Quelques semaines après l’élimination de l’équipe de France masculine lors des Championnats d’Europe de padel 2025 en Espagne, Pablo Ayma, capitaine des Bleus, revient en détail sur une campagne compliquée. La France a terminé troisième de sa poule à La Línea de la Concepción, manquant ainsi la qualification directe pour les demi-finales.
Le sélectionneur livre une exceptionnelle interview avec la franchise qu’on lui connaît. Il revient sur les critiques, les questions, les doutes, ses choix et expose les enseignements pour l’avenir.
“Avec Leygue, les choses auraient été certainement différentes”
Pablo, quelle est ta sensation générale après cette élimination en phase de groupes ?
« Ce n’est évidemment pas un secret : nous avons été très déçus de la prestation et du résultat final. Nous sommes des compétiteurs, et il est difficile de s’en satisfaire. Il y a aussi beaucoup de fierté dans cette équipe. C’est un moteur important pour continuer à se battre, même lorsque la situation se complique. Je trouve que le groupe est resté très soudé quand le bateau tanguait. C’est une force, et il ne faut pas la négliger.
Maintenant, plusieurs grains de sable se sont glissés dans la mécanique. Nous savions que Thomas Leygue nous manquerait : c’est un joueur essentiel pour l’équipe. Avec lui, je pense que nous aurions non seulement franchi la phase de groupes, mais aussi présenté une formation plus solide pour viser le podium. »
La France espérait au minimum se qualifier pour les demi-finales…
« Bien sûr. Et tout le groupe a été très déçu. Ce troisième match perdu contre les Pays-Bas a tout fait basculer. Les Néerlandais ont présenté une équipe solide. Leur paire 1, qui nous a battus, a également remporté son match face à l’Italie. Il ne faut donc pas considérer qu’il s’agissait d’une petite nation contrairement à ce qui s’est dit avant et après la confrontation.
Je tiens d’ailleurs à saluer le travail de Padel Magazine, notamment l’article publié avant notre affrontement contre les Néerlandais. Presque seul à le signaler, vous aviez alerté sur le niveau réel de cette équipe, qu’il ne fallait surtout pas sous-estimer. Malheureusement pour nous, ces alertes n’ont pas suffi à éviter le scénario que l’on connaît. »
On voit bien que les autres nations se renforcent aussi et que la compétition est plus rude. Encore plus avec ce nouveau format (Le Final 8 qui ne réunit plus que les 8 meilleures nations européennes) mis en place par la Fédération Internationale de Padel.
Le deuxième affrontement a été très long : Jo (Bergeron) et Bastien (Blanqué) ont dû lutter presque trois heures pour gagner le deuxième point.

Et pour le troisième match, j’ai aligné la paire championne de France, Dylan (guichard) et Manu (Vives).
Je ne vais pas mentir. Oui, honnêtement, je pensais que nous gagnerions. Mais voilà, c’est le sport. Et nous n’avons pas fait un bon match. Les adversaires ont su profiter de nos erreurs et ils ont fini par être meilleurs, ce qui nous a quasiment éliminés. Nous devions battre l’Italie 3-0 pour espérer passer.
Contre l’Italie, nous avons mieux joué, mais c’était trop tard et cela n’a pas suffi. »
“Jusqu’où les naturalisations influencent-elles les compétitions européennes ?”
Au-delà de ce 3e match contre les Pays-Bas, d’autres regrets peut-être ?
« Contre les Pays-Bas, Timéo (Fonteny) et Ben (Tison) en match 1 sont tombés sur un os. Il y a un peu de regret forcément car on n’a pas réussi à se libérer et à mettre notre tactique en place. Mais à noter qu’ici, il s’agissait de la meilleure paire néerlandaise. Richters / Roper ont livré un gros match. Ils ont même battu l’Italie, ce qui était aussi une surprise.
Concernant l’Italie, ils ont de bons joueurs italiens mais aussi un Espagnol (Alvaro Montiel, 92e joueur mondial) et un Argentin (Aris Patiniotis, 54e joueur mondial) expérimenté. Un jour, il faudra se demander dans quelle mesure la réglementation de naturalisation ou de recrutements peut influencer des compétitions comme les Championnats d’Europe ou du monde. »
Quels aspects positifs retiens-tu malgré tout ?
« Le groupe est très uni, vraiment soudé. C’est une équipe (de joueurs) 100 % française, qui s’entraide beaucoup sur et hors du terrain. Nous avons aussi intégré des joueurs très jeunes comme Yoan, qui avec Timéo symbolisent un futur très prometteur.

