Jessica Ginier est la première joueuse française de padel avec sa partenaire Alix Collombon. Antoine Sarroste est parti à Lyon l’interviewer et découvrir son histoire autour du padel.

  • Bonjour Jessica, dans un premier temps, pouvez- vous vous présenter s’il vous plait ?

Jessica Ginier : Bonjour, j’ai d’abord été au mieux numéro 27 française au tennis. J’ai essayé de faire de ce sport, ma carrière. Malheureusement, j’ai eu une blessure à 17/18 ans. Je me suis reconverti dans l’enseignement vers mes 20 ans. Et en terme de padel, cela fait 2 ans et demi que je joue avec une très bonne amie qui était une très bonne joueuse de tennis également (N° 35/40 française). Elle m’a lancé un peu dans le padel, j’ai pas tout de suite accroché la première fois. Mais après elle me disait qu’il y avait des championnats du monde, elle m’a vendu un peu du rêve en me disant que c’était un peu en Argentine. Je m’en rappelle c’était au mois de février 2016, elle me disait que le niveau des filles était accessible et qu’il n’y avait pas grand monde. Au final, on a commencé à s’entrainer et on a fini 6 mois après 3ème des championnats du monde au Portugal à Lisbonne. Donc c’est un peu grâce à Alix qui est ma partenaire encore aujourd’hui qui m’a fait découvrir le padel.

  • En termes de résultat, où en êtes-vous ? Quels sont les objectifs à court et moyen terme ?

JG : On a deux objectifs différents dorénavant. Ma partenaire Alix est partit en Espagne, faire du padel à fond et essayer de percer avec comme projet de devenir professionnelle. Moi, c’est un projet un peu différent, c’est de rester numéro 1 française ici tout en essayant de m’amuser et de continuer à faire partir de l’équipe de France avec Alix.

Malheureusement, chez les filles, il n’y a pas beaucoup de tournois donc on n’en fait pas énormément. Il y a très peu de P1000 (tournoi référent) contrairement aux garçons. En tout, il doit y en avoir 10 en France chaque année, on essaye d’en faire 7.

  • Pouvez-vous nous donner votre regard sur le développement du padel en France ?

JG : Depuis deux ans, je vois que le padel se développe et se cadre avec la fédération française de tennis. Par exemple, je n’y étais pas, mais il y a 5 ans en équipe de France, les joueurs payaient leurs déplacements. Ce n’est plus le cas maintenant, c’est pris en charge. Il s’avère que pour le mondial au Paraguay, ils nous font partir avant pour s’adapter et pour le décalage horaire. Toutes ces choses-là sont des choses mise en place par la FFT comme un stage de préparation sur le thème de l’équipe de France. On se dit qu’ils ont envie de faire bouger les choses, on se dit qu’ils ont envie de faire progresser cette équipe de France. Les tournois sont de plus en plus organisés et cadrés même en termes de point padel.

Donc en termes de compétition, ça se développe beaucoup et moi je constate qu’en terme de pratiquants et de licenciés, ça se développe de plus en plus. On espère voir le padel aux JO, en termes de visibilité ça serait magique. C’est l’objectif principal de la fédération française de tennis.

  • Au niveau du sponsoring, on sait que vous êtes avec une marque espagnole, concrètement comment êtes-vous organisés financièrement ? Ton contrat est uniquement un contrat matériel ? Tu as d’autres sponsors ?

JG : C’est un contrat matériel avec un fixe à l’année. Je suis un peu rémunérée et puis après j’ai des bonus et primes de résultat sur les tournois. Je n’ai pas d’autres sponsors par contre. Etant donné que je ne me suis pas lancée à fond dans le projet, c’était un peu délicat d’aller démarcher d’autres sponsors. Si à terme, cela me coûte de l’argent d’aller à droite, à gauche, peut être que je changerai d’avis mais pour l’instant cela me suffit.

  • Avez-vous pour objectif de partir vous entrainer en Espagne comme les numéros un français pour parvenir à en faire un métier ? A partir de quel classement on gagne bien sa vie, Top 50?

