À la veille de l’inauguration officielle du nouveau 4PADEL Mérignac, ce mercredi 14 octobre, avec ses 14 pistes indoor dont deux pistes de simple, Guillaume Debelmas , cofondateur du groupe Players (4PADEL), revient sur le développement du padel en France. Rencontré au 4PADEL Bordeaux, à Bordeaux-Lac, à l’occasion du premier P2000 en 2026, le dirigeant évoque les risques de saturation du marché, la rentabilité des clubs, l’expansion de son enseigne en France et à l’international, mais aussi ses projets autour de l’enseignement, du voyage et du digital.

4PADEL Bordeaux, un club historique du padel français

Padel Magazine : Guillaume, quand on regarde le 4PADEL Bordeaux avec cette ambiance et ce public présent pour le P2000, on mesure le chemin parcouru depuis les premières années.

Guillaume Debelmas : « C’est assez incroyable. Nous sommes ici depuis 2014, donc c’est un club complètement historique en France. Cela fait douze ans et nous avons vu passer énormément de compétitions. Nous avons toujours eu cet espace assez incroyable entre les pistes, qui permet d’accueillir beaucoup de monde. Mais avant, il y avait beaucoup moins de public. Cela montre bien l’engouement pour le padel en France, particulièrement à Bordeaux, où le nombre de clubs, de joueurs et de compétitions a explosé. Dès le vendredi après-midi, c’était plein. Il y avait une ambiance de feu, c’était génial. »

Padel Magazine : À l’origine, le club ne comptait que deux pistes. Comment a-t-il évolué ?

Guillaume Debelmas : « En 2014, nous avions deux pistes. En 2016, quatre. En 2018, sept. Et en 2022, neuf pistes. Nous avons suivi le développement du marché, tout simplement. La particularité d’ici, c’est que nous aurions pu installer davantage de terrains, mais nous avons préféré conserver des espaces très aérés. Quand les joueurs peuvent sortir des pistes dès les huitièmes de finale, cela donne un spectacle incroyable. C’est un centre taillé pour ce genre d’événement. »

« À Bordeaux, nous pensons que l’équilibre sera autour de 150 pistes »

Padel Magazine : Bordeaux voit les ouvertures de clubs se multiplier. On parle parfois d’un effet Eldorado du padel. Est-ce qu’il n’y a pas un risque de saturation ?

Guillaume Debelmas : « Je pense qu’il y a une part de vrai. Nous sommes encore loin de ce qui s’est passé en Suède. Nous sommes allés à Stockholm, qui est comparable à Bordeaux en termes de population, et il y avait 400 terrains indoor. À Bordeaux, nous sommes autour d’une centaine de pistes. Nous sommes donc à un quart de Stockholm. Nous ne sommes pas dans une situation d’accident industriel. En revanche, nous pensons qu’à terme, l’équilibre sera autour de 150 pistes, d’ici trois ou quatre ans. »

Padel Magazine : Et que se passera-t-il lorsque le marché arrivera à ce niveau ?

Guillaume Debelmas : « Ce qui va arriver, c’est qu’effectivement, cela va saturer. Quand je dis saturer, cela signifie que les heures creuses vont baisser. Les heures pleines, je pense qu’elles seront toujours à peu près remplies. Mais il faudra bien travailler et surtout ne pas avoir commis d’erreur au moment de monter son club. Il faut des clubs relativement importants pour avoir une rentabilité et surtout des loyers maîtrisés. »

« Les loyers, c’est le nerf de la guerre »

Padel Magazine : Quels sont les principaux dangers pour les entrepreneurs qui ouvrent des clubs de padel aujourd’hui ?