Joris, Vives, Guichard et Leygue ont aussi beaucoup de potentiel. Leur jeunesse, associée à l’expérience d’autres joueurs, garantit un excellent avenir pour l’équipe de France. Je suis très content de cette base. »
“Il nous manquait un joueur à gauche”
La préparation a-t-elle été suffisante, notamment en termes de cohésion et d’entraînements collectifs ?
« Le stage à Perpignan (Club du Mas) a été très productif. Le fait d’arriver dès le samedi sur la compétition nous a permis de nous entraîner jusqu’au mardi.
La seule difficulté : les pistes d’entraînement étaient en très mauvais état. Mais toutes les sélections ont dû composer avec.
Concernant la préparation, c’est évident que plus on investit de temps en entraînements collectifs, plus les automatismes se créent. Cela aide à prendre de meilleures décisions et à s’adapter aux changements. »
L’équipe a semblé parfois manquer de repères en match. Est-ce dû au manque de matchs ensemble avant le championnat ?
« Il nous manquait un joueur à gauche. Avant sa blessure, Leygue avait accepté de jouer à gauche si nécessaire, et ce poste est déterminant.
Bastien n’était pas dans son meilleur moment avant la compétition. Timéo joue très bien, mais il est encore jeune pour avoir l’expérience qui vient avec le temps, même si je ne doute pas qu’il deviendra un joueur représentatif de la France.
Et Manu, même s’il avait gagné le Championnat de France, revenait tout juste d’une blessure, ce qui crée toujours des doutes au moment de former les paires. »
“Une surprise pour moi a été Max Joris”
Aurions-nous pu / dû faire différemment lors de ces Euros ?
« À posteriori, tout paraît plus simple. Mais sur le moment, j’ai pensé que c’étaient les meilleures formations contre l’Allemagne, puis la Hollande, puis l’Italie.
Ces choix ont été faits en concertation avec les joueurs les plus expérimentés. Nous étions tous d’accord, en connaissant les avantages et les inconvénients de chaque combinaison. »

