À quelques semaines des championnats du monde de padel à Doha, Pablo Ayma, capitaine de l’équipe de France masculine, s’est confié sur les ambitions des Bleus, l’évolution du padel français et les choix parfois difficiles qui accompagnent la composition d’une sélection. Entre nouvelle génération, concurrence internationale et objectif de médaille, le technicien espagnol livre son regard sur le niveau actuel de l’équipe de France. Il revient également sur son travail en Tunisie et sur une carrière de plus de 35 ans consacrée au padel.
Une aventure tunisienne qui dure depuis plusieurs années
Coach, formateur, directeur d’académie et capitaine de l’équipe de France, Pablo Ayma multiplie les casquettes. Depuis plusieurs années, le technicien espagnol participe également au développement du padel en Tunisie, où il a contribué à la création d’une académie.
Un projet né de sa rencontre avec Omar et Mohamed, deux entrepreneurs qui souhaitaient investir dans des infrastructures de qualité.
« Ils ont décidé de réaliser un investissement important. Ils ont été parmi les pionniers en construisant un club de cette envergure en Tunisie. Ils m’ont convaincu de venir. »
Au-delà de l’aspect économique, c’est surtout leur enthousiasme qui l’a séduit.
« J’ai rencontré deux personnes charmantes, avec une vraie vision entrepreneuriale, mais surtout beaucoup d’envie. Nous avons décidé d’essayer de construire une académie ensemble. »
Trois ou quatre ans plus tard, Pablo Ayma ne regrette pas son choix et se dit particulièrement heureux d’avoir accompagné ce projet dès ses débuts.

Une équipe de France en pleine transition générationnelle
Depuis son arrivée à la tête de la sélection française en 2022, Pablo Ayma a vu évoluer le niveau du padel tricolore. Mais cette progression s’accompagne d’une difficulté : faire des choix parmi des joueurs de plus en plus proches en niveau.
Le sélectionneur souligne notamment le travail réalisé avec Alexia Dechaume, responsable du padel à la Fédération, et Yann Auradou, qui participe au suivi des joueurs et à l’analyse de leurs performances.
« C’est vraiment difficile de prendre des décisions quand certains joueurs ont un très bon niveau, mais qu’il faut aussi laisser de la place à de nouveaux joueurs. »
Il rappelle que plusieurs figures historiques du padel français ont accompagné les premières années de son mandat, à l’image de Jérémy Scatena, Adrien Maigret ou Max Moreau.
Des joueurs qui ont participé au développement du padel français, mais dont plusieurs ont désormais pris du recul par rapport à la compétition.
Johan Bergeron fait figure d’exception. Toujours compétitif, il conserve une place importante dans le groupe.
« C’est une référence du padel français, un joueur qui continue à très bien jouer et à être compétitif. »
Autour de lui, une nouvelle génération prend progressivement le relais.

Leygue, Guichard, Fonteny, Robert : la jeunesse prend le pouvoir
Parmi les joueurs sur lesquels Pablo Ayma compte pour les prochaines années, Thomas Leygue et Dylan Guichard occupent une place centrale.
Le sélectionneur se réjouit notamment du retour de Leygue à un excellent niveau après sa sérieuse blessure.
« Thomas est incroyable. Il revient d’une blessure importante et il joue de nouveau à un niveau très élevé. »
Même satisfaction concernant Dylan Guichard, dont la progression sur le circuit international confirme son importance dans le groupe français.
Mais Pablo Ayma regarde également plus loin, avec plusieurs jeunes joueurs qui incarnent, selon lui, l’avenir de la sélection.
C’est notamment le cas de Timéo Fonteny, qu’il considère comme l’un des grands espoirs du padel français.
« Timéo, nous pensons que c’est le futur de la France. Il est très jeune, mais il montre déjà un niveau de jeu très élevé. »
Le capitaine cite également Yoan Boronad et Jérémy Robert, deux autres jeunes talents qui pourraient jouer un rôle majeur dans les prochaines années.
À cette nouvelle génération s’ajoutent des joueurs plus expérimentés, notamment Maxime Joris, en qui Pablo Ayma continue de croire malgré une saison qu’il juge moins convaincante.
Le sélectionneur a d’ailleurs apprécié ses performances lors des championnats de France 2026 à Agen, où Joris et son partenaire Maxime Forcin ont atteint la finale.
Une finale remportée par Thomas Leygue et Bastien Blanqué, dont le niveau de jeu a également rassuré le capitaine français.
« J’ai été très content de voir leur niveau pendant les championnats de France. Ils ont joué un très grand tournoi. »