JG : Non, je n’ai pas comme objectif de partir en Espagne car tout simplement j’ai une vie ici au Tennis Club de Lyon et que j’ai aussi construit ma vie d’un point de vue personnelle. J’ai fait construire une maison. Après, ce n’est pas dans mes projets mais si j’apprends que ce sport va être aux Jeux Olympiques en 2024, étant donné que c’est un de mes rêves, peut être que je changerai d’avis. De plus, au TCL, je me suis engagée.

Je pense qu’à partir du TOP 20, on commence à gagner bien notre vie. Au-delà, on est encore un peu juste même s’il y a les sponsors qui aident un peu mais je ne pense pas qu’on puisse arriver à gagner sa vie. On peut cependant arriver à se financer une année complète.

  • Selon vous, qu’est-ce qui pourrait être transposé du modèle espagnol à la France et qui permettrait la massification du padel ?

JG : Je pense que cela va dépendre dans un premier temps des structures crées. Si les clubs de tennis arrivent à mettre en place des structures de padel, cela peut se développer plus vite. Après, je ne sais pas si on arrivera au niveau de l’Espagne car il y a un réel problème culturel et peut être à cause du temps aussi. On voit que dans le Nord de la France, c’est moins développé.

Même s’il y a des belles structures qui se montent en France, on peut voir qu’en Espagne, il y a beaucoup de terrains extérieurs et aussi des structures de dingues aussi à l’intérieur.

  • Qu’est-ce que le padel peut apporter à un club de tennis ?

JG : Je pense que c’est un atout fondamental pour moi parce que c’est vrai qu’on perd, mine de rien, un peu de licenciés au tennis donc ça peut permettre de les fidéliser avec un nouveau sport qui est quand même relativement proche du tennis. Pour moi, cela peut être qu’un plus pour un club de tennis. Après, j’explique souvent aux gens que cela doit être bien géré. On ne met pas juste comme ça des terrains de padel dans un club. Il faut faire des animations sans cesse pour faire découvrir ce sport. Sans initiations, les gens sont réticents car ils ne connaissent pas du tout ce sport. Il faut le faire vraiment à fond.

  • Selon vous, le padel peut-il apporter une nouvelle clientèle aux clubs de tennis ?

JG : Oui, je pense car je suis beaucoup sur les réseaux sociaux et je vois de plus en plus des footeux qui franchement jouent beaucoup. J’ai vu par exemple une vidéo où les joueurs professionnels de l’OM faisaient un tournoi de padel entre eux au Portugal donc oui je pense qu’on peut faire venir tout le monde.

  • Est-ce que le padel est un sport télégénique ? Car ça va très vite et avec les vitres cela peut gêner, non ?

JG : Je trouve ça plus impressionnant de regarder du padel que du tennis. Bon, après il y a le fait que je baigne dans le tennis depuis toute petite et je suis moins lacée de ce nouveau sport. Mais vous voyez bien dans le tennis féminin, il n’y a pas une lassitude mais il n’y a pas vraiment d’engouement. C’est bien-sûr mon avis personnel donc en espérant que le padel soit un sport télégénique.

  • Pensez-vous que la pseudo « concurrence » entre structures privées et clubs de tennis peut être bénéfique aux clubs de tennis ?

JG : Si tous les clubs de tennis ont des structures de padel, bien évidemment ça desservira aux structures privées. Mais les avantages qu’ont les structures privés, en général, ce sont les terrains intérieurs. Il y a peu de clubs de tennis qui ont des terrains de padel couverts. Les adhérents aux clubs de tennis risquent de jouer 6/7 mois au padel dû au mauvais temps. Dès que l’hiver arrive, je serais la première à aller jouer à Esprit Padel car c’est un club de qualité et c’est beaucoup plus confortable que l’extérieur.

  • Vous allez sûrement animer au TCL, Jérome Vanier disait que c’était une menace de n’avoir qu’un voir deux terrains de padel dans un club de tennis pour le développement de ce sport.

