Le padel français n’a jamais compté autant de pratiquants, de compétiteurs et de tournois homologués. Pourtant, derrière cette croissance spectaculaire, un malaise commence à apparaître sur le circuit amateur. Tableaux parfois difficiles à remplir, matchs plus courts, écarts de niveau importants, tarifs en hausse : la compétition amateur serait-elle en train de perdre ce qui faisait son succès ?
Le paradoxe mérite que l’on s’y attarde. Alors que le padel continue de se développer à une vitesse impressionnante, certains joueurs ont le sentiment de jouer moins qu’avant, de rencontrer des adversaires moins proches de leur niveau et de payer davantage pour une expérience sportive parfois moins satisfaisante.
Et si le problème venait justement de cette multiplication des tournois ?
Une explosion des tournois qui commence à poser question
Les chiffres de la Fédération française de tennis donnent le vertige. En 2018, la France comptait 274 épreuves de padel. En 2025, ce chiffre atteignait 33 310. Pour la saison 2026, la FFT évoque près de 47 000 homologations, une homologation pouvant couvrir jusqu’à trois tournois.
Dans le même temps, le nombre de compétiteurs a considérablement progressé. La FFT recense 173 000 joueurs et joueuses ayant disputé au moins un tournoi au cours de la saison 2026, dont 151 000 hommes et 22 000 femmes.
Ces données témoignent de la réussite du développement du padel français. Mais elles soulèvent aussi une question : l’offre de compétitions est-elle toujours adaptée à la demande réelle, notamment à l’échelle locale ?
Car multiplier les tournois ne signifie pas automatiquement multiplier les joueurs disponibles pour chacun d’entre eux.
Dans certaines ligues, les compétiteurs disposent désormais de plusieurs épreuves similaires, parfois organisées le même jour, à quelques kilomètres de distance.
Résultat : les inscriptions peuvent se disperser entre plusieurs clubs. Là où un tournoi réunissait autrefois un tableau dense, plusieurs compétitions peuvent aujourd’hui se partager les mêmes joueurs.
Certains organisateurs se retrouvent alors avec des tableaux réduits, voire des difficultés à atteindre le nombre de paires espéré.
Le problème n’est donc pas nécessairement le manque de joueurs, mais leur répartition entre un nombre toujours plus important de compétitions.

