Le développement du padel en France s’accompagne d’un phénomène encore peu étudié : la proximité entre certains terrains et les habitations. Une étude scientifique nationale publiée en 2026 apporte pour la première fois une analyse territoriale précise des risques de nuisances sonores liés aux terrains de padel.

Ses conclusions montrent que les risques ne sont pas répartis uniformément sur le territoire. Certaines régions et certains types de communes apparaissent nettement plus concernés que d’autres.

Avec l’aide d’EchoPadel et ScienceDirect, zoom sur un sujet qui fait parfois du bruit…

Une cartographie nationale de 878 sites de padel

Les chercheurs ont constitué une base de données comprenant 878 sites de padel recensés en France métropolitaine, répartis dans :

  • 747 communes
  • 89 départements
  • les 13 régions métropolitaines.

Chaque site a été étudié à l’aide d’outils de cartographie et d’analyse spatiale afin de mesurer la proximité entre les terrains et les habitations.

Au total, l’étude identifie 271 sites classés en “exposition potentiellement élevée”, c’est-à-dire des installations situées à moins de 100 mètres d’au moins un bâtiment résidentiel avec visibilité directe.

Cela représente :

  • 271 sites sur 878
  • soit 30,87 % des installations étudiées en France.

Autrement dit, près d’un terrain de padel sur trois pourrait être situé dans une configuration susceptible de générer des nuisances pour les riverains.

Une répartition géographique inégale

L’étude révèle que la distribution de ces terrains à risque varie fortement selon les régions françaises.

Les chercheurs observent une hétérogénéité statistiquement significative dans la répartition territoriale des sites les plus proches des habitations.

Certaines régions concentrent davantage de terrains dans cette configuration.

Le cas de la région PACA

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur apparaît comme l’un des territoires les plus concernés.

  • elle représente 14,24 % de l’ensemble des sites de padel en France
  • mais 22,88 % des sites classés à risque.

Plus frappant encore :

  • près de 49,6 % des terrains de padel de la région PACA sont classés en configuration à risque.

Cela signifie qu’un terrain sur deux dans cette région pourrait être situé à proximité directe d’habitations.

Des régions moins exposées

À l’inverse, certaines régions apparaissent nettement moins concernées.

Par exemple :

  • Grand Est : proportion plus faible de terrains à risque
  • Centre-Val de Loire : très faible représentation dans cette catégorie.

Ces écarts s’expliquent notamment par :

  • la structure urbaine des territoires
  • la densité de population
  • l’emplacement des complexes sportifs.

Le rôle déterminant de la densité des communes

L’un des résultats les plus marquants de l’étude concerne le type de communes où se situent les terrains.

Les chercheurs ont classé les communes selon la grille de densité de l’INSEE :

  • grands centres urbains
  • centres urbains intermédiaires
  • couronnes urbaines
  • petites villes
  • communes rurales.

Les résultats montrent une tendance claire :

plus la densité de population diminue, plus la proportion de terrains à risque augmente.

Cette relation statistique a été confirmée par un test de tendance significatif (p = 0,0078).

Les petites villes particulièrement concernées

La catégorie la plus touchée est celle des petites villes.

Dans ces communes :

  • 79 sites de padel ont été recensés
  • 34 sont classés à risque, soit 43,04 % des installations.

Autrement dit :

près d’un terrain sur deux dans les petites villes est situé trop près des habitations.

Cette proportion est nettement supérieure à celle observée dans les grandes villes.

Les zones rurales également exposées

Les communes rurales apparaissent elles aussi concernées.

Dans les territoires classés comme ruraux dispersés ou très dispersés :

  • 40 % des terrains sont classés à risque.

Ces territoires représentent :

  • 5,69 % des sites nationaux
  • mais 7,38 % des terrains à risque.

Ces résultats montrent que les configurations les plus sensibles se situent souvent dans les zones les moins densément urbanisées.

Les grandes villes moins exposées

À l’inverse, les grandes métropoles semblent relativement moins concernées.

Dans les grands centres urbains :

  • 276 sites de padel ont été recensés
  • 72 sont classés à risque, soit 26,09 %.

Cela reste un chiffre important, mais il demeure nettement inférieur à celui observé dans les petites villes ou les zones rurales.

Pourquoi les petites villes concentrent davantage de risques

Plusieurs facteurs expliquent cette situation.

1. Des complexes sportifs plus proches des habitations

Dans les petites communes, les équipements sportifs sont souvent installés :

  • dans des zones résidentielles
  • à proximité immédiate des habitations
  • dans des installations municipales existantes.

Contrairement aux grandes villes, les infrastructures sportives sont rarement situées dans des zones dédiées aux activités sportives ou commerciales.

2. Moins de moyens pour les études techniques

L’étude souligne également que les petites collectivités disposent souvent de moins de ressources techniques et financières pour mener :

  • des études acoustiques
  • des analyses d’impact
  • des procédures d’urbanisme complexes.

Cela peut conduire à des installations moins encadrées sur le plan acoustique.

3. Une réglementation encore hétérogène

Les chercheurs rappellent que les règles encadrant l’implantation des terrains de padel restent très variables selon les pays et les territoires.

Dans plusieurs guides techniques, il est recommandé de respecter une distance minimale d’environ 100 mètres entre les terrains et les habitations afin de limiter les nuisances sonores.

Mais ces recommandations ne sont pas toujours appliquées.

Une croissance du padel plus rapide que la planification urbaine

Le padel connaît actuellement une croissance exceptionnelle en Europe et en France.

Cette expansion rapide a parfois précédé l’adaptation :

  • des règles d’urbanisme
  • des études acoustiques
  • des recommandations d’implantation.

Selon l’étude, ce décalage pourrait expliquer l’augmentation des plaintes de riverains observées dans certains territoires.

Un enjeu majeur pour l’avenir du padel

Les chercheurs insistent sur un point essentiel : le problème ne vient pas du padel lui-même, mais de l’implantation des terrains.

Les résultats de l’étude permettent désormais d’identifier les configurations territoriales les plus sensibles :

  • petites villes
  • zones rurales
  • régions où les terrains sont installés près des habitations.

Ces données pourraient servir à :

  • améliorer les règles d’implantation
  • anticiper les conflits avec les riverains
  • mieux planifier le développement du padel.

Dans un sport en pleine expansion, la question de l’intégration des terrains dans le tissu urbain devient un enjeu central pour garantir une cohabitation durable entre clubs et habitants.

Source

Dufour J-C., Bonnet C. (2026)
Managing padel-court siting near housing: guideline adherence shortfalls and populations at risk – national evidence from France
City and Environment Interactions.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.