JG : oui ça peut l’être après c’est quand même déjà top d’en avoir deux que pas du tout. Mais c’est vrai que c’est déjà compliqué pour organiser des tournois homologués.

  • Vous êtes engagée dans votre ligue ?

JG : je suis rentrée à la commission à la ligue du lyonnais via Gilles Moretton (Président de cette ligue de tennis) pour essayer de développer. On a fait une première réunion déjà, on va en avoir une en septembre, je suis motivée à faire le maximum pour développer le sport.

  • Pensez-vous qu’ils mettent tous les moyens nécessaires pour faire évoluer ce nouveau sport de raquettes ?

JG : J’espère… On a toujours entendu que la FFT avait peur que  le padel prenne le dessus sur le tennis comme en Espagne. Maintenant, je fais confiance à la fédé pour que cela ne soit pas le cas. Si le padel explose aura tout à y gagner. L’objectif est que les licenciés fassent les deux sports et d’avoir aussi des nouveaux membres.

  • En France, la formation n’est pas du tout développée. Est-ce qu’il faudra passer par des gens comme vous pour la formation ? Ou faudra aller en Espagne pour que les profs de tennis s’impreignent du padel ?

Etant donné que c’est un sport nouveau et que les profs de tennis, je pense s’y mettent un peu peuvent effectivement que les gens peuvent passer par nous. Mais, après à long terme, si des profs veulent entrainer des joueurs, ce qui risque d’être le cas si le padel continue à progresser, il faudra prendre des mesures par la FFT et mettre en place des formations en faisant venir des joueurs/ coachs espagnols ou alors se déplacer. Mais, à l’heure actuelle, pour moi ce n’est pas nécessaire.

  • La professionnalisation du padel peut-il être un levier pour le développement des clubs de tennis ?

JG : Oui, je pense parce qu’on va se rendre compte qu’avec, par exemple Johann Bergeron qui commence à gagner sa vie, bah tiens les jeunes vont être intéressés et vont essayer de faire de la compétition, ça peut que faire monter les clubs vers le haut.

  • Le padel peut-il concurrencer le tennis ? Notamment au sein des clubs de tennis ?

JG : Pour moi, le padel est complémentaire au tennis parce que le tennis reste le tennis, je n’arrêterai pas le tennis pour me mettre qu’au padel. Ça me fait plaisir de temps en temps de faire des tournois de tennis, de taper la balle etc…

  • Ce n’est pas trop dure de changer et de se remettre au padel ?

JG : Tout le monde me pose la question, et honnêtement pas du tout sauf de temps en temps au filet je vais parfois un coup tennis ou un smash bras roulé. Mais non, je me fais autant plaisir sur les deux sports.

  • Est-ce que vous pensez que la Fédération de Padel prendra son indépendance dans les prochaines années ?

JG : Alors, je ne sais pas trop. Cela a été le cas avant que je fasse du padel, j’en entends beaucoup parler. Maintenant, ça à l’air de bien se passer comme ça donc pour moi ça serait bien que ça reste comme c’est actuellement. Encore une fois, il faut que la fédé fasse ce qu’il faut pour le padel. S’ils mettent tout en œuvre pour développer le padel, autant qu’il la garde sinon on pourrait voir une autre fédération.

  • Avez-vous quelque chose à rajouter par rapport aux moyens utilisés et possible pour le développement du padel ?

JG : Pour moi, il faut insister sur les jeunes. Regardez, on n’a même pas d’équipe de France -18 ans au padel, c’est quand même incroyable de pas en avoir, même si c’est déjà bien d’en avoir une équipe adulte. Toutes les autres nations ont des équipes de France jeune. Il faut insister là-dessus et puis c’est l’avenir les jeunes. Actuellement, je fais un stage de tennis avec des 8/9 ans, pour moi c’est maintenant qu’il faut faire découvrir ce nouveau sport pour qu’après ils essayent de jouer en compétition ou en loisir.

Antoine Sarroste a étudié le padel. Il nous offre son expertise autour du développement du padel en France.