Très peu de personnes le savent, mais l’Alsace est une région pionnière du padel en France. Un constat surprenant quand on sait qu’en 2022, il n’y a qu’une quinzaine de lieux où l’on peut y jouer : six clubs privés et une dizaine de club associatifs – ces derniers comptant seulement une ou deux pistes.
Pourtant, c’est en Alsace qu’ont été construits deux des plus anciens terrains de padel de la moitié nord de la France. Cela se passe au début des années 1990 à Sausheim, une petite bourgade cossue de la banlieue de Mulhouse.
« Un super complément au tennis »
Amoureux du sport et président du club de tennis local de 1987 à 1990, Daniel Bux est alors premier adjoint au maire de cette commune, avant d’en être le maire pendant 20 ans. « J’ai découvert le padel lors d’un salon du sport à Blagnac, près de Toulouse, se souvient-il. C’était déjà très en vogue à l’époque en Argentine et en Espagne. Je me suis dit que ça pourrait être un super complément au tennis. Sausheim était à l’époque le 2e plus gros club de tennis du département avec plus de 400 membres. Mais certains arrêtaient le tennis, car ils trouvaient cela trop dur physiquement ou techniquement ».
C’est là que naît le projet de créer deux pistes de padel derrière la salle de tennis, sur un terrain communal. « Au padel, la technique posait moins problème, estime Daniel Bux. C’était facile. Après deux heures d’initiation, des débutants étaient capables de faire un petit match ou des échanges sans problème. A l’époque, c’était des raquettes en bois, un peu comme celles de plage. J’ai encore les miennes à la maison ».

La commune fait appel à une entreprise locale, la société Richert, qui n’avait jamais construit de tels terrains. Les dimensions des deux courts sont déjà de 20 x 10 mètres, mais il n’y a ni vitres, ni grillage rigide. « Le sol était en béton, les murs en brique et le grillage fait de rouleaux souples », raconte l’élu. La municipalité finance les deux tiers de l’investissement et le club prend en charge 30% : « De mémoire, ça représentait 95 000 francs pour le club », nous dit Daniel Bux.

Une inauguration en grandes pompes
L’inauguration, en grandes pompes, a lieu fin juin 1993. Elle réunit des élus locaux et départementaux, mais aussi Claude Baigts, président de la Fédération française de ce qu’on nomme encore « paddle ». Deux des meilleurs joueurs français, Frank Frances et Patrick Tauma, sont là pour faire des démonstrations. « C’est le sport de l’amitié, de la convivialité », déclare alors Daniel Bux dans le quotidien local, L’Alsace.

Mais après ces débuts en fanfare, la mayonnaise retombe. Les compétiteurs sont trop mordus de tennis pour s’adonner sérieusement à ce que certains qualifient de « sport de plage ». Les moniteurs et éducateurs ont trop à faire avec le tennis pour s’occuper du padel.
« Assez rapidement, on a donc manqué de gens pour encadrer la pratique du padel, regrette M. Bux. Je dois admettre, avec regret, que cette discipline n’a pas pris auprès des joueurs de tennis. Pour cela, il aurait fallu des responsables, des gens qui s’en occupent, des bénévoles disponibles et motivés. On aurait alors pu faire évoluer les choses, s’affilier à la fédération, organiser des compétitions, avoir un enseignant professionnel… »
« Un jeu ludique et addictif »
Et d’ajouter : « Mais si on communique sur le padel en expliquant et en montrant ce que c’est, je reste convaincu que le potentiel de développement est énorme. D’ailleurs, ça se vérifie aujourd’hui, trente ans plus tard ! C’est un jeu tellement ludique et addictif… »
Trois décennies après, est-il trop tard pour relancer l’aventure du padel à Sausheim ?
« Les matériaux utilisés n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, admet M. Bux. Au bout de quelques années, on s’est rendu compte que ça commençait à être un peu branlant. Et comme plus personne ou presque ne jouait et que c’était grillagé, on s’en est servi comme chenil pour les deux chiens qu’on lâchait la nuit dans le complexe sportif. Et également comme plateforme de stockage de matériel communal. Ainsi, cet emplacement n’était pas entièrement perdu ».

« Quand j’ai appris ça, j’étais vert »
En 2022, les chiens ne sont plus là, mais une visite des lieux permet à peine de se rendre compte qu’on y jouait au padel. Les murs ont disparu ou sont en ruine, le grillage n’est plus là, le sol est couvert de compost, de bois et de bennes à ordures…
« Quand j’ai appris qu’on avait des terrains et qu’ils sont tombés en ruine, j’étais vert », reconnaît Philippe Fostier, un des moniteurs de tennis du club, devenu fan de padel depuis bientôt quatre ans mais obligé de pratiquer ailleurs.
« C’était sans doute trop tôt », lâche pour sa part Sébastien Husser, n°1 français de padel-fauteuil et enfant de Sausheim. « J’ai découvert le padel lors d’un stage de tennis à Lyon en 2014, mais j’y avais déjà joué un peu dans les années 90, dans mon club de Sausheim. Ce devait être l’un des tout premiers de France. »
Cette histoire confirme donc cette phrase de Marguerie Yourcenar : « C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt ».
Après 40 ans de tennis, Jérôme tombe dans la marmite du padel en 2018. Depuis, il y pense tous les matins en se rasant… mais ne se rase jamais pala en main ! Journaliste en Alsace, il n’a d’autre ambition que de partager sa passion avec vous, que vous parliez français, italien, espagnol ou anglais.

























































































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