« Il y a deux ou trois joueurs du même niveau pour chaque place »
Avec seulement huit joueurs sélectionnables pour les championnats du monde, les choix sont forcément difficiles.
Pablo Ayma insiste sur la densité du padel français, où plusieurs joueurs peuvent prétendre à une place en équipe nationale.
Il évoque notamment Thomas Vanbauce, présent lors des rassemblements et capable, selon lui, de produire un très bon niveau de jeu.
Le jeune Olivier Guy de Chamisso fait également partie des profils suivis de près par le sélectionneur.
« Il joue incroyablement bien, mais il est encore un peu jeune pour être là. »
Pour Pablo Ayma, le problème n’est donc pas de manquer de joueurs compétitifs, mais plutôt de devoir départager des profils très proches.
« Si je te donne le nom d’un joueur qui n’a pas été sélectionné, il y en a deux ou trois autres qui ont pratiquement le même niveau. »
Une situation qui explique sa prudence lorsqu’il s’agit de commenter les absences.
« Le plus important dans un club, ce sont les entraîneurs »
Au-delà de son rôle de sélectionneur, Pablo Ayma observe de près le développement des clubs de padel dans le monde.
Ces dernières années, il constate une évolution importante du modèle économique, avec des structures de plus en plus grandes et des investissements considérables.
Terrains, salles de sport, restaurants, spas et espaces de récupération font désormais partie des services proposés par certains complexes.
Mais pour le technicien espagnol, ces infrastructures ne suffisent pas à faire un bon club.
« Ce n’est pas seulement la quantité de pistes qui compte, mais aussi l’emplacement et tous les services que l’on peut proposer aux joueurs. »
Surtout, il estime qu’un élément reste trop souvent négligé : la qualité de l’enseignement.
« Pour moi, ce qui est très important dans un club de padel, ce sont les entraîneurs, les coachs et les écoles. »
Selon lui, la croissance rapide du padel mondial a créé un véritable déficit de formateurs expérimentés.
« Il n’y a pas encore suffisamment de bons entraîneurs par rapport au nombre de clubs qui ouvrent dans le monde. »
Son message est clair : investir dans une école de padel de qualité doit être une priorité pour les clubs qui souhaitent s’inscrire dans la durée.

Faire entrer davantage de Français dans le top 100 mondial
À l’approche des championnats du monde, Pablo Ayma ne cache pas les ambitions françaises. Mais il préfère s’appuyer sur un indicateur concret pour évaluer le niveau de la sélection : le classement international.
« Le ranking ne ment pas. Avoir des joueurs parmi les 100 meilleurs mondiaux montre que l’on possède une équipe très solide. »
Il estime que plusieurs Français ont les capacités de poursuivre leur progression.
Dylan Guichard et Thomas Leygue peuvent, selon lui, se rapprocher du top 70 ou du top 80 mondial, tandis que Timéo Fonteny possède également le potentiel pour suivre cette trajectoire.
Mais pour viser durablement le podium mondial, le sélectionneur estime qu’il faudra aller encore plus loin.
« Pour pouvoir assurer une troisième place mondiale, je pense qu’il faut essayer d’avoir des joueurs entre la 50e et la 60e place du classement. »
Un objectif ambitieux, alors que l’Espagne et l’Argentine continuent de dominer largement le padel international.
La priorité reste donc de multiplier le nombre de joueurs français dans le top 100, avant de viser progressivement le top 50.
Doha 2026 : une médaille de bronze dans le viseur
En 2022, l’équipe de France masculine avait réalisé une performance remarquable en décrochant la troisième place mondiale, après une victoire contre le Portugal.
Quatre ans plus tard, Pablo Ayma rêve de retrouver le podium, mais il sait que la concurrence s’est considérablement renforcée.
« Nous aimerions pouvoir monter sur le podium et obtenir une nouvelle médaille de bronze. Cela nous rendrait tous très heureux, mais ce sera très compliqué. »
Le sélectionneur pointe notamment les investissements réalisés par plusieurs nations et l’arrivée de joueurs espagnols ou argentins dans certaines équipes nationales.
Une évolution qui, selon lui, modifie profondément la hiérarchie mondiale.
« Il y a beaucoup de pays qui recrutent des joueurs espagnols et argentins pour leurs sélections. Cela rend la compétition de plus en plus difficile. »
Il cite notamment l’Italie, mais aussi certaines nations du Moyen-Orient qui bénéficient de l’apport de joueurs naturalisés.
Une situation qui l’amène à défendre la valeur du collectif français, constitué exclusivement de joueurs français.
« Si tu enlèves tous les joueurs étrangers des autres sélections, la France pourrait parfaitement être troisième mondiale. »
Pour autant, Pablo Ayma ne sous-estime pas les autres adversaires.
Le Portugal, le Brésil ou encore le Paraguay font partie des nations qu’il considère comme particulièrement dangereuses.
« Le Portugal possède de très bons joueurs. Le Brésil a toujours été très difficile à affronter et le Paraguay sera également très fort cette année. »
Dans ces conditions, impossible pour lui de promettre une médaille.
L’objectif reste le podium, mais le mot d’ordre sera d’avancer match après match.
La Marseillaise, un autre défi pour Pablo Ayma
L’entretien a également donné lieu à un moment plus léger autour de La Marseillaise.
Capitaine de l’équipe de France depuis plusieurs années, Pablo Ayma assure connaître l’hymne national, même si sa prononciation française laisse encore à désirer.
« Les joueurs se moquent souvent de moi. Je connais La Marseillaise, mais ma prononciation est tellement mauvaise que si vous m’entendiez chanter tout seul, je crois que je vous détruirais les oreilles ! »
Le technicien espagnol reconnaît d’ailleurs qu’il aimerait améliorer son français.
Une progression rendue difficile par le fait que la majorité des joueurs français parlent parfaitement espagnol, ce qui facilite naturellement les échanges.
Mais Pablo Ayma s’est fixé un objectif personnel.
« J’aimerais pouvoir faire une interview en français l’année prochaine. En tant que capitaine de l’équipe de France, je pense que c’est nécessaire. Je le dois aussi à la France. »