Guillaume Debelmas : « Les loyers, dans notre business, c’est le nerf de la guerre. Quand je vois les loyers qui sont pratiqués aujourd’hui, je pense que cela va forcément devenir compliqué pour certains. Nous l’avons vécu dans le football à cinq. Bordeaux était aussi une place forte du foot à cinq, qui s’est énormément développé il y a dix ou quinze ans. Au final, un tiers du marché n’est plus là parce que les loyers étaient trop importants et que les centres étaient trop petits. Le marché s’est régulé et restructuré comme cela. Je ne souhaite évidemment à personne que cela se passe mal. Mais ce que l’on voit de loin, c’est que tout est rempli, que tout est formidable et que cela paraît facile. En réalité, le travail est beaucoup plus compliqué pour réussir à pérenniser une activité. »

Padel Magazine : Votre expérience du foot à cinq vous permet donc d’anticiper certains risques pour le padel ?

Guillaume Debelmas : « Je pense que c’est l’effet boule de neige. Au départ, on galère pour créer une communauté. Et à partir du moment où elle atteint une certaine taille, elle entraîne de nouveaux pratiquants et grossit très vite. »

Pourquoi le padel explose-t-il dans le monde entier ?

Padel Magazine : Comment expliquer que le padel connaisse une croissance aussi importante partout dans le monde ?

Guillaume Debelmas : « La première explication, c’est la pratique elle-même. Quand j’ai découvert le padel, j’ai trouvé cela magique. Un peu comme le foot à cinq pour le football, c’est une version ultra-ludique des sports de raquette, extrêmement addictive. Et puis il y a le format international : c’est le même sport, les mêmes règles et le même terrain partout dans le monde. Le foot à cinq n’a pas cette visibilité internationale. Même si la compétition ne fait pas tout, elle apporte énormément de visibilité. Je suis certain que des personnes regardent les matchs sans encore pratiquer le padel et qu’elles vont ensuite avoir envie de commencer. »

« Le pickleball peut être un bon complément du padel »

Padel Magazine : Vous avez également commencé à développer le pickleball. Est-ce une discipline qui pourrait connaître le même succès ?

Guillaume Debelmas : « Nous avons deux clubs avec du pickleball. C’est encore petit, un peu comme lorsque nous avons commencé le padel. Personnellement, j’ai trouvé cela sympathique, mais je n’ai pas ressenti la même chose qu’en découvrant le padel. C’est un sentiment personnel. Là, c’est davantage le joueur qui parle que le chef d’entreprise. »

Padel Magazine : Pourtant, le pickleball connaît un véritable succès aux États-Unis.

Guillaume Debelmas : « Ma conviction, c’est que le padel va lui faire de la concurrence. Les États-Unis ont développé le pickleball à un moment où le padel était encore peu présent. Je pense qu’avec le développement du padel, les choses vont se rééquilibrer, notamment en fonction de l’âge des pratiquants et de la dimension physique des deux sports. »

Padel Magazine : Et économiquement, est-ce intéressant pour un exploitant privé ?

Guillaume Debelmas : « Le problème du pickleball, c’est qu’il y a très peu de barrières à l’entrée. Si nous, les acteurs privés, développons le pickleball et que demain tous les clubs de tennis installent des terrains, il n’y a plus de business. On peut aménager des terrains de pickleball dans des salles municipales avec très peu de matériel. Or, notre principale charge, c’est le loyer. Je pense donc que ce sera compliqué à rentabiliser. Nous allons quand même continuer à le développer et à observer le marché. Cela peut être un bon cousin, un bon complément du padel. Mais je ne pense pas qu’un jour j’aurai vingt terrains de pickleball autonomes à Bordeaux, alors que nous développons des centres exclusivement consacrés au padel. »

4PADEL Mérignac : 14 pistes inaugurées ce mercredi

L’actualité de 4PADEL est également marquée par l’inauguration officielle, mercredi 14 octobre 2026, du nouveau 4PADEL Mérignac, un complexe distinct du club historique de 4PADEL Bordeaux-Lac où s’est déroulé cet entretien. Le nouveau site compte 14 pistes de padel indoor, dont 12 pistes de double et deux pistes de simple. Cette implantation s’inscrit dans la stratégie de développement du groupe.

