Gemma Triay et Delfi Brea ont retrouvé le sourire au Kuwait Major. Après quatre tournois sans titre, les numéros un mondiales ont renoué avec la victoire en dominant Ari Sánchez et Andrea Ustero (3/6 6/1 6/1) en finale. Un septième titre cette saison, le deuxième en Major, qui leur permet de prendre une avance précieuse dans la course à la première place mondiale.

En conférence de presse, les deux joueuses sont revenues sur leur période de doutes, le travail mental effectué ces dernières semaines, les ajustements tactiques de la finale et le rôle important de leur entraîneur Seba Nerone. Gemma Triay a également évoqué son nouveau record de 59 titres en carrière.

Delfi Brea : « La confiance et l’énergie n’étaient plus les mêmes »

Malgré leur statut de numéros un mondiales, Triay et Brea arrivaient au Koweït dans une période délicate.

Plusieurs tournois sans victoire, des défaites répétées face aux mêmes adversaires et une pression grandissante au classement avaient progressivement pesé sur la confiance de la paire.

« Je pense que notre équipe est meilleure que jamais, plus solide que jamais. Mais quand tu enchaînes les tournois sans gagner et que tu perds plusieurs fois contre les mêmes adversaires, la confiance diminue. L’énergie n’est plus la même. », reconnaît Delfi Brea.

L’Argentine rappelle également que les ambitions de la paire dépassent largement une simple présence dans le dernier carré.

« Nous sommes deux joueuses qui ne se satisfont pas d’une demi-finale. Ce n’est pas suffisant pour nous. Nous savions aussi qu’au classement, nous devions faire un effort supplémentaire pour prendre de l’avance et être un peu plus tranquilles. »

Pour sortir de cette période, les deux joueuses ont notamment accentué leur travail sur l’aspect mental.

« La semaine dernière a été difficile, mais nous avons réagi avec beaucoup de travail. Nous avons travaillé ensemble sur le padel, mais aussi sur le mental. Je suis très heureuse que cela ait porté ses fruits. »

« Même si nous avions perdu, j’aurais retenu beaucoup de positif »

Au-delà du trophée, Gemma Triay estime que cette semaine marque surtout une progression dans la manière de jouer de leur équipe.

« Ce tournoi était très important pour nous, surtout pour la confiance, pour l’équipe et pour la direction que nous voulons prendre dans notre jeu. Je pense que nous avons franchi un cap. Nous jouons davantage comme nous voulons jouer. »

L’Espagnole est notamment revenue sur leur demi-finale particulièrement disputée face à Claudia Fernández et Martina Calvo.

« Même si nous avions perdu hier, j’aurais retenu beaucoup de choses positives. C’était un match avec des hauts et des bas, nous avons même dû faire face à une balle de match, mais nous avons joué en équipe. Et pour moi, c’est quelque chose de très important. »

Un constat qui illustre le travail réalisé ces dernières semaines : au-delà des résultats, Triay et Brea cherchaient avant tout à retrouver leur identité de jeu et leur solidité collective.

Comment Triay / Brea ont renversé Sánchez / Ustero

Menées après la première manche, Gemma Triay et Delfi Brea ont complètement changé la physionomie de la finale pour finalement s’imposer 3/6 6/1 6/1.

Interrogées sur les ajustements qui ont permis ce retournement, les championnes ont notamment insisté sur leur gestion tactique face à Andrea Ustero, particulièrement dangereuse en début de rencontre.

« Nous avons commencé à mieux jouer nos lobs. De mon côté, j’ai davantage utilisé le lob parallèle. Cela nous a permis de neutraliser Andrea, qui nous faisait beaucoup de mal avec son jeu offensif au début. », explique Triay.

Un changement qui leur a progressivement permis de reprendre le contrôle des échanges.

« Nous avons ensuite réussi à mieux faire circuler la balle, à changer davantage les directions et à trouver plus d’espaces. Nous avons aussi essayé de les faire travailler physiquement, notamment Andrea. »

Un ajustement à la fois tactique et physique qui a complètement inversé la dynamique.

Triay et Brea ont remporté douze des quatorze jeux disputés dans les deux dernières manches, ne laissant plus aucune solution à Sánchez et Ustero.

Une récupération compliquée après les demi-finales

Autre élément important de cette finale : la fatigue accumulée la veille.

Les deux paires avaient disputé des demi-finales de plus de trois heures, avec très peu de temps pour récupérer avant de revenir sur la piste.

Delfi Brea a notamment expliqué avoir sollicité l’ensemble de son équipe pour optimiser sa récupération.