Plus de 35 ans consacrés au padel
À bientôt 53 ans, Pablo Ayma possède une expérience considérable du padel international.
Il explique avoir consacré toute sa vie à ce sport depuis l’âge de 16 ans, en accompagnant son développement dans de nombreux pays.
Argentine, Brésil, Espagne… Le technicien a connu plusieurs étapes de l’évolution du padel, des premières années de professionnalisation jusqu’à son expansion internationale actuelle.
Cette expérience lui a permis de travailler avec plusieurs joueuses et joueurs de très haut niveau.
Il évoque notamment Gemma Triay et Lucía Sainz, qu’il a accompagnées jusqu’à la première place mondiale, ainsi qu’Aranzazu Osoro.
Plus récemment, il souligne également le travail réalisé avec Andrea Ustero, dont la progression ces dernières années a été particulièrement marquante.
Mais Pablo Ayma ne se limite pas à l’entraînement des joueurs professionnels.
Il accorde également une place essentielle à la formation des entraîneurs, un domaine dans lequel il travaille depuis de nombreuses années.
« Nous avons formé plus de 1 000 entraîneurs en Espagne. »
« Le mental est aussi important que la technique »
Lorsqu’on lui demande le secret de sa réussite, Pablo Ayma revient avant tout sur son expérience et sa passion pour le padel.
Plus de trois décennies passées à observer, analyser et accompagner des joueurs lui ont permis de développer une lecture particulière du jeu.
« Quand tu consacres toute ta vie à quelque chose, tu développes une passion incroyable pour ce que tu fais. »
Selon lui, le travail d’un entraîneur ne consiste pas seulement à corriger un geste ou à améliorer une tactique.
Il faut également savoir identifier le potentiel d’un joueur, comprendre ses difficultés et trouver les mots pour l’aider à progresser.
« Il faut comprendre comment un joueur peut évoluer, ce que tu dois lui dire et comment tu peux l’aider. »
Une dimension qu’il juge particulièrement importante dans le padel moderne : l’accompagnement mental.
« Ce n’est pas seulement le physique ou la technique. Il y a aussi toute une partie mentale. »
C’est cette approche globale, construite au fil de ses expériences avec des joueurs professionnels, qui constitue aujourd’hui le cœur de sa méthode.
Entre son rôle de capitaine, ses académies et la formation de futurs entraîneurs, Pablo Ayma poursuit le même objectif : transmettre son expérience et accompagner la progression du padel.
Avec, dans l’immédiat, un défi majeur : permettre à l’équipe de France de retrouver le podium mondial à Doha.


































































































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