains de padel.”

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L’évolution du “Rey”

Lorenzo Lecci López: Quelle est la principale différence dans le jeu entre le Bela de 2010 et le Bela d’aujourd’hui ?

Fernando Belasteguin: “J’ai dû évoluer sur mes coups d’attaque. J’essaye de surprendre avec un timing toujours plus court. Si je veux rester compétitif, je dois m’adapter à l’évolution du padel. En 2020, je ne suis pas le même joueur qu’en 2010, et je serai encore différent l’année prochaine.”

Lorenzo Lecci López: Fernando, sur le plan humain, qu’est ce qui a changé ? La maturité ? L’expérience ?

Fernando Belasteguin: “En 2010, ma deuxième fille naissait. Les enfants te changent pour toujours, et c’est le plus grand changement. Sur le plan sportif, mon corps me permet encore de m’entrainer tous les jours à 100%, même si j’ai besoin de plus de repos.”

Ses performances sur le World Padel Tour

Lorenzo Lecci López: En demi-finale du tournoi de Minorque, tu remportes avec Tapia un match incroyable contre la paire la plus en forme du moment (Lebron/Galan). Quelles ont été les clés de cette opposition ?

Fernando Belasteguin: “Nous avons gardé l’intensité mentale pendant les deux heures de match. Cela nous a permis de saisir les opportunités qu’ils nous ont données à certains moments du match. Cette année, ce sont les meilleurs. Ils ont gagné 4 tournois sur 7. Lorsque la meilleure paire de l’année te donne une possibilité, il faut la saisir. Nous avons su la saisir, mais la clé a été de rester concentrés pendant tout le match.

Lorenzo Lecci López: Quel est ton ressenti par rapport à l’introduction du “Punto de Oro” sur le WPT ?

Fernando Belasteguin: “Comme pour tous les changements pour lesquels le joueur n’a pas d’influence : j’ai un contrat avec le WPT, et ils m’ont dit que cette année je devais jouer avec le Punto de Oro. J’avais alors deux options : me plaindre, mais j’allais perdre beaucoup d’énergie et de temps ; ou alors m’entrainer et m’adapter au Punto de Oro. J’ai choisi la deuxième option. Le WPT a le pouvoir d’imposer des règles, donc je vais toujours m’adapter. Je ne me demande pas si ça me plait ou pas, ce sont les conditions qu’il y a.”

Lorenzo Lecci López: Beaucoup de fans demandent la réintroduction des matchs en 3 sets gagnants pour les finales des Masters. Es-tu pour ?

Fernando Belasteguin: “Le système de compétition actuel est de jouer tous les jours. Il y a eu des finales en 5 sets il y a 6 ans, mais ça n’a pas duré. S’il y a des finales en 5 sets, ils devraient nous donner minimum un jour de repos. Le risque est de revoir une demie le samedi après-midi de 3 heures, et de devoir jouer le dimanche matin un match en 5 sets. Je ne pense pas que cela soit sain pour le joueur et pour le sport : il y a un fort risque de blessure. Ce n’est pas intéressant pour le WPT, car si le joueur, qui est l’actif le plus important, se blesse, alors le sport perd son intérêt”

“Lebron et Galan peuvent battre mon record”

Lorenzo Lecci López: Beaucoup de fans sur les réseaux sociaux pensent que ton exploit de rester 16 ans à la première place mondial ne pourra jamais être égalé. Penses-tu que ce record pourra être battu un jour ?

Fernando Belasteguin: Oui, car si je l’ai fait c’est que c’est possible. J’entends parfois dire que le padel d’avant était moins compétitif, mais ce n’est pas vrai. Le padel est un sport de double, et lorsque le meilleur joueur de droite et le meilleur joueur de gauche s’associent, comme nous l’avons fait avec JM Diaz, alors cette paire peut rester n°1 pendant toutes ces années. Moi j’ai pu continuer avec Pablo Lima, qui était le meilleur joueur du coté droit. Cette année par exemple, deux joueurs excellents se sont associés (Lebron et Galan), ils sont jeunes et peuvent le faire.”

“Wilson veut faire grandir le padel”

Lorenzo Lecci López: Comment s’est construit ce projet avec Wilson ?

