À Marnes-la-Coquette, au milieu des qualifications du FIP Bronze, un visage bien connu du tennis français attire forcément les regards. Ancien joueur du top mondial ATP, Enzo Couacaud découvre progressivement une nouvelle vie sur les pistes de padel. Une transition qui pourrait sembler logique vue de l’extérieur, tant les anciens tennismen sont nombreux à tenter l’aventure. Pourtant, dans son cas, l’histoire est beaucoup plus personnelle.
Derrière les premiers tournois et les débuts sur le circuit se cache surtout un joueur en pleine reconstruction, qui avance encore avec prudence, lucidité et beaucoup de curiosité autour d’un sport qu’il apprend à comprendre au quotidien.
Une retraite du tennis qui a tout changé
Quand Enzo Couacaud met un terme à sa carrière de tennisman, ce n’est pas par lassitude. Le Français sort alors d’une période physiquement très compliquée et imagine même que les sports de raquette appartiennent désormais au passé.
« Je m’étais un peu fait à l’idée que les sports de raquette, c’était terminé de façon intensive », raconte-t-il.
Pendant plusieurs mois, il coupe quasiment totalement avec cet univers. Le padel arrive alors progressivement dans sa vie, presque par hasard, à travers des amis et des moments beaucoup plus sociaux que compétitifs.
Ce qui le séduit d’abord, ce n’est pas le haut niveau. C’est l’ambiance autour du sport. Le côté accessible, collectif, le plaisir simple de partager un terrain avec des proches qui n’avaient pas forcément le niveau pour jouer avec lui au tennis.
Puis sa situation personnelle évolue. Un projet professionnel hors sport ne se concrétise finalement pas et Couacaud traverse une période de réflexion. L’idée de rentrer vivre à l’île Maurice apparaît alors, avant qu’un autre chemin ne commence doucement à se dessiner.
Le déclic espagnol avec Pablo Ayma
Avant ce départ prévu pour Maurice, plusieurs proches lui conseillent de passer quelques jours en Espagne pour découvrir plus sérieusement l’univers du padel. L’idée n’est alors absolument pas de lancer une nouvelle carrière.
« Mon souhait, c’était du loisir et une découverte du sport, absolument rien de plus », explique-t-il.
Mais sur place, sa rencontre avec Pablo Ayma, sélectionneur de l’équipe de France, change progressivement sa vision des choses. Au fil des entraînements et des discussions, le technicien espagnol lui fait comprendre qu’il possède peut-être un vrai potentiel dans ce sport.
« Il a réussi à me mettre un petit truc dans la tête », sourit Couacaud.
« Il m’a dit : si tu t’y mets sérieusement, tu pourrais quand même pas trop mal jouer. »
Le Français commence alors à regarder le padel autrement. Pas encore comme un projet totalement défini, mais au moins comme une piste crédible à explorer.
Un joueur de tennis qui refuse de “dénaturer” son jeu
Dans son analyse du padel moderne, Enzo Couacaud affiche déjà une réflexion très intéressante sur le jeu. Là où beaucoup d’anciens tennismen cherchent immédiatement à copier les profils typiques du padel espagnol, lui veut conserver une partie de son identité.
Il reconnaît évidemment les lacunes liées à son apprentissage récent du sport, notamment dans le travail des vitres et la défense au fond de piste. « Les vitres, c’est clairement la partie la plus complexe », admet-il.
Mais il refuse aussi de tomber dans certains clichés autour des joueurs issus du tennis.
Pour lui, le padel moderne ne se résume pas à défendre derrière la ligne. Il prend d’ailleurs l’exemple d’Ale Galán, qu’il considère comme « le joueur le plus complet du monde ».
« Même les meilleurs choisissent parfois de jouer en direct plutôt que de défendre les vitres », explique-t-il.
« Si eux le font, ce n’est pas pour rien. »
Une vision du jeu très moderne, où l’agressivité, les transitions rapides et la capacité à prendre la balle tôt gardent une importance capitale.
Un projet plus sérieux en Espagne
Même s’il continue aujourd’hui à parler du padel avec beaucoup de recul, Couacaud avance désormais avec de vrais objectifs.
Le Français travaille notamment à Barcelone avec son partenaire espagnol Miquel Ayats, dans un projet qu’il décrit lui-même comme « beaucoup plus professionnel » que ses premiers tournois disputés en France.
L’objectif immédiat reste avant tout la progression : devenir plus complet, enrichir son jeu et comprendre davantage les exigences tactiques spécifiques du padel.
Mais Couacaud ne cache pas non plus une certaine ambition. Si le niveau devient cohérent avec les exigences du circuit FIP, il envisage clairement de se lancer plus sérieusement dans les tournois internationaux.
Son expérience du très haut niveau dans le tennis influence d’ailleurs déjà énormément son approche du travail.
« Je ne fais rien sans objectifs », insiste-t-il.
« J’aime bosser, chercher des solutions et comprendre comment progresser. »

Djokovic, la blessure et ce que le haut niveau lui a laissé
Difficile évidemment de ne pas revenir sur son passé de tennisman professionnel. Durant l’entretien, Couacaud évoque notamment son fameux match face à Novak Djokovic à l’Open d’Australie.
Mais avec le recul, le Français refuse d’en faire un moment totalement à part.
« Le lendemain, j’avais la même vie », raconte-t-il avec beaucoup de simplicité.
« J’étais devant mon ordinateur à regarder une série et manger mon plat de pâtes. »
En revanche, il révèle aujourd’hui un détail qu’il n’avait jamais vraiment raconté pendant sa carrière : à cette période, il traversait un énorme problème physique et avait perdu plusieurs kilos avant Melbourne.
Le fait d’avoir réussi à se qualifier dans ces conditions reste finalement l’un des souvenirs dont il est le plus fier. Non pas pour l’affiche contre Djokovic en elle-même, mais pour ce qu’elle raconte mentalement.
« Je savais qu’il y avait de grandes chances que je me blesse », explique-t-il.
Et c’est exactement ce qui se produit dès les premiers jeux du match.
Pourtant, malgré la douleur et un physique déjà très fragilisé, il continue. Avec le recul, Couacaud voit surtout cette expérience comme une démonstration de résilience et de capacité à repousser certaines limites mentales.
« Ça m’a montré qu’on était capables d’aller plus loin que ce qu’on croit. »

Se réinventer encore et encore
Aujourd’hui, cette expérience du haut niveau nourrit forcément son approche du padel. Mais plus encore que les aspects techniques ou tactiques, Couacaud insiste sur quelque chose de plus profond : la gestion des moments faibles.
Pour lui, dans les sports individuels comme le tennis ou le padel, la différence se fait souvent dans la capacité à traverser les périodes compliquées sans sortir du match.
« Les temps faibles, on en a forcément. On ne peut pas être parfait », explique-t-il.
« Bien les gérer, ça peut éviter de perdre beaucoup de matchs. »
Il évoque aussi l’importance de “l’entraînabilité” : la capacité à écouter, à accepter le travail demandé et à progresser dans un cadre précis.
Mais derrière tout cela, on sent surtout chez lui un besoin constant de repartir de zéro. Avant le padel, il s’était déjà lancé dans le grappling. Plus récemment, il s’est aussi inscrit à un Ironman.
« J’aime bien me réinventer », confie-t-il.
Le padel représente donc bien plus qu’une simple reconversion d’ancien tennisman. C’est un nouveau terrain d’apprentissage, avec ses propres codes, ses frustrations, ses découvertes et ses défis.
Et c’est probablement ce qui rend cette transition particulièrement intéressante à suivre.
Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !

































































































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