Juan Lebrón fait souvent parler de lui pour ses coups de sang, ses gestes d’agacement ou ses échanges parfois tendus avec ses partenaires. Mais au P2 de Düsseldorf, l’Espagnol a montré un tout autre visage. En difficulté face à Juanlu Esbrí et Íñigo Jofre, Leo Augsburger a pu compter sur un Lebrón calme, encourageant et protecteur. Une discussion sur le banc qui a complètement relancé la paire hispano-argentine, finalement victorieuse en trois manches (3/6 6/3 6/3).

Un début de match qui tourne au cauchemar

Pour leur entrée en lice au P2 de Düsseldorf, Juan Lebrón et Leo Augsburger avaient tout intérêt à éviter une nouvelle contre-performance, quelques jours après leur élimination en quarts de finale à Rotterdam face à Coki Nieto et Mike Yanguas.

Mais face à Juanlu Esbrí et Íñigo Jofre, les choses ont rapidement pris une mauvaise tournure. Sur une piste allemande particulièrement lente, peu favorable au jeu explosif d’Augsburger, l’Argentin peine à trouver ses repères. Les fautes s’accumulent, la confiance disparaît et les adversaires en profitent pour empocher la première manche 6/3. Le début du deuxième set n’arrange rien. Lebrón / Augsburger concèdent rapidement un break et se retrouvent menés 2/1.

Une situation qui, par le passé, aurait pu provoquer une réaction explosive du Lobo. Mais cette fois, c’est tout le contraire qui se produit.

« Leo, j’ai besoin que tu sois tranquille. Profite ! »

Au changement de côté, Agustín Gómez Silingo, entraîneur de la paire, tente de trouver des solutions tactiques pour relancer son équipe.

Mais Juan Lebrón interrompt rapidement la discussion. Pour lui, le problème n’est pas technique, mais mental.

« Ce n’est pas une question de tactique. Il faut qu’il se détende. Leo, j’ai besoin que tu sois tranquille. Va de l’avant. Si je joue un lob parallèle, tu pourras bloquer toutes les balles. C’est mental. Profite, gros ! »

Un discours qui tranche avec les scènes de frustration auxquelles l’Espagnol a parfois habitué les spectateurs. Face à un Augsburger en plein doute, qui reconnaît lui-même manquer totalement de confiance, Lebrón préfère rassurer son partenaire plutôt que de lui reprocher ses erreurs. Il insiste sur le fait qu’il peut prendre davantage de responsabilités dans le jeu, notamment en construisant les points pour permettre à l’Argentin de retrouver ses sensations.

L’objectif est simple : libérer Augsburger, lui enlever la pression et lui redonner envie de jouer.

Une discussion qui change le cours du match

La réaction ne se fait pas attendre.

Dès leur retour sur la piste, Lebrón et Augsburger récupèrent le break de retard. L’Argentin commence à jouer plus relâché, retrouve progressivement son agressivité et commet moins d’erreurs. Tout n’est pas parfait, mais la dynamique a changé. La paire hispano-argentine remporte finalement la deuxième manche 6/3, avant de confirmer dans le troisième set sur le même score.

Victoire 3/6 6/3 6/3, après près de deux heures de jeu, et une qualification pour les quarts de finale qui semblait pourtant compromise quelques minutes auparavant. Plus tard dans la rencontre, Lebrón revient sur l’importance de l’état d’esprit collectif :

« Peu m’importe de gagner ou de perdre, mais nous devons être une équipe. »

Une phrase qui résume assez bien son attitude du jour.

Même Silingo félicite Lebrón pour son leadership

Cette intervention n’est pas passée inaperçue auprès d’Agustín Gómez Silingo. Quelques minutes après cette discussion décisive, l’entraîneur argentin prend le temps de souligner l’importance du comportement de son joueur.

« C’est ce dont il avait besoin. C’est ce qui a débloqué la situation. J’ai besoin que tu continues à diriger l’équipe comme ça. »

Un compliment particulièrement révélateur. Car au-delà de la remontée, c’est surtout la manière dont Lebrón a accompagné son jeune partenaire qui retient l’attention. Plutôt que de chercher immédiatement une solution dans le jeu, l’Espagnol a compris qu’Augsburger avait avant tout besoin de confiance.

Et sur ce point, son intervention a été déterminante.

Un Juan Lebrón comme on aimerait le voir plus souvent : son discours à Augsburger qui a tout changé

Un nouveau visage pour le Lobo ?

Depuis plusieurs saisons, Juan Lebrón traîne une réputation de joueur difficile à gérer émotionnellement. Ses réactions sur le banc, ses tensions avec certains partenaires et ses coups de sang ont régulièrement alimenté les discussions.

Mais depuis son association avec Leo Augsburger, l’ancien numéro un mondial semble chercher un autre équilibre. L’Espagnol sait qu’il évolue aux côtés d’un joueur plus jeune, au potentiel immense, mais qui peut encore traverser des périodes de doute.

Et dans ces moments-là, son expérience peut devenir aussi précieuse que son niveau de jeu.

Bien sûr, une discussion réussie ne suffit pas à effacer toutes les tensions du passé. Mais cette scène à Düsseldorf montre ce que Lebrón peut apporter lorsqu’il utilise son caractère et son exigence pour tirer son partenaire vers le haut. Un Lebrón qui encourage plutôt qu’il ne s’agace, qui rassure plutôt qu’il ne reproche. Et surtout, un Lebrón qui comprend que pour gagner à deux, il faut parfois commencer par aider l’autre à retrouver confiance.

Cette fois, le Lobo n’a pas eu besoin de hausser le ton pour faire basculer le match.

Maceo ZERHAT

Maceo Zerhat découvre le padel en 2020 à Savigny-sur-Clairis en Bourgogne. Il participe à l’expansion du club en apportant son énergie et sa curiosité. Sur Padel Magazine, il transmet sa « Padelmania » en rebondissant avec adresse sur toute l’actualité de votre sport préféré !