Vainqueurs du P1000 4Padel Strasbourg fin mai, Diego Garcia et Teri Groll partagent bien plus qu’une réussite sportive. Âgés respectivement de 34 et 33 ans, les deux joueurs ont découvert le padel en 2016 alors qu’ils étaient encore pleinement investis dans le tennis. Ancien professeur de tennis reconverti dans la logistique, Diego Garcia a progressivement trouvé sa voie sur les pistes.

De son côté, Teri Groll, aujourd’hui enseignant de padel à Casa Padel à Kingersheim, a également effectué la transition depuis l’enseignement du tennis. Dans cet entretien, les deux partenaires reviennent sur leur parcours, leurs débuts dans la discipline et les étapes qui les ont conduits jusqu’à cette récente victoire.

“On est fiers de nous”

Pour commencer, on va revenir sur la victoire que vous avez faite à Strasbourg, sur le dernier P1000 au 4Padel. Quelques jours après ce titre, qu’est-ce qui vous reste principalement en tête maintenant ?

Ce n’est pas facile, hormis cette finale très difficile. On est fiers de nous, mais c’est pas comme si on avait gagné les championnats de France pour nous. On a plutôt bien joué tout le week-end.

La finale n’était pas facile, parce que de par leur style de jeu et le fait que c’était deux gauchers. Donc, on est content de s’en être sortis. On pense à la suite, surtout à l’enchaînement, c’est le plus important.

“On a déjà battu ce genre de joueurs”

Est-ce que cette victoire en finale contre la tête de série 1 est une des plus belles de votre parcours ensemble ?

On a déjà battu des joueurs plus forts il y a quelques années, qui étaient mieux classés. Des joueurs dans le top 10, on a déjà battu ce genre de joueurs. Mais c’est vrai que là, vu que c’est deux bons joueurs qui jouent très bien et qui jouent bien ces derniers mois, c’était une bonne victoire.

Teri Groll & Diego Garcia

“Les sensations n’étaient pas toujours là”

Pour finir sur Strasbourg, est-ce que vous avez le sentiment, vous deux en tant que paire, d’avoir vraiment joué le meilleur padel ? 

Je pense qu’on s’est déjà sentis plus à l’aise. On a peu d’entraînement en ce moment. J’avais coupé un peu aussi parce que je suis devenu papa. Je suis encore dans la reprise. Les sensations n’étaient pas toujours là, surtout physiquement, avec des grosses baisses physiques par passage.

Mais c’est vrai que Diego et moi, beaucoup de monde le savent, même les autres joueurs aussi, depuis qu’on a commencé le padel, on est les joueurs qui s’entraînent le moins et qui se sont entraînés le moins au padel. On est deux anciens joueurs de tennis donc, c’est vrai qu’on a cette facilité à compenser sur pas mal de choses.

Vu qu’on ne s’entraîne pas beaucoup, on compense bien sur certains trucs. On a eu des périodes, en fait, que ce soit dans nos vies professionnelles ou autres, on a des fois eu chacun des trucs un peu chacun de son côté. Parfois, t’en avais un qui était plus en forme, l’autre non.

Cela fait quelques années qu’on n’a pas trop, on va dire, été en même temps en forme. Mais là, ça va, on revient. Je pense qu’on a déjà mieux joué que ça, clairement. Après, comme dit Diego, il est papa depuis janvier donc c’est déjà beau de réussir à jouer déjà comme ça depuis peu.

“Cela fait plus de 20 ans qu’on se connaît”

Est-ce que vous pourriez me dire depuis quand jouez-vous ensemble et surtout, comment votre association est-elle née ?

C’est de très longues dates. Pour faire rapide, on est de la même génération au tennis. On s’est joué très tôt, très jeune au tennis, à 12-13 ans, les premières fois. Ça fait plus de 20 ans qu’on se connaît. On s’est lié d’amitié très jeune, dès qu’on s’est rencontré au tennis.

On est resté meilleurs potes depuis plus de 20 ans. Diego est originaire de Lyon et je suis d’Alsace, de Mulhouse. Lui, il a déménagé par la suite en 2016. On s’est retrouvé dans le même club où on a eu un terrain de padel. On a commencé ensemble en même temps.

Depuis, on est toujours ensemble. On a commencé par hasard. Notre président du club de tennis à l’époque a été le premier dans le département à mettre un terrain de padel extérieur. Il avait un peu senti le truc venir.

