À 41 ans, Sanyo Gutiérrez connaît bien les cycles du circuit professionnel. Ancien numéro 1 mondial et longtemps associé à Paquito Navarro, l’Argentin a livré une analyse lucide sur la suite de la carrière de l’Espagnol de 37 ans.

Dans un échange accordé à Veintediezpadel, Sanyo évoque la réalité des « projets » qui structurent désormais le haut niveau, et la difficulté pour les joueurs expérimentés de continuer à s’y intégrer.

« Paco ne fait plus partie du projet »

Pour Sanyo, la situation actuelle de Paquito Navarro n’est pas liée à une baisse de niveau mais à une dynamique classique du circuit.

« Paco est dans ce moment où tu te dis : je joue bien, tout va bien. Oui, mais pourquoi on te laisse de côté ? Parce que tu n’entres plus dans le projet. Et ensuite quelqu’un d’autre arrive, progresse avec ton partenaire… et tu te retrouves encore en dehors du projet. »

Selon lui, cette logique de projets à court terme est devenue centrale dans le padel professionnel.

L’âge, un facteur déterminant

Sanyo évoque aussi une réflexion entendue chez l’ancien joueur et consultant Seba Nerone, qui résume selon lui une réalité souvent difficile à accepter.

« La réalité, c’est que le niveau de Paco n’a pas baissé. Il reste compétitif. Mais comme disait Seba Nerone : tu commences à avoir le partenaire que tu mérites. Et cette phrase est intéressante, parce que ce n’est pas forcément par rapport au niveau… mais parfois à l’âge. »

Pour l’Argentin, la nouvelle génération cherche désormais à construire des projets avec des joueurs de la même tranche d’âge et revient sur la séparation de Paquito avec Jon Sanz.

« Les joueurs commencent à faire des projets avec des gens de leur âge. Parce qu’au-delà de la paire qui entre sur le terrain, il y a la vie commune. Et dans cette cohabitation, parfois tu n’es plus compatible. Paco peut jouer le meilleur padel du monde, mais si Jon (Sanz) décide de changer pour Coki (Nieto)… »

Une spirale de résultats compliquée

Selon Sanyo, ce contexte peut rapidement provoquer une dynamique sportive difficile.

« C’est comme ça que tu commences peut-être à perdre des matchs que lui pense ne pas devoir perdre. Mais dans le padel on peut perdre contre tout le monde. Paco commence à souffrir de ça, vu de l’extérieur. »

Une situation que connaissent de nombreux joueurs en fin de cycle sur le circuit.

« L’un des meilleurs revers du circuit »

Malgré tout, Sanyo insiste sur un point : sportivement, Navarro reste un joueur d’élite.

« En termes de niveau, Paco côté revers, est pour moi l’un des meilleurs du circuit aujourd’hui. Vraiment, l’un des meilleurs. »

Mais l’expérience et la personnalité du Sévillan ne sont pas toujours simples à gérer pour des partenaires beaucoup plus jeunes.

« C’est plus facile pour moi de comprendre tout ce qu’est Paco, son style de jeu complet, que pour quelqu’un comme Fran, par exemple, qui a 22 ans. Et plus que comprendre, c’est pouvoir le supporter. Parfois ce n’est pas une question de volonté, c’est juste que tu ne peux pas. »

Une analyse qui illustre bien la transition que vit actuellement le circuit : entre les joueurs historiques qui veulent continuer à se battre au sommet et une génération plus jeune qui construit des projets sur la durée.

Maceo ZERHAT

Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !