L’Espagne a remporté son dixième titre mondial féminin en dominant l’Argentine 2/0 à Doha. Mais derrière ce nouveau sacre, le septième consécutif, se cachent des émotions, des choix tactiques et quelques histoires personnelles. En conférence de presse, Andrea Ustero a raconté les larmes de son premier Mondial, Gemma Triay est revenue sur son affrontement face à sa partenaire habituelle Delfi Brea, tandis que Carolina Navarro a expliqué ses décisions pour cette finale. Une conférence marquée également par les confidences de Paula Josemaría sur les relations entre joueuses du circuit.

Andrea Ustero : « J’avais besoin de pleurer pour évacuer toute cette tension »

À seulement 19 ans, Andrea Ustero vient de décrocher son premier titre mondial avec l’équipe d’Espagne. Associée à Ari Sánchez pour le premier match de la finale, la jeune Espagnole a dominé Martina Fassio et Aranzazu Osoro 6/3 6/3.

Une victoire qui a permis à l’Espagne de prendre l’avantage, mais qui a surtout libéré une énorme tension chez Ustero.

Interrogée sur ses larmes après la rencontre, elle a reconnu avoir vécu des heures particulièrement intenses.

« J’avais besoin d’évacuer toute cette tension que j’accumulais depuis hier soir. Pleurer m’a fait du bien, cela m’a permis de tout relâcher. J’avais aussi essayé de le faire en criant un peu sur la piste. »

La joueuse espagnole n’a pas caché sa nervosité au moment d’entrer sur le terrain.

« Je mentirais si je disais que je n’étais pas très nerveuse. C’est mon premier Mondial et je jouais le premier point. Je me suis mis beaucoup de pression. »

Mais Ustero a pu compter sur le soutien de ses coéquipières et particulièrement sur celui d’Ari Sánchez, sa partenaire sur le circuit professionnel.

« J’ai la meilleure équipe possible autour de moi. Elles m’ont encouragée dès l’annonce des compositions. Je savais qu’une fois sur la piste, je devais arrêter de penser à la pression et donner 100 % pour ce maillot. »

Une première finale mondiale qui restera forcément particulière dans la carrière de la jeune Espagnole.

Gemma Triay face à Delfi Brea : « Sur la piste, nous sommes rivales »

L’autre grande histoire de cette finale concernait Gemma Triay.

Habituellement associée à Delfi Brea sur le circuit Premier Padel, l’Espagnole devait cette fois affronter sa partenaire argentine. Et pas n’importe comment : dans une opposition en diagonale, les deux joueuses évoluant du même côté de la piste.

Associée à Paula Josemaría, Triay a finalement remporté ce deuxième match 6/2 6/7 6/3, après 2h38 de combat face à Brea et Claudia Jensen.

Interrogée sur cette confrontation particulière, elle a tenu à rappeler la différence entre la compétition et les relations personnelles.

« Aujourd’hui, nous étions adversaires, mais nous restons partenaires sur Premier Padel. Sur la piste, il y a évidemment une rivalité. Nous sommes toutes les deux très compétitives et chacune voulait défendre les couleurs de son pays. »

Triay a également reconnu que les Argentines avaient sérieusement compliqué la tâche des Espagnoles, notamment dans le deuxième set.

« Elles ont très bien joué et nous ont rendu les choses difficiles. Il y a eu des moments de nervosité, mais nous avons continué à croire que nous pouvions gagner ce match. »

À l’issue de la rencontre, les deux partenaires habituelles ont partagé une longue accolade.

Gemma Triay a expliqué avoir simplement félicité Delfi Brea pour son niveau de jeu, malgré la déception de la défaite.

Une situation particulière pour deux joueuses qui se retrouvent habituellement du même côté du filet.

Carolina Navarro : « J’étais en train de chercher un défibrillateur ! »

Si les joueuses ont vécu une finale intense, Carolina Navarro n’a pas été épargnée sur le banc.

Interrogée avec humour sur son état pendant le deuxième match, la sélectionneuse espagnole a immédiatement répondu :

« J’étais en train de chercher un défibrillateur ! »

Une plaisanterie qui a déclenché les rires de la salle, avant que Navarro ne revienne sur l’une des principales difficultés de son rôle : choisir les joueuses qui entreraient sur le terrain.

Avec un effectif aussi dense, la sélectionneuse disposait de nombreuses possibilités. Mais chaque composition impliquait également de laisser certaines joueuses sur le banc.

« Ce n’est pas facile du tout. Laisser deux joueuses de côté avec une équipe pareille, c’est presque de la folie. Mais elles m’ont rendu les choses extrêmement simples depuis le début. »

Navarro a notamment salué l’attitude collective de ses joueuses, qu’elles aient participé directement aux rencontres ou soutenu leurs partenaires depuis le banc.

Pourquoi Triay et Josemaría ont-elles été associées en finale ?