Fernando Belasteguin: “Tout a été très rapide. Wilson m’a contacté en septembre-octobre de l’année dernière. Mon contrat se terminait avec ma marque précédente. Nous nous sommes rencontrés avec Wilson, et la discussion a été très rapide. La première chose qu’ils m’ont dit, et qui est le pourquoi je suis avec Wilson : “Nous voulons aider le padel à grandir en tant que sport sur le plan mondial”.

Avant même de parler de conditions économiques, du futur ou de quoi que ce soit, je leur ai dit qu’ils pouvaient compter sur moi pour ce projet. Le padel m’a tout donné. Ce sport m’a permis d’aider ma famille en Argentine, en Espagne.

Lorsque la marque n°1 mondiale en sport de raquettes Wilson me propose de développer le sport qui m’a tout donné, et de le faire grandir dans le monde entier, ils m’ont convaincu dès la première discussion. Pour se mettre d’accord sur les conditions du contrat et de la nouvelle marque W Bela, cela a été très facile. Je suis ravi ! J’étais habitué à travailler avec des multi-nationales, mais Wilson m’a prouvé être à un autre niveau.”

Lorenzo Lecci López: Parlons de tes raquettes. Y-a-t-il des changements par rapport aux autres raquettes que tu utilisais, qui correspondent à l’évolution de ton jeu ?

Fernando Belasteguin: “Dans la ligne W Bela, nous avons 3 raquettes. La Pro, la Élite et la Team. La Pro est la “pala” avec laquelle je joue. Nous voulions rendre accessible au public la raquette avec laquelle je joue. Je voulais que la raquette Wilson ai mon identité.

Nous avons travaillé sur le “cœur” du centre de la raquette, car je suis un joueur qui joue avec son cœur, et sur les veines des extrémités de la raquette. Cela permet à la raquette d’être très stable et solide, ce qui correspond à mon jeu. Sur les autres raquettes de la gamme, nous gardons le même design avec pour seule différence la densité des matériaux.

Pour les joueurs pro, la raquette est plus rigide. Pour la Élite, elle est plus souple et l’équilibre de la raquette est au centre. Sur la Team, elle est encore plus souple avec l’équilibre un peu plus vers la pointe, pour que le joueur amateur puisse avoir de la puissance avec des mouvements moins amples.

Je suis très heureux, car c’est la première fois qu’une marque a pour tous types de joueurs le même structure et la même raquette que celle d’un joueur professionnel.

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“Je pensais ne plus jamais jouer”

Lorenzo Lecci López: “Un Belasteguin nunca se rinde” {Un Belasteguin n’abandonne jamais}, voici ce qui est écrit sur la dragonne des raquettes de la gamme W Bela. Était-ce une demande de ta part, ou une idée de Wilson ?

Fernando Belasteguin: C’est une très belle attention de la marque. Cette phrase est restée gravée en 2018. Après 16 ans et 8 mois en tant que n°1 mondial, je me blesse au tendon du coude, ce qui m’empêche de jouer pendant 5 mois.

Il semblait que c’était la fin pour moi, que je ne pourrais plus jouer au padel. 5 mois plus tard, et grâce aux points que j’avais gagnés plus tôt dans la saison, je peux participer au Master. Je remporte ce Master. J’avais dans mon sac, un dessin de ma fille Sofia. Je m’entrainais de jour comme de nuit, mais le coude ne s’améliorait pas.

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Cette phrase je la répète à mes enfants à chaque fois qu’ils entreprennent quelque chose. Un jour, ma fille m’a vu triste et m’a donné le dessin en me disant “n’oublie pas la phrase que tu nous dis toujours”. Je le gardais toujours dans mon sac, et lorsque j’ai gagné le Master, j’ai voulu lui dédier cette victoire.

Le fait que toutes les raquettes Wilson qui se vendent dans le monde aient cette phrase manuscrite, en tant que père ça me donne la chair de poule. C’est un souvenir pour toute la vie.”

Suite de l‘interview ICI.

Lorenzo Lecci López

À ses noms, nous devinons ses origines espagnoles et italiennes. Lorenzo est un polyglotte passionné de sport : le journalisme par vocation et l’événementiel par adoration sont ses deux jambes. Son ambition est de couvrir les plus grands événements sportifs (J.O. et Mondiaux). Il s’intéresse à la situation du padel en France, et offre des perspectives pour un développement optimal.