« Nous avons très peu dormi. Aujourd’hui, c’était difficile de récupérer. Personnellement, j’ai envoyé des messages à toute l’équipe, aux nutritionnistes, pour savoir quel protocole suivre et être dans les meilleures conditions possibles pour la finale. »

Une préparation minutieuse qui fait désormais partie des habitudes des deux joueuses.

« Nous avons beaucoup de routines avant les finales. Nous continuons de les suivre parce que cela fonctionne bien pour nous. »

Gemma Triay : « Je suis encore plus heureuse d’avoir gagné ce titre avec Delfi »

Avec cette victoire, Gemma Triay atteint les 59 titres en carrière, dépassant Alejandra Salazar et Ari Sánchez, qui en comptent 58.

Un record historique que l’Espagnole accueille avec satisfaction, même si elle préfère mettre en avant la réussite collective.

« Bien sûr que je suis très heureuse, mais je suis encore plus heureuse d’avoir remporté ce tournoi avec Delfi. C’est un titre très important pour notre saison. »

Interrogée sur les moments les plus marquants de sa carrière, Triay a notamment évoqué son sacre au Master Final 2022 avec Alejandra Salazar.

« Il y a un moment très émouvant et particulier pour moi : le Master 2022 avec Alejandra. Il restera toujours là. Mais j’ai vécu beaucoup d’autres moments spéciaux avec différentes partenaires. »

Aujourd’hui, son attention est surtout tournée vers la suite de la saison.

« Ce que je retiens maintenant, ce sont les sensations de l’équipe, le travail, les efforts et cette lutte pour la première place mondiale. »

« Nous aurions perdu la première place mondiale »

C’est probablement l’une des déclarations les plus fortes de cette conférence de presse.

Malgré leur position au sommet du classement, Triay et Brea étaient conscientes que leur avance sur Sánchez / Ustero se réduisait.

Gemma Triay ne s’en cache pas :

« Nous savions que nous devions progresser. Si nous avions continué comme lors des derniers tournois, nous aurions perdu la place de numéro un. »

Le titre au Koweït arrive donc au meilleur moment.

« Maintenant, nous sommes là. Je pense que c’est un tournant très positif pour notre équipe. »

Un succès qui ne garantit pas encore mathématiquement la première place en fin d’année, mais qui leur permet de reprendre une avance importante sur leurs poursuivantes.

Delfi Brea souligne le rôle essentiel de Seba Nerone

Après leur victoire, les images de l’émotion de Seba Nerone, entraîneur de la paire, n’ont pas échappé aux journalistes.

Interrogée sur son importance dans le projet, Delfi Brea a tenu à saluer son investissement quotidien.

« Seba était complètement épuisé après le match. Parfois, il termine plus fatigué que nous, parce qu’il donne tout et vit chaque rencontre à fond. »

L’Argentine insiste particulièrement sur la difficulté du rôle d’entraîneur.

« Être à l’extérieur et regarder les matchs sans pouvoir agir directement, tout en essayant d’avoir une influence sur ce qui se passe, c’est très difficile. Je pense que Seba le fait très bien. »

Mais au-delà de ses qualités tactiques, Brea apprécie surtout son état d’esprit.

« C’est un excellent entraîneur, très travailleur. Il a conservé ce qui le caractérisait lorsqu’il était joueur : cette volonté permanente de progresser et de devenir meilleur. »

Une relation qui dépasse le simple travail sur la piste.

« Nous avons une très bonne relation au quotidien. Nous nous amusons beaucoup, nous avons confiance les uns dans les autres et nous travaillons constamment pour améliorer notre communication. »

Un Mondial à préparer, mais un titre à savourer

Désormais, les deux partenaires vont momentanément se séparer pour représenter leur pays lors des Championnats du monde à Doha, avec Triay sous les couleurs de l’Espagne et Brea avec l’Argentine.

Une compétition différente, avec une pression particulière et l’objectif de défendre les couleurs nationales.

Les deux joueuses ont souligné le niveau grandissant des sélections et l’importance de cette compétition, tout en souhaitant profiter de leur victoire au Koweït.

Car après plusieurs semaines de doutes, Triay et Brea ont retrouvé ce qui faisait leur force : leur solidité collective, leur confiance et leur capacité à réagir dans les moments difficiles.

Et à quelques semaines des Premier Padel Finals de Barcelone, ce titre pourrait bien constituer un tournant dans leur fin de saison.

Benjamin Dupouy

J’ai découvert le padel directement lors d’un tournoi, et franchement, je n’ai pas trop accroché au début. Mais la deuxième fois, ça a été le coup de foudre, et depuis, je ne rate plus un seul match. Je suis même prêt à rester éveillé jusqu’à 3h du matin pour regarder une finale de Premier Padel !