Valentino Libaak et Gonzalo Alfonso ont été l’une des attractions du Kuwait Major. Après avoir renversé Juan Lebrón et Leo Augsburger, 4/6 7/5 6/1, les Argentins ont encore trouvé les ressources pour retourner une situation très compromise face à Paquito Navarro et Martín Di Nenno, avant de s’incliner sèchement contre Arturo Coello et Agustín Tapia. Trois matchs qui racontent assez bien ce qui rend cette paire aussi dangereuse… et ce qui lui manque encore face aux numéros 1.

Un Libaak en pleine confiance

Il y a d’abord quelque chose qui saute aux yeux : Tino Libaak joue actuellement avec une confiance énorme.

L’Argentin n’hésite plus seulement à terminer les points lorsqu’il se retrouve installé au filet. Il prend désormais des décisions beaucoup plus agressives, parfois très loin des standards habituels : on le voit notamment tenter des remates avec les deux pieds encore derrière la ligne de service, signe d’un joueur qui sent particulièrement bien la balle et qui accepte de prendre des risques.

Cela change profondément le visage de la paire.

Lorsqu’il est dans cet état de confiance, Libaak devient difficile à contenir parce que l’adversaire ne peut plus simplement attendre une balle courte pour anticiper l’accélération. Une balle légèrement flottante, un lob un peu trop court ou une trajectoire qui reste au centre peut immédiatement devenir une opportunité offensive.

Et à côté de lui, Gonzalo Alfonso ajoute une autre forme d’incertitude.

Alfonso apporte le désordre, Libaak l’exploite

Le jeu d’Alfonso est beaucoup moins prévisible.

Le « Mago » peut ralentir, jouer une trajectoire inhabituelle, changer brutalement de rythme ou tenter un coup auquel l’adversaire ne s’attend pas forcément. Cela crée parfois quelques fautes, mais cela empêche surtout les adversaires de s’installer dans une lecture confortable du point.

C’est probablement l’une des grandes forces de cette association.

Alfonso dérègle l’échange, Libaak peut ensuite l’accélérer.

La paire n’a donc pas toujours besoin de dominer immédiatement le filet ou d’imposer une structure très académique. Elle peut accepter quelques échanges supplémentaires, varier les trajectoires, déplacer le bloc adverse puis déclencher brutalement.

Face à Lebrón et Augsburger, le phénomène a été particulièrement visible dans la deuxième moitié du match.

Après avoir perdu la première manche 6/4, Libaak et Alfonso sont restés au contact avant d’aller chercher le deuxième set 7/5. Puis le match s’est complètement inversé : 6/1 dans la troisième manche.

Les statistiques illustrent cette bascule : dans le dernier set, la paire argentine a remporté environ 65 % des points disputés, contre 35 % pour Lebrón–Augsburger.

Ce n’était plus seulement une remontée au score. C’était progressivement un changement complet de dynamique.

Cinq points qui changent tout contre Navarro / Di Nenno

Le scénario contre Paquito Navarro et Martín Di Nenno est encore plus révélateur. Après un premier set extrêmement équilibré, Libaak et Alfonso se retrouvent menés 5-2 dans le tie-break. À cet instant, trois points séparent leurs adversaires du gain de la manche.

Ils vont pourtant remporter les cinq points suivants pour prendre le tie-break 7-5.

La séquence est intéressante : Libaak tient notamment ses engagements puis intervient de manière décisive au smash, tandis que la pression exercée par les Argentins finit par provoquer les erreurs adverses.

Et derrière, Navarro et Di Nenno ne repartent jamais vraiment.

Libaak–Alfonso prennent immédiatement le service adverse dans la deuxième manche et s’envolent vers un 6/1. Ils terminent la rencontre avec 71 points gagnés contre 53 et remportent 73 % des points derrière leur première balle.

Encore une fois, le même phénomène apparaît : une fois qu’ils commencent à sentir que le match peut basculer, leur niveau d’agressivité augmente et l’adversaire commence progressivement à douter.

Une paire qui oblige l’adversaire à réfléchir

C’est peut-être là que Libaak–Alfonso deviennent particulièrement dangereux. Ils ne proposent pas seulement une puissance importante. Ils créent de l’incertitude.

L’adversaire ne sait jamais totalement quand Alfonso va changer le rythme, quand Libaak va déclencher, ni même quelle balle sera considérée comme suffisamment bonne pour tenter l’accélération.

À ce niveau, quelques dixièmes de seconde d’hésitation suffisent. Le joueur qui défend commence alors à se demander s’il doit monter, rester, couvrir le smash, anticiper la sortie de vitre ou protéger davantage le centre. Et lorsque cette hésitation apparaît, Libaak semble aujourd’hui suffisamment en confiance pour la sanctionner.

Le risque est évidemment inhérent à ce style : les deux Argentins peuvent également laisser quelques fautes évitables dans le jeu.

Contre la majorité des paires, elles peuvent être compensées par leur capacité à produire des séquences de cinq ou six points quasiment injouables.

Contre Coello et Tapia, beaucoup moins.

Coello / Tapia : la marge d’erreur disparaît

La demi-finale a brutalement rappelé la différence entre une paire capable de faire exploser un match et une paire capable de contrôler presque toutes ses phases : 6/2 6/2 en seulement 56 minutes.

Coello et Tapia ont remporté 55 points contre 34, mais surtout 73 % de leurs points au service, tandis que Libaak et Alfonso n’en ont gagné que 48 %. Sur retour, l’écart est tout aussi important : 52 % des points remportés par les numéros 1 contre seulement 27 % pour leurs adversaires.

Cette fois, les petites imprécisions n’ont pas été absorbées par le match. Elles ont été immédiatement sanctionnées.

Car Coello et Tapia offrent beaucoup moins de balles intermédiaires à attaquer. Les lobs sont plus précis, les transitions mieux maîtrisées et les points importants sont abordés avec une marge d’erreur extrêmement faible.

Face à eux, une tentative spectaculaire de Libaak qui fonctionne contre une autre paire peut devenir une faute directe. Une trajectoire risquée d’Alfonso qui déséquilibre habituellement l’adversaire peut offrir à Tapia une balle d’accélération.

Et lorsque deux ou trois de ces situations s’enchaînent, le score peut très vite s’échapper.

Libaak / Alfonso, une paire que personne ne veut affronter

La défaite face aux numéros 1 ne doit donc pas effacer ce qu’a montré leur semaine au Koweït.

Libaak et Alfonso ont éliminé successivement Lebrón–Augsburger puis Navarro–Di Nenno pour atteindre leur première demi-finale de Major ensemble. Ils avaient déjà atteint les demi-finales du Madrid P1.

Mais plus que les résultats, c’est la manière qui interpelle.

Libaak semble aujourd’hui suffisamment libéré pour attaquer depuis quasiment n’importe quelle zone du terrain. Alfonso, lui, conserve cette capacité à rendre les échanges imprévisibles.

Le mélange produit un padel explosif, parfois imparfait, mais extrêmement inconfortable à affronter. Contre presque toutes les paires du circuit, cette capacité à faire naître le doute peut suffire à retourner un match.

Face à Coello et Tapia, la leçon est différente : pour battre les numéros 1, produire du génie ne suffit pas encore.

Il faut aussi réussir à supprimer presque totalement les petites fautes entre deux coups de génie.

Antoine Tricolet

J’ai découvert le Padel en Espagne par hasard dans un camping. Le virus a pris immédiatement, passionné de padel, je suis l’actualité internationale et régionale en vibrant tout autant que ce sport.