Premier constat : des joueurs qui disputent moins de matchs
Il fut un temps où participer à un tournoi de padel constituait presque une garantie de passer plusieurs heures sur les pistes.
Pour une vingtaine d’euros, il n’était pas rare de disputer quatre, cinq, voire six rencontres au cours d’une compétition, selon les formules proposées.
Aujourd’hui, cette expérience semble devenir moins systématique.
Dans certains tournois, les participants ne disputent que deux ou trois matchs. Les tableaux sont parfois plus petits, les formules plus resserrées et les rencontres de classement moins nombreuses.
Cette évolution ne concerne pas uniquement les P500. Elle peut également toucher les catégories inférieures, où le plaisir de jouer plusieurs rencontres constituait pourtant l’une des principales motivations des participants.
Évidemment, tous les clubs ne fonctionnent pas de cette manière. Certains continuent de proposer des compétitions particulièrement généreuses en temps de jeu.
Mais une question se pose : un tournoi amateur doit-il avant tout permettre de distribuer des points ou offrir une véritable expérience sportive ?
Car pour de nombreux joueurs, l’objectif n’est pas seulement de progresser au classement. C’est aussi de rencontrer différentes paires, de se confronter à plusieurs styles de jeu et, tout simplement, de jouer au padel.
Deuxième constat : les formats courts prennent de plus en plus de place
Autre évolution régulièrement observée : le recours aux formats de jeu raccourcis.
Le format comprenant deux sets de quatre jeux, avec point décisif à 40A et super tie-break à dix points en cas d’égalité à un set partout, répond parfaitement aux contraintes des organisateurs.
Il permet d’enchaîner les rencontres, de mieux maîtriser les horaires et d’accueillir davantage de matchs sur un nombre limité de pistes.
Dans certaines configurations, les rencontres peuvent ainsi être programmées sur des créneaux d’environ 30 minutes, même si leur durée réelle reste variable.
Sur le plan de l’organisation, l’intérêt est évident.
Mais du côté des joueurs, le bilan est plus discutable.
Un match peut se terminer très rapidement. Une paire qui connaît un mauvais départ dispose de moins de temps pour revenir. Les possibilités d’adaptation tactique sont réduites et le résultat peut davantage dépendre de quelques points décisifs.
Le format court n’est pas mauvais en lui-même. Il devient problématique lorsqu’il s’accompagne d’une diminution du nombre de rencontres et d’une augmentation du prix d’inscription.
Un joueur qui dispute trois matchs de 30 minutes n’aura finalement passé qu’une heure et demie en compétition.
Pour un tournoi auquel il a consacré une demi-journée, voire davantage avec le déplacement, le rapport entre le temps investi et le temps réellement passé sur la piste peut devenir frustrant.
Troisième constat : le P500 est-il en train de perdre son identité ?
C’est probablement l’un des phénomènes les plus intéressants à observer.
Historiquement, le P500 représentait une étape importante dans la progression d’un compétiteur. Il permettait à des joueurs déjà expérimentés de se confronter à des adversaires solides, dans des tableaux généralement relevés.
Or, depuis plus d’un an, une impression revient régulièrement : le niveau des tableaux de certains P500 semble avoir fortement baissé, tandis que les écarts entre les meilleures et les moins bonnes paires se sont creusés.
Il n’est plus exceptionnel de retrouver dans une même épreuve des joueurs expérimentés, capables de produire un padel structuré, et d’autres qui découvrent encore les fondamentaux de la compétition.
Le phénomène peut également apparaître dans certains P1000, pourtant associés à un niveau de compétition supérieur.
Attention toutefois à ne pas confondre deux choses.
Ce n’est pas nécessairement le niveau général du padel français qui diminue. C’est l’homogénéité des tableaux qui semble se dégrader dans certaines compétitions.
La multiplication des tournois constitue une explication possible.
Lorsque plusieurs P500 sont organisés dans une même zone géographique, les meilleures paires peuvent se répartir entre différentes épreuves. Certains tableaux perdent alors en densité, ce qui ouvre davantage de places à des joueurs moins expérimentés.
Le P500 devient ainsi une catégorie particulièrement exposée : suffisamment attractive pour intéresser des joueurs ambitieux, mais parfois moins dense sportivement qu’auparavant.
Cette évolution n’a rien d’anormal en soi. Les joueurs ont parfaitement le droit de tenter leur chance dans une catégorie supérieure lorsque le règlement le permet.
Mais elle interroge sur la lisibilité de la hiérarchie sportive.
Que signifie encore le niveau d’un P500 si deux tournois de cette catégorie peuvent proposer des oppositions radicalement différentes ?
C’est tout le paradoxe : davantage de compétitions peut conduire à des tableaux moins fournis et moins homogènes.
Quatrième constat : des tournois plus chers pour moins de temps de jeu
C’est peut-être le point le plus sensible pour les joueurs.
Pendant longtemps, le tournoi de padel était considéré comme un excellent rapport qualité-prix.
Pour environ 20 euros par personne, il était possible de disputer plusieurs rencontres, parfois quatre ou davantage, et de profiter d’une véritable journée de compétition.
Aujourd’hui, certains P500 affichent des inscriptions atteignant 30 euros par joueur, soit 60 euros pour une paire.
Cette hausse pourrait se comprendre si elle s’accompagnait d’une amélioration de l’expérience proposée.
Mais lorsque le joueur dispute moins de matchs, dans des formats plus courts, la perception change radicalement.
Prenons deux situations illustratives :
- Hier : 20 euros pour quatre matchs d’environ 60 minutes, soit quatre heures de jeu et un coût de 5 euros par heure.
- Aujourd’hui : 30 euros pour trois matchs d’environ 30 minutes, soit une heure et demie de jeu et un coût de 20 euros par heure.

Dans cet exemple, le coût horaire de la compétition est multiplié par quatre.
Bien entendu, il ne s’agit pas d’une moyenne nationale. Les formats, les tarifs et les durées varient considérablement selon les clubs.
Mais ce calcul illustre parfaitement le problème ressenti par certains compétiteurs.
Le prix d’inscription n’est plus le seul indicateur pertinent. Il faudrait également regarder le nombre de matchs garantis, leur durée et le temps de jeu réellement proposé.
Il faut aussi tenir compte des contraintes économiques des clubs : coût des installations, personnel, juge-arbitrage, disponibilité des pistes et charges d’exploitation.
Les organisateurs ne peuvent pas nécessairement proposer davantage de matchs sans augmenter leurs coûts.
Mais cela ne change rien à la question centrale : le joueur en a-t-il toujours pour son argent ?
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.






































































































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