De 2016 à décembre 2024, Diego et moi, on a toujours fait quelques P1000 dans l’année, mais très peu. Des fois, on n’était pas capable de jouer pendant 4 à 6 mois. C’est vrai qu’on est un peu atypique. On est un peu différent des autres. On est meilleurs potes depuis 20 ans, c’est vrai que ça aide. C’est aussi pour ça qu’on joue ensemble, clairement.

Teri Groll & Diego Garcia

“Il nous sort des coups assez exceptionnels”

Est-ce que vous pouvez décrire votre coéquipier en 3 mots sur le terrain ?

On a commencé les premières années pendant deux ou trois ans où Diego était à gauche et moi, j’étais à droite. Après, c’était parce que j’ai des problèmes au coude et à l’épaule depuis de nombreuses années ; donc j’avais commencé à droite. C’était Diego qui tapait.

Après, on avait un petit peu switché. Même si moi, je fais 1m90 et Diego 1m72, il est réputé pour être plus un attaquant et un boucher. Moi, je suis quelqu’un qui peut, des fois peut être un peu moins puissant, mais faire moins de fautes.

Diego a une grosse agressivité pour un joueur de droite, parfois même un peu trop. Donc, ça, c’est sa force, clairement. Après, on ne va pas trop rentrer en détail, je ne vais pas trop dire tout ce qu’il faut. Mais bon, c’est rare. Pour ma part, c’est vraiment la main qu’il peut avoir de temps en temps.

Il nous sort des coups assez exceptionnels et il est capable de trouver des zones impensables. On ne penserait même pas à essayer et lui, il arrive à les trouver. Depuis qu’il a repris un peu la muscu, la qualité des smashs, ça nous fait du bien, aussi. Il est capable de beaucoup plus terminer les points qu’il y a quelques mois.

“C’est vraiment l’amitié”

Quel est votre secret pour durer ensemble alors qu’aujourd’hui,  beaucoup de paires à votre niveau ou au-dessus changent plus que régulièrement ?

On joue ensemble parce que c’est l’amitié, en premier. Après, c’est vrai qu’on n’a pas d’écart de niveau. Si on avait un écart de niveau de fou, on ne jouerait peut-être plus ensemble. Moi, j’ai deux enfants aussi. C’est le parrain d’un de mes enfants. Moi, je suis le parrain de sa petite. C’est vraiment l’amitié.

On a changé une fois parce que Diego, à l’époque, il y a quelques années, était revenu vers chez ses parents à Lyon. On avait dû switcher un petit peu parce que pour les championnats régionaux, il fallait rester avec deux joueurs dans la même région. Mais sinon, on n’a jamais changé de partenaire.

On joue ensemble pour l’amitié, parce qu’on a les mêmes objectifs aussi sur ça. On nous a beaucoup demandé de jouer avec d’autres personnes mais on n’est pas spécialement intéressé par ça. On n’a pas envie. On n’a pas les mêmes objectifs auss. On préfère perdre en quart ensemble plutôt que d’aller chercher un titre avec quelqu’un avec qui on ne s’entend pas.

“On aime prendre le filet”

Comment arriverez-vous à définir votre identité de jeu ? 

On est imprévisible. J’ai discuté de ça avec quelqu’un il y a pas si longtemps qui m’a dit, quand on vous joue, il faut lancer une pièce avant le match et savoir comment ils vont être. Il m’a dit, ça ne dépend que d’eux. Diego et moi, c’est vrai qu’on a une bonne main.

On aime bien faire des bonnes choses, donc il faut qu’on arrive un peu aussi à se canaliser, à faire des choses simples. Mais après, on a un côté quand même de par notre face tennistique d’aller vite vers l’avant. On aime prendre le filet.

Notre qualité est d’être assez agressif aussi, même si maintenant on est quand même bien plus patient aussi au fond. Notre objectif est de mettre quand même la pression rapidement au filet, je dirais.

Teri Groll & Diego Garcia

“Il faut suivre le rythme”

Si on doit parler du Padel français en général, qu’est-ce qui vous plaît le plus actuellement dans le développement du circuit et à l’inverse, qu’est-ce qui vous dérange ?

Dans notre région déjà, c’est une région qui commence un peu à se développer. À Strasbourg, c’est déjà un peu plus développé, mais nous, du côté de Mulhouse, on n’a que Casa Padel qui a ouvert il y a un an et demi de ça. Sinon, on a 4 Padel, mais à la base, il y avait seulement deux pistes.