« Ouvrir des clubs n’est pas une fin en soi »

Padel Magazine : 4PADEL a annoncé une période de fort développement en 2026 et 2027. Pourquoi cette accélération ?

Guillaume Debelmas : « Nous continuons le maillage territorial. Nous sommes sur une cadence d’environ une ouverture par mois, donc cela va assez vite. Mais ce n’est pas une fin en soi. Cela fait dix ans que nous contribuons à créer le marché. Maintenant, le marché est là, donc nous accélérons. C’est une belle récompense d’avoir les moyens financiers de le faire. »

Padel Magazine : Il y a également le développement en Allemagne. Est-ce une nouvelle étape pour le groupe ?

Guillaume Debelmas : « Changer de pays, c’est vraiment très structurant pour nous. C’est une nouvelle dimension d’exporter le modèle 4PADEL à l’étranger. »

Padel Magazine : Au-delà des ouvertures, quelle est votre priorité ?

Guillaume Debelmas : « Le nerf de la guerre, le sujet sur lequel nous travaillons en permanence, c’est l’expérience joueur. C’est bien d’avoir des lieux, mais si l’expérience à l’intérieur n’est pas bonne, cela ne sert à rien d’ouvrir. Notre objectif, c’est que le joueur prenne du plaisir et qu’il vienne chez nous parce que l’expérience est meilleure que celle qu’il peut trouver ailleurs. »

Guillaume Delmas (4PADEL) : « Le marché du padel va saturer, les loyers sont le nerf de la guerre »

« En Espagne, l’enseignement est le cœur de l’activité »

Padel Magazine : Vous souhaitez notamment développer les académies. Pourquoi est-ce aussi important ?

Guillaume Debelmas : « Nous travaillons énormément sur la partie académie. Aujourd’hui, l’enseignement en France commence à se structurer. Mais quand on regarde l’Espagne, c’est vraiment le cœur de l’activité. Nous essayons donc de structurer cet enseignement, de former nos coachs et de monter en gamme sur la qualité des séances. Nous avons notamment mis en place un partenariat avec la M3 Academy. L’idée, c’est vraiment de faire progresser les gens, toujours dans une dimension plaisir. »

Padel Magazine : Est-ce que vous souhaitez également vous positionner sur le très haut niveau ?

Guillaume Debelmas : « Ce n’est pas vraiment notre créneau aujourd’hui. Nous sommes plutôt là pour faire progresser les joueurs amateurs. Ce n’est pas forcément le très haut niveau. Pas encore, en tout cas. Nous sentons que les gens ont vraiment envie de progresser et nous travaillons beaucoup là-dessus. »

4PADEL Travel Club : « Les joueurs veulent partir en week-end avec leurs amis »

Padel Magazine : Vous développez également une offre de voyages autour du padel. D’où vient cette idée ?

Guillaume Debelmas : « Nous sentons une demande incroyable depuis très longtemps. Les gens, une fois qu’ils jouent au padel, ont envie de partir en week-end avec leurs amis, de voyager et de continuer à pratiquer. Nous avons donc travaillé sur une plateforme dédiée à ces expériences. »

Cette activité se retrouve aujourd’hui dans l’offre 4PADEL Travel Club, consacrée aux séjours et aux stages de padel.

« Le digital doit permettre de créer des parties entre joueurs de même niveau »

Padel Magazine : Dernier sujet, l’expérience digitale. Qu’est-ce que vous souhaitez améliorer ?

Guillaume Debelmas : « C’est super important. Nous avons notre propre application et nous travaillons sur une nouvelle version avec beaucoup de fonctionnalités. L’objectif est de rendre l’expérience toujours plus fluide. Nous voulons notamment proposer davantage de mises en relation qualifiées selon le niveau des joueurs, pour créer des parties intéressantes. Nous travaillons aussi sur la fidélité et sur tout ce qui peut améliorer l’expérience. C’est vraiment notre priorité : faire en sorte que les joueurs prennent du plaisir, progressent et aient envie de revenir. »

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.