À quelques jours de l’annonce de la liste définitive de l’Espagne pour les Championnats du monde, une candidature prend de plus en plus d’épaisseur : celle d’Aimar Goñi. À 20 ans, le Navarrais réalise la meilleure saison de sa jeune carrière et vient encore de marquer les esprits avec un quart de finale au Paris Major.

Mais ses résultats ne sont plus ses seuls arguments. Arturo Coello, Sanyo Gutiérrez ou encore Jorge Martínez ont publiquement souligné les qualités d’un joueur au profil particulièrement explosif. Entre performances, puissance et soutiens de poids, une question se pose désormais pour le sélectionneur Juanjo Gutiérrez : peut-il réellement se passer de Goñi pour le Mondial ?

Huit places et des choix à faire

Le casse-tête est réel pour Juanjo Gutiérrez. Le sélectionneur espagnol a retenu 12 joueurs dans sa pré-liste, mais seulement huit s’envoleront pour le Mondial. Avant même de dévoiler ces noms, il reconnaissait avoir déjà six joueurs quasiment fixés et hésiter encore entre plusieurs profils pour compléter son groupe.

Dans une sélection aussi dense que celle de l’Espagne, les performances et le classement ne seront d’ailleurs pas les seuls critères : Gutiérrez a expliqué vouloir construire une véritable équipe, en tenant compte des conditions de jeu, de la complémentarité des joueurs et des différentes associations possibles.

Un discours qui pourrait justement servir la candidature d’Aimar Goñi. Le Navarrais ne possède pas encore l’expérience internationale de certains de ses concurrents, mais il apporte quelque chose de différent : un joueur de gauche de 20 ans, capable d’imposer énormément de puissance et de prendre le contrôle d’un match par son volume de coups gagnants.

Au sein d’une sélection où les profils comptent autant que la hiérarchie individuelle, cette singularité pourrait peser lourd au moment de réduire la liste de douze à huit noms.

Jorge Martínez voit en Goñi une arme face à l’Argentine

Parmi les soutiens reçus par Aimar Goñi, celui de Jorge Martínez est sans doute l’un des plus significatifs. L’ancien sélectionneur espagnol, aujourd’hui notamment aux côtés d’Ale Galán, voit dans le jeune Navarrais un véritable « élément surprise » pour le Mondial.

Plus qu’une récompense pour ses résultats, Martínez défend surtout sa sélection pour des raisons tactiques. Dans des conditions rapides, où la balle sort beaucoup, il estime que la puissance de Goñi peut « conditionner énormément le jeu ».

Son raisonnement va même plus loin en se projetant vers une éventuelle confrontation avec l’Argentine, principal rival de l’Espagne. Face à la puissance que peut notamment apporter Leo Augsburger, Martínez estime intéressant de disposer d’un joueur capable de répondre avec des armes similaires. Goñi offrirait ainsi au sélectionneur une option différente, capable de faire basculer une rencontre par sa capacité à accélérer et à terminer les points.

Un argument qui prend encore davantage de sens lorsque Juanjo Gutiérrez répète que sa liste sera aussi construite en fonction des profils et des conditions de jeu, et pas uniquement du classement.

Coello et Sanyo votent aussi Goñi

Et Jorge Martínez est loin d’être le seul à pousser la candidature de Goñi. Invité à composer sa propre sélection espagnole, Arturo Coello n’a pas hésité au moment d’attribuer sa dernière place. Après avoir cité les principaux cadres de la Roja, le numéro 1 mondial devait trancher entre plusieurs candidats, parmi lesquels Momo González, Javi Leal ou encore Goñi.

Son choix s’est finalement porté sur le Navarrais : « Moi, je prendrais Aimar Goñi. » Un soutien forcément significatif venant de l’un des leaders de la future sélection espagnole.

Quelques mois auparavant, Sanyo Gutiérrez avait été encore plus catégorique : « Goñi, je l’emmène au Mondial sans réfléchir. » L’Argentin mettait notamment en avant un joueur « différent », doté d’une qualité de main particulière, allant même jusqu’à rapprocher son profil de celui de Leo Augsburger.

Deux avis venus de générations différentes, mais qui convergent vers la même idée : au-delà de son classement, Goñi possède des caractéristiques suffisamment rares pour apporter quelque chose que l’Espagne ne retrouve pas forcément chez tous ses autres candidats.

À Paris, Goñi a répondu sur la piste

À ces soutiens s’ajoute surtout un argument difficile à ignorer : les résultats. Aux côtés d’Edu Alonso, Goñi réalise une saison qui l’a installé parmi les joueurs capables de bousculer régulièrement les meilleures paires du circuit. Demi-finaliste à l’Asunción P2, quart-de-finaliste à plusieurs reprises cette saison, le Navarrais a surtout profité du Paris Major, l’un des derniers grands rendez-vous avant l’annonce de la sélection, pour envoyer un nouveau message à Juanjo Gutiérrez.

À Roland-Garros, Alonso / Goñi ont éliminé Coki Nieto / Mike Yanguas 6/4 6/3, alors que ces derniers arrivaient à Paris après leur finale au Madrid P1. La paire a ainsi rejoint les quarts de finale avant de céder face à Chingotto / Galán (7/6 6/2).

Une nouvelle performance qui a confirmé la progression de Goñi, désormais 32e mondial, mais surtout sa capacité à rivaliser avec des joueurs installés bien plus haut dans la hiérarchie. À quelques jours du choix définitif du sélectionneur, difficile pour le jeune Espagnol de mieux défendre sa candidature que directement sur la piste.

Des arguments, mais aucune garantie

Pour autant, la sélection de Goñi est loin d’être acquise. Si son nom revient avec insistance ces derniers jours, c’est aussi parce que la concurrence reste particulièrement relevée. Momo González, notamment, possède une expérience que peu de joueurs peuvent revendiquer.

Habitué des grands rendez-vous avec l’Espagne, membre régulier du top mondial depuis plusieurs saisons, l’Andalou offre des garanties différentes de celles du jeune Navarrais. Javi Leal disposen aussi d’arguments solides après ses performances sur le circuit cette saison.

Cette concurrence explique d’ailleurs pourquoi le débat existe toujours. Car la question n’est probablement pas de savoir si Goñi mérite sportivement sa place. Ses résultats récents, son classement et les soutiens reçus plaident largement en sa faveur. La véritable interrogation est plutôt de savoir quel type d’équipe souhaite construire Juanjo Gutiérrez.

Alors, Juanjo Gutiérrez est-il obligé de sélectionner Aimar Goñi ?

Non, tant l’Espagne dispose d’un réservoir exceptionnel et de plusieurs alternatives crédibles. Mais à quelques jours de l’annonce définitive, le Navarrais semble avoir coché presque toutes les cases pour compliquer au maximum le choix de son sélectionneur. Des résultats au plus haut niveau, un profil différent, une puissance rare et le soutien public de références comme Jorge Martínez, Arturo Coello ou Sanyo Gutiérrez : les arguments commencent à s’accumuler.

Raphael Degironde

Fan et joueur de padel, je scanne le milieu du padel : Attention vous êtes surveillés !