La composition espagnole constituait l’un des sujets les plus intéressants de cette conférence de presse.

Carolina Navarro a expliqué les raisons qui l’avaient conduite à associer Gemma Triay et Paula Josemaría pour le deuxième point, alors que cette paire ne joue pas ensemble sur le circuit.

La sélectionneuse souhaitait notamment aligner Triay et trouver une association capable de répondre aux exigences de cette rencontre.

« Je voulais absolument faire jouer Gemma. Il fallait donc lui trouver une partenaire et j’aimais beaucoup l’idée de l’associer à Paula pour le deuxième point. »

Navarro a également précisé que l’ordre des matchs avait été pensé en tenant compte de plusieurs paramètres, notamment de la chaleur.

Elle avait choisi de placer Ari Sánchez et Andrea Ustero en première rotation, avant d’aligner Triay et Josemaría.

Pour le troisième match éventuel, la sélectionneuse avait prévu une association disposant déjà d’une certaine expérience.

Interrogée sur les critiques qu’auraient pu susciter ses choix en cas de défaite, Carolina Navarro a assumé sa décision.

« Si nous avions perdu ce point, certains auraient peut-être pensé que je m’étais trompée. Mais j’avais confiance dans l’équipe que j’avais composée. »

La victoire finale lui a donné raison.

Martina Calvo : « Mon cadeau, c’était déjà d’être ici »

Autre témoignage intéressant, celui de Martina Calvo.

La jeune joueuse espagnole n’a pas disputé cette finale, mais elle a expliqué avoir vécu pleinement cette expérience depuis le banc.

« Pour moi, le cadeau, c’était déjà d’avoir été sélectionnée, d’être ici avec toutes ces joueuses et de partager cette semaine avec elles. »

Calvo a également assuré qu’elle n’avait jamais ressenti de frustration concernant son absence sur la piste.

Au contraire, elle a expliqué avoir abordé les matchs avec sérénité, convaincue que l’Espagne disposait de trois associations capables de remporter leurs rencontres.

« Être championne du monde, même en vivant la finale depuis le banc, c’est quelque chose de très spécial pour moi. »

Un discours qui illustre la place accordée au collectif dans cette sélection espagnole.

Paula Josemaría : « C’est dommage de devoir s’affronter chaque semaine »

La conférence de presse a également réservé un moment plus personnel avec Paula Josemaría.

Interrogée sur ce qu’elle retiendrait de cette semaine passée avec l’équipe nationale, l’Espagnole a évoqué la difficulté de construire des relations fortes entre des joueuses qui sont régulièrement adversaires sur le circuit professionnel.

« Je trouve dommage que nous devions nous affronter aussi souvent. Je pense que si ce n’était pas le cas, nous serions peut-être toutes encore plus proches, davantage amies. »

Josemaría a expliqué que cette semaine avait permis aux joueuses de partager des moments qu’elles ne connaissent pas nécessairement pendant la saison.

« Nous avons pris nos petits-déjeuners ensemble, déjeuné, dîné, discuté de beaucoup de choses. Nous avons été très unies toute la semaine. »

La joueuse espagnole s’est dite convaincue que cette expérience laisserait des traces positives dans les relations entre certaines partenaires de sélection.

Elle a également tenu à remercier Carolina Navarro pour son travail et sa manière de diriger le groupe.

Un discours particulièrement chaleureux, au point de plaisanter sur le risque de terminer elle aussi en larmes.

L’Espagne championne du monde pour la dixième fois

Sur le plan sportif, ce nouveau sacre confirme la domination espagnole dans le padel féminin par équipes.

Avec cette victoire 2/0 face à l’Argentine, l’Espagne décroche son dixième titre mondial et son septième consécutif.

Depuis 2014, les Espagnoles ont remporté les sept finales mondiales disputées face à l’Argentine.

Mais cette édition 2026 aura aussi montré que l’écart entre les deux nations n’empêche pas les rencontres disputées.

Le deuxième match de la finale, remporté en trois sets par Triay et Josemaría, en est la meilleure illustration.

Au-delà du résultat, l’Espagne repart de Doha avec une génération de jeunes joueuses déjà capables de prendre leurs responsabilités, à l’image d’Andrea Ustero, et des cadres qui continuent de jouer un rôle déterminant.

Entre les larmes d’Ustero, les confidences de Triay et les choix de Carolina Navarro, cette conférence de presse aura surtout montré que derrière la domination espagnole se cache un collectif où chaque joueuse semble avoir trouvé sa place.

Et à en croire les déclarations de Martina Calvo, Andrea Ustero ou Paula Josemaría, cette semaine au Qatar restera bien au-delà du simple résultat sportif.

Franck Binisti

Franck Binisti découvre le padel au Club des Pyramides en 2009 en région parisienne. Depuis, le padel fait partie de sa vie. Vous le voyez souvent faire le tour de France en allant couvrir les grands événements de padel français.