Maintenant, ils sont passés à quatre pistes à l’intérieur. Donc, il y a très peu de tournois chez nous. C’est vraiment le gros point faible. Nous, on ne se déplace quasiment pas, en fait pour des tournois, hormis vraiment si ça reste dans le coin ou en région lyonnaise.

C’est la raison pour laquelle on ne nous voit pas non plus énormément. C’est vrai qu’on a nos vies personnelles et professionnelles. Je dirais que ce qui est bien, c’est que le padel s’est développé énormément, que ce soit dans les tournois, le niveau, les joueurs.

Il y a énormément de joueurs maintenant, contrairement à il y a quelques années. Aujourd’hui, il y a 10 fois plus de tournois. Moi, je dirais que c’est plus ça qui est le plus difficile. Quand on a commencé, franchement, je crois qu’il y avait 2 à 3 tournois par mois.

Quand tu regardes maintenant, il y en a des fois 4 à 5 par week-end. Pour des joueurs un peu comme nous, qui ne jouent pas beaucoup, il faut suivre le rythme.

“L’objectif, c’est aussi d’essayer de bien jouer maintenant”

Vis-à-vis de la suite de la saison qui arrive après cette victoire, quels sont vos futurs objectifs ? 

Alors, c’est assez rare, mais oui, on a une programmation jusqu’à mi-juillet. Il y a déjà les championnats régionaux dans 15 jours. Avant ça, on fait un P1000 à Metz, un peu pour se préparer. Et mi-juillet, on a un P1000 du côté de Strasbourg à Reichstett.

Ça fait deux ans qu’on le gagne là-bas, donc on va y retourner. Et pour l’instant, c’est tout ce qu’on a de prévu. L’objectif, c’est aussi d’essayer de bien jouer maintenant. Alors un P1000, on aimerait bien le faire.

La qualif comme dit pour les championnats de France, ça, c’est on va dire le gros objectif de pouvoir faire le championnat de France, là, en septembre, octobre. Pour les prochains P1000 qu’on va faire, aller au bout pour pouvoir aussi avoir de nouveau un meilleur classement, histoire de se rapprocher de nouveau de la 50e place.

“Diego qui m’a mis une béquille”

Est-ce que vous pouvez peut-être raconter une anecdote sur un moment marquant que vous avez vécu ensemble sur un terrain de padel ? 

Il y en a une qui était pas mal, c’est Diego qui m’a mis une béquille à l’époque et on a dû arrêter le tournoi. Elle était pas mal, celle-là. On jouait très bien sur un P1000. C’était il y a quelques années. On jouait en demi-finale. Je ne sais plus qui c’était.

On avait gagné le premier set et sur un lob, on s’est rentré dedans. Et vu qu’il était plus costaud que moi, il m’a mis une béquille dans la cuisse. C’était dehors, en extérieur, le soir, et il faisait très froid et impossible de bouger. On avait dû arrêter. Ça doit être notre seule, vraiment mésaventure. J’avais eu mal pendant quelques semaines.

“On est quand même très soudés aussi”

Pour finir, si vous deviez résumer votre duo en une phrase, ça serait laquelle ? 

C’est que chacun sait ce qu’il va faire en avance, comment l’autre il est aussi, mentalement, ce dont on a besoin. On est très imprévisible et je dirais que c’est une de nos forces. On est quand même très soudés aussi.

C’est pour ça qu’on est ensemble, même si l’un joue moins bien, l’autre fait des fautes, on va toujours se soutenir. On est un peu imprévisibles, mais très soudés. On se connaît par cœur. Des fois, quand tu vois d’autres joueurs qui jouent ensemble, ils se reprochent pas mal de choses, ils sont chacun de leur côté.

On se connaît, on sait qu’on ne va pas se reprocher des trucs ou autre, on s’en fiche. Quand on se connaît tellement, ça peut être des fois notre faiblesse, mais c’est quand même notre grosse force.

Hugo Depere Tomas

Depuis ma découverte en Andorre il y a bientôt 10 ans, le padel façonne ma vie entre tournois, nouvelles raquettes et nouvelles rencontres. J’adore regarder les tournois des pros et m’en inspirer et si je devais prendre un joueur modèle, ce serait Juan Lebrón. Oh, je sens que je vais me faire des amis ! ;)