Si tu devais le refaire, reprendrais-tu les mêmes décisions ?
« Une surprise pour moi a été Max Joris, incroyable à gauche, d’abord avec Ben contre l’Allemagne, puis avec Dylan contre l’Italie, où ils battent Patiniotis/Cassetta, une paire très solide.
Joris s’est parfaitement adapté aux conditions outdoor et très rapides.
Dylan aussi : même s’il avait perdu la veille avec Manu dans un match qui nous a coûté la qualification, il a réussi un match énorme le lendemain avec Joris. Vraiment bravo à lui, parce que, je sais à quel point il a été atteint face aux Pays-Bas.
Peut-être que s’ils avaient joué ensemble contre les Pays-Bas, nous aurions gagné ce point important. Mais Manu avait été très bon avec Dylan contre l’Allemagne, donc le choix se défendait. Et avec des si… on connais la chanson. »
Quelle paire t’a laissé la meilleure impression ?
« Sans aucun doute, Dylan et Joris contre l’Italie.
Et Timéo et Johan ont montré qu’ils peuvent jouer très bien ensemble, mais cela impliquait de séparer Blanqué–Bergeron, qui était à l’origine notre paire la plus solide. »
Timéo était malade juste avant le championnat. Devait-il jouer malgré tout ?
« Il était malade, et c’est pourquoi j’ai préféré qu’il ne joue pas le premier match contre l’Allemagne. Joris l’a remplacé et a très bien joué. Cela a donné à Timéo une journée de récupération supplémentaire. »
« Joris l’a remplacé et cela a été une bonne décision. »
« Les décisions doivent se prendre selon l’état de chaque joueur : niveau de jeu, confiance, forme physique et profil du futur adversaire. »
“Les critiques constructives sont toujours intéressantes, mais parfois, on ne sait pas tout…”
La capitaine des féminines était accompagnée d’un assistant. Souhaiterais-tu la même chose pour le Mondial ?
« Oui, un assistant aide énormément, surtout pour la gestion des horaires d’entraînement, des réunions, des repas, des déplacements. Si en plus l’assistant est coach, cela permet de partager les analyses.
Sur ce tournoi, c’était un peu chaotique : les joueurs dans un hôtel, moi dans un autre, les pistes d’entraînement à 20 minutes à pied faute de transferts suffisants, et le lieu de compétition encore ailleurs.
Tout est plus simple quand terrains d’entraînement, lieu de compétition et hôtel sont proches. »
Après cette élimination, certains pensent qu’un changement de sélectionneur serait nécessaire. Comment réagis-tu à ces critiques ?
« C’est une question parfaitement légitime et intéressante. Cela va me permettre de répondre en effet à quelques commentaires. Je vais tenter d’apporter une réponse, même si elle peut paraître, dans un sens, présomptueuse. Bien-sûr, à chaud, on remet tout en question. Je me suis demandé si j’avais pu mieux faire pour aider l’équipe. On peut toujours trouver des réajustements. Toutefois, avec le recul, et sans paraître prétentieux, je pense que mon travail sur le banc est bon, que ce soit pour analyser les adversaires ou pour construire les compositions. Mon expérience de formateur peut beaucoup aider les joueurs à développer leur potentiel.
Je crois que ma vision du padel peut contribuer autant au présent qu’au futur de l’équipe.
Je comprends les réactions, mais elles sont injustes je crois. D’abord, il eut suffi d’un match pour être en demi-finale… c’est à la fois beaucoup et si peu. Ensuite, si nous avions eu Thomas, le résultat aurait été probablement différent. Et puis malheureusement, il y a eu un concours de circonstance avec quelques défaillances inhabituelles chez certains cadres de l’équipe ; Manu revenait tout juste d’une blessure ; et Timéo qui est tombé malade. Tout cela déstabilise une équipe. Qu’on soit clair : c’est la défaite d’un groupe comme c’est la victoire d’un groupe. »

« Je veux dire par là, que quand on n’a pas toutes les informations, il est difficile d’évaluer objectivement de l’extérieur. Et il ne faut pas sous-estimer les autres pays. La Suède, par exemple, avec une très bonne équipe, est aussi sortie dès les poules. »
« Je suis convaincu que nous reviendrons nous battre pour le podium. Cette défaite va nous renforcer. »
« Avec la FFT, nous sommes en train d’analyser les changements nécessaires pour construire notre équipe. Je suis sûr que nous y arriverons. »
Objectif : reconquête pour le mondial en 2026
Quelles leçons retires-tu de cet Euro pour préparer le prochain Mondial en 2026 ?
« Des défaites, on apprend souvent beaucoup plus que des victoires. Avec les changements nécessaires, nous arriverons au Mondial plus forts, solides, efficaces et avec des valeurs très claires. Nous voulons être un exemple sur et en dehors de la piste. C’est l’objectif sur lequel nous allons travailler avec toute la FFT. »
Quelles seront les lignes de travail prioritaires ?
« Suivre les joueurs en compétition, leur donner du feedback, les rendre encore plus compétitifs, mais aussi renforcer des valeurs essentielles : humilité, effort, discipline, cohésion.
L’équipe de France est déjà très unie, et cela doit rester un pilier. »
Faut-il faire évoluer le groupe ?
« Oui, sans aucun doute. Mon objectif est de composer la meilleure équipe possible, en pensant non seulement au court terme, mais aussi au moyen et long terme. Je suis persuadé que nous y parviendrons. »
Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.

























































































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